Hausse des prix de l'énergie : Que faut-il attendre du Conseil de défense prévu vendredi ?

PREVOYANCE L'exécutif va se réunir afin de se pencher sur les risques de pénurie d'énergie dans l'Hexagone, mais quelles mesures pourraient en sortir ?

Diane Regny
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Le président français Emmanuel Macron va présider un conseil consacré à l'approvisionnement de la France en gaz et en électricité alors que les prix flambent et que la pénurie guette l'Hexagone. (PHOTO D'ILLUSTRATION)
Le président français Emmanuel Macron va présider un conseil consacré à l'approvisionnement de la France en gaz et en électricité alors que les prix flambent et que la pénurie guette l'Hexagone. (PHOTO D'ILLUSTRATION) — Canva
  • Les prix de gros de l’électricité pour 2023 en France ont battu vendredi dernier de nouveaux records, atteignant plus de 1.000 euros le mégawattheure (MWh).
  • Les prix de l’énergie flambent dans l’Hexagone, tirés notamment par la guerre en Ukraine et la mise à l'arrêt de nombreux réacteurs nucléaires d’EDF à cause de problèmes techniques.
  • Face aux risques de pénurie, le gouvernement organise ce vendredi un conseil de défense consacré à l’énergie vendredi. Mais quelles mesures pourraient être annoncées par l’exécutif ?

Après une myriade de conseils de défense sanitaire, voici le conseil de défense énergétique. Emmanuel Macron présidera vendredi cette réunion consacrée à l’approvisionnement en gaz et en électricité de la France. L’Hexagone redoute des pénuries alors que l’été touche à sa fin, entraînant dans son sillage la venue de l’automne et de l’hiver, qui pourraient s’avérer frais et, donc, particulièrement coûteux en énergie.

D’autant que les flux de gaz en provenance de Russie ont progressivement diminué. Les Européens tentent de se préparer à un arrêt total, qui pourrait survenir en réponses aux sanctions des Occidentaux à l’égard de Moscou qui a envahi l’Ukraine début février. D’après Lamis Aljounaidi, économiste de l’énergie et directrice de Paris Infrastructure Advisory, « la capacité de production d’électricité de la France est limitée par nos infrastructures et nous avons eu des soucis sur la disponibilité de certaines centrales nucléaires. Si on n’a pas assez de gaz, on risque d’avoir des problèmes d’approvisionnement ».

Retard et épée de Damoclès météorologique

L’objectif du gouvernement est donc se préparer au pire scénario. Mais d’après Maria-Eugenia Sanin, maîtresse de conférences en économie à l’université Paris Saclay et experte des questions d’énergie, Paris est déjà en retard. « Il aurait fallu annoncer des lignes d’actions presque depuis le début du conflit, planifier l’approvisionnement de l’hiver et, plus loin, l’indépendance énergétique de l’Europe », explique-t-elle à 20 Minutes.

Le niveau de crise sera notamment déterminé par la météo. Mais, pour l’instant, il est difficile de se projeter, les analyses météorologiques n’étant vraiment fiables qu’à une dizaine de jours. Plus loin, les météorologues perdent en précision. « Il va falloir gérer la rareté des ressources qui se manifestera seulement aux heures les plus tendues de la journée », souligne Lamis Aljounaidi, notamment vers 19 heures lorsque la plupart des ménages utilisent leur électricité.

« Volontariat rémunéré »

Il ne faut toutefois pas s’attendre à des coupures de plusieurs jours et il est peu probable que les Français subissent une soirée dans le noir, chez eux. L’exécutif devrait avant tout se tourner vers les entreprises. Car des mécanismes existent déjà. Chaque année, le RTE, l’opérateur du système d’électricité en France, émet un rapport afin de vérifier notre sécurité énergétique. 

En cas de grand froid, ces dispositifs déjà existants pourraient donc être vivement encouragés par le gouvernement. « Pour les industries électro-intensive, il existe un mécanisme de "volontariat rémunéré" », explique Lamis Aljounaidi, ajoutant que cela « permet à ces entreprises de réduire leurs factures si elles acceptent de ne pas consommer de l’énergie à certains moments clefs ». Si « historiquement, on y a peu fait appel », cette technique pourrait permettre de décharger le réseau lors des pics de consommation.

Le piège de l’exhortation

Si la situation devient plus critique, l’Etat pourrait se tourner vers les règles de délestage. En situation de crise, il peut arrêter la livraison de certains sites. « Les hôpitaux sont les tout derniers dans la liste », souligne la directrice de Paris Infrastructure Advisory. Quant aux ménages, ils sont aussi assez bas dans la hiérarchie. Toutefois, le gouvernement d’Elisabeth Borne pourrait se tourner vers l’incitation.

Depuis quelques semaines, les ministres multiplient les avertissements et demandent aux Français de raisonner leur consommation d’électricité. « L’exhortation, ce n’est pas une bonne idée car on peut trouver des raisons - souvent bonnes d’ailleurs, de ne pas suivre les recommandations. Tandis que si l'on met une politique en place afin de rémunérer les économies d’énergie chez les industriels et chez les particuliers et de pénaliser les dépenses d’énergie, les gens qui font un véritable effort seraient récompensés », souligne Maria-Eugenia Sanin.

SMS d’alerte et lessives nocturnes

Les recommandations sont toutefois parfois efficaces. « Des mécanismes d’alerte ont été pilotés en Bretagne et en région Pacail y a quelques années, deux régions où il y a plus de consommation que de production. On envoyait des alertes aux ménages par SMS pour leur demander de réduire leur consommation quand il y avait des tensions sur le réseau. Et ce mécanisme a montré des résultats favorables », illustre Lamis Aljounaidi. Ce dispositif pourrait donc être étendu à l’échelle nationale en cas de tension sur le réseau.

C’est avant tout une question de communication. « Si vous me demandez, le prix de l’électricité que je suis en train de consommer maintenant, je ne saurais pas vous dire alors que je suis experte de l’énergie », illustre Maria-Eugenia Sanin. Alors qu’un SMS informant qu’à un instant précis le réseau est saturé est bien plus clair. Le réseau étant sous tension, les Français, informés, sont nombreux à remettre leur lessive à plus tard, par exemple. Toutefois, ce serait tout de même plus efficace avec des tarifs préférentiels la nuit, par exemple, insiste l’experte de l’énergie.

Douze millions de Français en précarité énergétique

L’inflation pourrait toutefois être suffisamment incitative. Pour de nombreux Français, l’électricité est devenue un luxe et son utilisation plus parcimonieuse. L’abandon du bouclier tarifaire pour une mesure plus juste pourrait aussi améliorer cette réduction. « Avec le bouclier tarifaire, on aide des ménages qui n’ont pas besoin d’être aidés et on ne protège pas suffisamment les autres », regrette Maria-Eugenia Sanin, qui souligne que 12 millions de Français sont en situation de précarité énergétique.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement va devoir annoncer des mesures fortes. Donner des lignes claires et des dates précises pour la réouverture des centrales nucléaires françaises à l’arrêt, par exemple, pourrait avoir un impact positif sur les prix de l’énergie. « Sur les marchés, il y a une anticipation », souligne Maria-Eugenia Sanin. Avec un plan concret de réduction de la demande et d’accroissement de l’offre électrique au niveau européen au moyen terme, « on aurait un véritable impact sur les prix de marché », assure-t-elle. Reste à savoir si la réunion de l’Elysée accouchera de véritables mesures ou seulement de recommandations.