Immobilier : Comment la hausse des taux de la BCE va empêcher de nombreux Français d'emprunter

INFLATION Maël Bernier, porte-parole de Meilleurtaux.com, nous explique les effets de cette hausse sur les rêves d’accès à la propriété de nombreux Français

Camille Poher
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Votre assurance emprunteur pèse lourd sur votre crédit immobilier ? Depuis le 1er juin, vous pouvz faire jouer la concurrence à n'importe quel moment !
Votre assurance emprunteur pèse lourd sur votre crédit immobilier ? Depuis le 1er juin, vous pouvz faire jouer la concurrence à n'importe quel moment ! — iStock / City Presse
  • La Banque centrale européenne (BCE) a augmenté ce jeudi ses taux directeurs pour la première fois en plus de dix ans.
  • La raison ? Une inflation galopante, marquant un tournant majeur après une longue période d’argent facilement accessible dans la zone euro.
  • Mais c’est quoi les taux directeurs de la BCE ? Et en quoi cette hausse va-t-elle avoir un impact sur les taux d’emprunts des particuliers ? Eléments de réponses avec Maël Bernier, directrice de la communication et porte-parole de Meilleurtaux.com.

Face à une inflation galopante, le couperet est tombé. Ce jeudi, la Banque centrale européenne (BCE), par la voix de sa présidente Christine Lagarde, a annoncé la hausse de ses taux d’intérêt (aussi nommés les taux directeurs). Une première depuis dix ans qui en dit long sur la crise socio-économique que traverse l’ Union européenne.

L’info pourrait glisser dans l’actu tant elle semble s’adresser à un public averti. Mais elle va pourtant toucher une bonne partie des Français. En effet, cette hausse symbolique (de 0 à 0,50 % pour le principal taux) va entraîner une augmentation significative des taux d’intérêt bancaires et réduire le nombre de prétendants à l’emprunt immobilier. Maël Bernier, porte-parole du courtier en ligne Meilleurtaux.com, nous explique pourquoi.

La BCE augmente ses taux directeurs pour la première fois depuis 2011, ça signifie quoi ?

Avant de se lancer dans l’explication de la hausse des taux directeurs, comprenons déjà le rôle de la BCE en lui-même. « Fondée en 1998, la Banque centrale européenne a pour objectif de lutter contre l’inflation », nous explique Maël Bernier. « Depuis 2016, son taux plafonne à 0 %, puisque l’inflation en France, comme partout dans la zone Euro d’ailleurs, était quasi nulle », ajoute-t-elle. Seulement depuis deux ans, la France, l’Europe et même le monde si on voit grand, traversent une crise socio-économique sans précédent. En effet Covid-19 + guerre en Ukraine = inflation. « Face à cette période d’inflation record, la BCE, par la voix de Christine Lagarde, a donc annoncé un relèvement de ses taux directeurs ce jeudi », explique notre spécialiste. En d’autres termes, pour calmer l’inflation, la BCE ralentit la consommation en rendant l’argent plus cher.

Qu’est-ce que cette hausse implique pour les particuliers ?

Qui dit hausse des taux directeurs dit hausse des taux d’emprunts bancaires. Oui parce que figurez-vous que les banques se financent certes sur les marchés, mais aussi et surtout auprès de la BCE. Si elles empruntent à un taux plus élevé, les banques prêtent en toute logique à taux plus élevé à leur tour. « Les taux bancaires augmentent considérablement depuis quelques mois, et les particuliers qui ont emprunté à 1 % il y a un an sont des chanceux », reprend la porte-parole de Meilleurtaux.com. « Aujourd’hui, les taux avoisinent les 2,5 %, et il se peut qu’on atteigne les 3 % d’ici peu de temps ».

Les Français risquent-ils de se faire refuser davantage de prêts dans les prochains mois ?

Au delà des taux élevés, Maël Bernier nous confie que depuis quelques mois, près d’un dossier de financement sur deux est rejeté par les banques. Mais tout n’est pas la faute de la BCE, selon l’experte. « Si le taux d’emprunt est à 2,5 % et l’inflation à 5 %, cela reste toujours plus intéressant qu’un taux d’emprunt à 1 % avec une inflation à 1,5 % ». En clair, tout est proportionnel à l’inflation.

« L’autre fléau pour l’accès à l’emprunt, c’est le taux d’usure ». Le taux d’usure ? « C’est une limite mise en place par la Banque de France qui a pour objectif de protéger l’emprunteur des taux bancaires trop élevés », nous explique la courtière. Hors aujourd’hui, ce taux n’évolue pas aussi vite que celui de la BCE ou que de l’inflation elle-même. « Ainsi des particuliers tout à fait éligible à l’emprunt, c’est-à-dire qui ne dépassent pas le fameux taux d’entêtement de 35 %, se sont vus refuser des emprunts bancaires qui dépassaient le taux d’usures ». Un serpent qui se mord le taux, en somme.