Strasbourg : Adidas quitte l’Alsace après une présence de plus de soixante-dix ans

SYMBOLE Implantée dans la région, la célèbre marque de sport va regrouper toutes ses activités à Paris d’ici septembre 2024. Près de 150 salariés sont concernés

T.G. avec AFP
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Un des bâtiments du Crédit Mutuel (à droite) et le siège d'Adidas, dans le quartier du Wacken à Strasbourg.
Un des bâtiments du Crédit Mutuel (à droite) et le siège d'Adidas, dans le quartier du Wacken à Strasbourg. — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • Coup dur pour Strasbourg et l’Alsace : Adidas va quitter son siège de Strasbourg et regrouper ses activités à Paris d’ici septembre 2024.
  • Près de 150 salariés sont concernés et, même si le télétravail va être largement proposé, beaucoup sont opposés à ce départ.
  • « Cette annonce, c’est dur pour nous, c’est beaucoup d’émotion », a réagi l’un d’entre eux.

Plus qu’un nom, un symbole. Ancré en Alsace depuis 1959, Adidas France a annoncé jeudi aux 140 salariés de son siège à Strasbourg le regroupement de toutes ses activités de bureau à Paris d’ici septembre 2024. Une décision dénoncée par le personnel et les élus.

« Adidas France a partagé à l’ensemble de ses salariés, aujourd’hui, le projet de regroupement, d’ici 2024, des équipes sur un nouveau site unique, dédié aux collaborateurs, clients et partenaires, à Paris », écrit l’entreprise dans un communiqué, précisant que la réflexion avait été engagée dès le mois d’avril. Soit environ quatre ans après avoir inauguré en grande pompe son nouveau siège social, en 2018, dans le quartier d’affaires du Wacken, à Strasbourg, au pied du Parlement européen.

Les salariés souhaitant rester en Alsace se verront proposer un régime de télétravail, avec trois à huit jours par mois de présence à Paris selon les postes occupés. « Notre but est de permettre aux collaborateurs à Strasbourg de continuer leur carrière chez Adidas tout en renforçant notre culture d’entreprise avec un site unique dédié à tous », précise Mathieu Sidokpohou, directeur général Europe du Sud. Celui-ci évoque une « flexibilité inédite en matière de télétravail ».

« Beaucoup de salariés veulent une porte de sortie »

« Cette annonce, c’est dur pour nous, c’est beaucoup d’émotion, il y a une solidarité entre collègues, beaucoup ont de l’ancienneté. Adidas se normalise… », a réagi un salarié, employé de la marque depuis quinze ans, qui a souhaité rester anonyme. « Ils ont proposé beaucoup de télétravail, mais sans solution locale : tu vas X jours par mois à Paris, mais le reste du temps tu es tout seul chez toi, sans tes collègues… Beaucoup de salariés n’entrent pas dans cette logique et veulent une porte de sortie. »

Début juin, alors que la rumeur d’un départ de la capitale alsacienne avait été révélée par Les Dernières Nouvelles d’Alsace, des élus alsaciens de plusieurs bords politiques avaient exprimé publiquement leur inquiétude. « Nous ne pouvons qu’être opposés à cette démarche et demandons à ce qu’elle soit reconsidérée », avaient écrit dans un courrier commun la maire EELV de Strasbourg Jeanne Barseghian, le président LR de la Région Grand Est Jean Rottner et d’autres élus locaux.

Ce jeudi, après l’annonce de ce départ, la présidence de l’agglomération Pia Imbs a aussi réagi. « Nous désapprouvons cette démarche », a lancé Pia Imbs en parlant de « colère », « d’incompréhension » et de « solidarité avec les salariés ». De son côté, le maire d’Illkirch-Graffenstaden, avait taclé la majorité écologiste au pouvoir. « Les mauvaises nouvelles s’enchaînent pour Strasbourg et sa métropole depuis que "attractivité" est considéré comme un gros mot dans la bouche de son exécutif. Notre métropole est en déclin dans divers classements des territoires, parfois au profit de Nancy et Metz », a écrit Thibaud Philipps dans un communiqué.

Adidas ne produit plus en France depuis les années 1990 mais compte encore 730 salariés dans l’Hexagone.