Carburant : Jusqu'où ira la baisse des prix de l'essence et du diesel en France ?

PETROLE Pour l'instant ça va, mais dans quelques mois ça risque de ne plus trop aller

Marie De Fournas
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Faire le plein coute de moins en moins cher au fil des semaines.
Faire le plein coute de moins en moins cher au fil des semaines. — Canva
  • Après avoir dépassé les deux euros du litre, les prix des carburants sont en baisse progressive et constante en France. Le gazole affiche aujourd’hui 1,83 euro/l et l'essence 1,79 euro/l.
  • La remise de 15 centimes à la pompe, la baisse du cours du Brent et celle des marges de raffinage expliquent en partie cette baisse. Mais la crise en Ukraine, combinée à l’hiver et la reprise économique de la Chine pourraient bien mettre un terme à cette lente descente.
  • Alors que les désormais très attendues prévisions mensuelles de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) sont publiées ce jeudi, 20 Minutes vous explique pourquoi les prix des carburants n’ont pas fini de faire les montages russes.

Depuis leur pic record il y a maintenant sept semaines, les prix des carburants ont entamé une décrue constante. Semaines après semaines, les prix au litre de l’essence et du diesel ont perdu quelques centimes. Selon le suivi du ministère de la Transition écologique, vendredi 5 août, le prix moyen du gazole était en 1,83 euro/l, soit 3,9 centimes de moins que la semaine passée. Pour le Super SP95-E10, la baisse en sept jours était de 1,4 centime, avec un prix à la pompe affiché à 1,79 euro le litre en moyenne. Alors que les désormais très attendues prévisions mensuelles de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) sont publiées ce jeudi, 20 Minutes vous explique pourquoi et comment les prix du carburant varient et n’ont pas fini de faire les montagnes russes.

Pourquoi les prix baissent-ils ?

Plusieurs facteurs sont à l’origine de cette lente chute. D’abord, si ça baisse, c’est parce que ça a explosé avec la guerre en Ukraine. L’annonce d’un embargo sur le pétrole russe a fait frémir un marché particulièrement volatil. Ensuite, si ça n’est pas remonté, c’est en partie grâce à la remise de 15 centimes d’euros par litre d’essence à la pompe instaurée exceptionnellement par le gouvernement. Celle-ci a été prolongée jusqu’au 31 août, du coup, pour l’instant, ça ne remonte pas !

Troisième raison, la baisse du prix du Brent, ce gisement situé en mer du Nord dont le prix du baril est utilisé pour fixer le montant du pétrole brut sur les marchés boursiers de pas mal de monde. « Le cours du Brent spot a diminué de 22 $/b entre le 17 juin (127 $/b) et le 5 août (105 $/b), atteignant son niveau le plus bas depuis près de six mois », indique à 20 Minutes le ministère de la Transition écologique. La diminution de son coût s’explique « par les accords entre les pays producteurs de l’Opep pour augmenter leur production », indique Carine Sebi, économiste et coordinatrice de la chair Energy for society à l’école de management de Grenoble.

L’experte avance enfin un quatrième facteur : « la réduction de la marge faite dans les raffineries entre le prix du pétrole brut et le produit affiné ». Là encore, le ministère de la Transition écologique a suivi l’évolution de la marge de raffinage sur Brent qui était à 33 euros par tonne la semaine du 7 janvier, pour atteindre un pic à 193 euros la semaine du 29 avril et s’élever désormais à 62 euros par tonne. Le ministère explique cette diminution progressive des marges de raffinage par « la volatilité des prix du pétrole brut, l’augmentation de la production des raffineries et la baisse de la demande d’essence ».

Jusqu’à quand cela va durer ?

Une chose est quasiment sûre, cette baisse ne va pas durer éternellement (sinon l’essence finirait par être gratuite). Celle-ci pourrait s'arrêter peu après la rentrée. Pour Carine Sebi, si le gouvernement prévoit de doubler la remise à la pompe en septembre et en octobre, « c’est qu’il anticipe une hausse sur ce marché très sensible ». Et sensible aux moindres mouvements : ceux ponctuels comme « la reprise économique attendue de la Chine qui va augmenter la demande et retendre le marché », mais aussi ceux saisonniers comme « l’arrivée de l’hiver et les besoins de pays en pétrole pour se chauffer », avance l’économiste.

De son côté, le ministère de la Transition écologique s’inquiète de « l’impact des sanctions économiques prises à l’encontre de la Russie, les difficultés de production de pays membres de l’OPEP +, ou encore l’anticipation d’un déséquilibre sur le marché pétrolier à la fin de l’année 2023 selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ».

Pourrait-on connaître à nouveau les mêmes records qu’en mai dernier ?

Pour Carine Sebi ce n’est pas du tout impossible. « Avec sa remise, l’Etat essaie de faire passer la pilule, mais jusqu’à quand ? », se demande celle pour qui le gouvernement fait malheureusement l’inverse de ce qu’il devrait faire. « Avec cette aide, on est en train d’investir dans les hydrocarbures au lieu d’utiliser l’argent pour des alternatives non-émettrices et qui nous permettraient justement de palier cette dépendance aux hydrocarbures ».

Conclusion, le jour où l’Etat ne pourra plus mettre la main au portefeuille, le retour de bâton à la pompe risque de faire mal.