Carburants : Non, l’Etat ne touche pas 70 milliards d’euros chaque année grâce aux taxes

FAKE OFF Bien que le montant précis soit difficile à estimer, les chiffres avancés dans une publication sont erronés et gonflent les recettes

Maïwenn Furic
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Le pourcentage des taxes sur les carburants fluctuent selon leu prix de base
Le pourcentage des taxes sur les carburants fluctuent selon leu prix de base — SYSPEO/SIPA

Les prix des carburants ne cessent d’augmenter depuis des mois, et voir affiché 2 euros le litre à la pompe est presque devenu monnaie courante. Pour certains internautes, alors que les Françaises et les Français se ruinent pour pouvoir se déplacer, le gouvernement s’en met plein les poches. Une publication, partagée ces dernières semaines sur les réseaux sociaux, affirme ainsi que l’Etat touche environ 70 milliards d’euros par an grâce aux taxes sur les carburants.

Cette publication qui circule sur les réseaux sociaux affirme que l'Etat gagne environ 70 milliards d'euros grâce aux taxes sur les carburants chaque année
Cette publication qui circule sur les réseaux sociaux affirme que l'Etat gagne environ 70 milliards d'euros grâce aux taxes sur les carburants chaque année - Capture d'écran Facebook

Le calcul y est détaillé : à raison de 60 % de taxes sur un litre de carburant coûtant 2,15 euros [selon l’exemple en question], l’Etat empoche 1,25 euro. On multiplie par les 160 millions de litres vendus chaque jour, puis sur l’année. La somme obtenue est astronomique. « Maintenant vous savez qui paye le "Quoi qu’il en coûte" ! », écrivent les internautes.

FAKE OFF

Les chiffres utilisés pour ces calculs sont faux, et les recettes de l’Etat sont gonflées. Reprenons les informations dans l’ordre afin d’y voir plus clair. Les automobilistes français n’achètent pas 160 millions de litres de carburants par jour, contrairement à ce que prétend la publication. Selon l’Union française des industries pétrolières (Ufip), la consommation a été de 48,2 milliards de litres en 2021, soit 131,5 millions de litres achetés quotidiennement.

Passons ensuite aux taxes. Le site du gouvernement indique bien qu'« en France, les taxes comptent approximativement pour 60 % des prix de l’essence et du gazole à la pompe. » Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui, en raison de la hausse brutale des tarifs depuis plusieurs mois. Dans le détail, les taxes appliquées aux carburants par l’Etat sont la TVA, la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) et la TVA sur la TICPE. Les deux dernières sont fixes, et seule la TVA varie en fonction du prix du produit pétrolier ou des coûts de transport et de distribution. Si bien qu’avec une forte hausse des cours du pétrole, la part de la taxe sur le prix final, elle, diminue.

Selon la décomposition des prix au 1er juillet par l'Ufip, la part revenant à l’Etat sur le gazole est de 0,953 euro pour un litre à 2,06 euros. Du côté du sans plomb 95, il empoche 1,038 euro pour un litre à 2,08 euros. On est donc loin des 1,25 euro comme avancé par la publication. Au lieu de 60 % du prix de vente, la recette de l’Etat se rapproche davantage des 45 %.

Des recettes inférieures à 49 milliards d’euros

Ainsi, si l’ensemble des carburants vendus en France étaient taxés comme l’est l’essence – la taxation la plus élevée – on obtiendrait une recette annuelle de 49 milliards d’euros, bien en dessous des 70 annoncés. Mais ce n’est pas si simple. S’ajoute la remise de 18 centimes par litre mise en place depuis avril. Il s’agit d'une somme versée par l'Etat directement aux distributeurs les plus en amont du réseau de distribution. Cela devrait représenter un coût pour les finances publiques d’au moins 3,2 milliards d’euros cette année, selon les autorités.

D’autres facteurs peuvent contribuer à une diminution des recettes de l’Etat en la matière. C’est par exemple le cas des exonérations de TVA, notamment pour les professionnels.

Une nouvelle aide pourrait d’ailleurs voir le jour prochainement pour les personnes qui utilisent leur véhicule pour se rendre au travail. Cette « indemnité carburant travailleurs », comme l’appelle Bercy, serait versée « en fonction du niveau de revenus », a expliqué le ministre Bruno Le Maire, sans préciser le plafond qui pourrait être fixé.