Sécu, la catastrophe des vingt milliards d'euros de déficit

Angeline Benoit

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La Commission des comptes de la Sécurité sociale, qui se réunit ce lundi après-midi, doit officialiser sa prévision de déficit. Et le chiffre a été annoncé officiellement ce matin: 20,1 milliards d'euros pour 2009, ce qui représente un tiers de l'impôt payé par les ménages en 2008. L'an dernier, lors de la préparation du budget 2009, le gouvernement avait fixé un objectif à 8,6 milliards d'euros pour l'ensemble des quatre branches du régime général (maladie, vieillesse, accidents du travail, famille). La faute à la crise ? « La multiplication par deux du déficit, c'est parce que l'argent ne rentre pas, ce n'est pas parce que les dépenses progresseraient de manière incontrôlée », assure le ministre du Budget, Eric Woerth. Le point en trois questions.

  • Vingt milliards, c'est grave?

C'est tout simplement du jamais-vu. Le précédent record était de 11 milliards d'euros en 2004. Si les déficits de la Sécu sont devenus chroniques à partir de 1986, ils ont pris une ampleur inédite à partir de 1993, franchissant pour la première fois la barre des 9 milliards. Toutefois, à chaque accélération de la croissance, les comptes s'améliorent. Ainsi, le solde était positif pour le régime général des salariés entre 1999 et 2001. Mais il replonge dans le rouge avec l'affaiblissement de l'activité économique. A vingt milliards d'euros, le déficit prévu en 2009 correspond à la pire crise depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une aggravation qui ne doit pas masquer le fait que le montant prévisionnel voté par le Parlement à l'automne, de 10,5 milliards, était déjà très élevé.

  • Pourquoi ne comble-t-on jamais le trou?

Parce que nous vivons au-dessus de nos moyens. Depuis trente ans, les dépenses de protection sociale ont presque doublé. Cette évolution est logique, puisque la France est devenue plus riche, qu'on est plus nombreux, qu'on vit plus longtemps et qu'on est mieux soignés. Depuis la création de la Sécu, les droits sociaux se sont améliorés et étendus à tous : abaissement à 60 ans de l'âge minimum pour partir à la retraite ou encore création de la couverture maladie universelle. La difficulté est venue du fait que l'activité économique n'a pas suivi le rythme des dépenses. Du coup, les recettes de la Sécu, qui proviennent de prélèvements sur les salaires et de taxes, n'ont pas progressé assez vite. Signe de ce déséquilibre, la part que représentent les dépenses dans le produit intérieur brut est passée de 26 % en 1981 à 31 % en 2004. D'où des déficits récurrents.

  • Quelles solutions peut-on mettre en oeuvre?
Cela fait trente ans que les dirigeants politiques se le demandent. Dès les années 1970, les gouvernements successifs ont commencé à serrer la vis à l'Assurance-maladie. Le dernier plan en date, élaboré par Philippe Douste-Blazy, promettait un retour à l'équilibre en... 2007. Autant dire qu'il a été renforcé depuis (forfait de 0,50 euros par boîte de médicaments, etc.), sans succès. A partir des années 1990, cela a été le tour des retraites, l'autre poste lourd de la Sécu. La durée de cotisation exigée pour partir à taux plein, fixée à 37 ans et demi avant 1994, atteindra 41 ans en 2012. Le relèvement de l'âge légal minimal de départ, évoqué hier par le ministre du Travail, Brice Hortefeux, et le renforcement envisagé du contrôle des arrêts maladie, vont dans le même sens. Mais l'effet de ce type de mesures est de courte durée. Le problème de fond demeure, à savoir l'incompatibilité entre un modèle social conçu pour une très forte croissance et une économie qui a fondamentalement ralenti depuis les années 1970.