« Coup de force », « 35 heures enterrées »... La gauche dénonce la pérennisation du rachat des jours de RTT

POUVOIR D'ACHAT La possibilité pour les entreprises de racheter aux salariés les jours de RTT avait été adoptée le 22 juillet à l'Assemblée

M.P. avec AFP
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La Haute assemblée a voté, contre l'avis du gouvernement, la pérennisation de la possibilité pour les entreprises de racheter aux salariés les jours de RTT.
La Haute assemblée a voté, contre l'avis du gouvernement, la pérennisation de la possibilité pour les entreprises de racheter aux salariés les jours de RTT. — Canva

Des superprofits à la suppression de la redevance, en passant par les heures supplémentaires et la monétisation des jours de réduction du temps de travail (RTT), plusieurs poussées de fièvre ont animé lundi soir au Sénat la discussion du projet de budget rectificatif, qui se poursuit ce mardi.

Dans ce second volet des mesures de soutien au pouvoir d’achat, la Haute Assemblée dominée par la droite a évacué d’entrée de jeu une taxation des « superprofits » de grands groupes. En revanche, elle a voté, cette fois contre l’avis du gouvernement, la pérennisation de la possibilité pour les entreprises de racheter aux salariés les jours de RTT. Et d’emblée la gauche ulcérée a fait entendre son mécontentement. « On est en train en pleine nuit au mois d’août d’enterrer les 35 heures », a accusé l’écologiste Thomas Dossus, le socialiste David Assouline parlant « de coup de force ».

Deux jours plus tôt, 16 personnalités dont les écologistes Yannick Jadot et Eric Piolle avaient d’ores et déjà dénoncé comme « un cheval de Troie de la régression sociale » la possibilité pour les entreprises de racheter aux salariés les jours de RTT, adoptée le 22 juillet à l’Assemblée. Dans une tribune publiée sur le site Internet du JDD, ils estimaient que cette mesure, une proposition des députés LR dans le cadre du projet de loi de finances rectificatives, « porte un coup sans précédent aux 35 heures ».

« C’est offrir de "travailler beaucoup plus pour gagner peu" »

Comme la gauche à l’Assemblée, ils fustigent une disposition qui « sert surtout à éviter de traiter le vrai sujet du pouvoir d’achat : les augmentations de salaires ». Ces personnalités, dont des représentants syndicaux de la CFE-CGC et de la CFDT Cadres, y voient « un puissant levier pour l’employeur, lui permettant de refuser l’attribution de jours de repos en arguant du paiement de ceux-ci, face à un salarié tiraillé entre son besoin de repos et l’amélioration de son pouvoir d’achat ».

Une « amélioration relative au demeurant, car proposer de payer des RTT majorées à 10 % plutôt que des heures supplémentaires majorées à 25 %, c’est offrir de "travailler beaucoup plus pour gagner peu" », écrivent-ils.

Le dispositif de Réduction du temps de travail (RTT) alloue des journées ou demi-journées de repos aux salariés dont le temps de travail est supérieur à 35 heures par semaine, qui disparaissent actuellement si elles ne sont pas prises. Le rachat n’est possible que par accord d’entreprise ou de branche ou dans des cas précis.