Vacances d’été : « M’en fous du Covid-19 »… Pour ces futurs voyageurs, le déni de la septième vague de Covid-19

EPIDEMIE Après deux années ternies par le coronavirus, une grande partie de la France a soif de vacances. Et ne veut pas entendre parler d’une possible septième vague qui pourrait ternir leur été

Jean-Loup Delmas
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Beaucoup refusent que le coronavirus revienne hanter leurs vacances
Beaucoup refusent que le coronavirus revienne hanter leurs vacances — Pixabay
  • 3, 2, 1, ça y eeeest, ce sont les vacances, les mois de juillet et août, les plages, les mojitos (avec modération), les bars, la fête, les amis, le soleil.
  • Mais voilà que l’invité bien relou de ces deux dernières années, le coronavirus, repointe le bout de son nez avec le début d’une septième vague.
  • Et face à la hausse des cas, certains, prêts à partir en vacances, sont dans le déni.

Déni (nom masculin) : Mécanisme de défense du moi qui consiste à nier une perception traumatisante de la réalité extérieure. Cette définition du Petit Larousse colle bien avec l’état d’esprit de Maxime, 32 ans, devant les chiffres du Covid-19 et cette septième vague qui monte : 50.000 cas par jour, 100.000 cas, 150.000, un milliard s’il le faut, qu’importe… : « Je m’en fous du Covid, je partirai en juillet, et mon voyage à San Sebastien se fera. Et mon été 2022 sera beau. Et il y aura des bars, de la foule, des plages ». Et on va s’arrêter là dans la citation avant qu’il n’embraye sur la conclusion de ses futures nuits endiablées.

Fini les craintes maladives de 2020 ou 2021 lorsque, paralysé par la peur de nouveaux confinements ou de restrictions, le jeune Parisien n’avait rien réservé. Le voilà bien décidé à croquer le bonheur à pleines dents. Comme lui, de nombreux Français et Françaises semblent détourner le regard du coronavirus au moment de se pencher sur leur été. Selon le récent baromètre annuel d’ Europ Assistance*, 37 % des Français sont inquiets de l’impact du coronavirus sur leur projet de voyage, contre 54 % en 2021. Seuls 53 % des voyageurs comptent éviter les lieux bondés, contre 71 % l’année dernière. Enfin, 40 % souhaitent quitter les frontières cet été, versus 28 % en 2021.

Avec 85.000 cas par jour en moyenne en ce moment même, difficile de dire que le coronavirus n’est plus qu’un lointain souvenir. Mais il devient pour beaucoup une lointaine crainte. Aurélie, qui part au Brésiiiiil (on partage son enthousiasme, excusez-nous), liste les raisons d’être rassurée au moment de prendre ses billets : « On a eu 400.000 cas en janvier et rien n’a été fermé, on est quasiment tous triples vaccinés, les réanimations sont moins pleines… » Mais très vite, son véritable argument s’expose, bien moins pragmatique : « On a vécu deux années horribles. Ça ne peut pas enchaîner sur une troisième. Cet été doit être beau, on le mérite. » Une pensée magique que la psychologue Chloé Riva, spécialiste du bien-être, connaît bien : « Dans la vie, il faut que les chagrins aient un sens, un but. C’est pour ça qu’après les confinements, les vaccins, les QR codes, beaucoup sont dans le déni que le coronavirus puisse revenir : ce serait comme si tous les efforts passés n’avaient servi à rien. »

Il en suffira d’une

Simon, 24 ans et en fac de socio, retient les années précédentes en guide de mauvaises pratiques à ne pas reproduire : « En 2020 et 2021, on flippait que le coronavirus reprenne, alors on n’osait rien réserver ni rien préparer. Finalement, il était tout à fait possible de voyager. Et on s’est retrouvé comme des cons à ne rien avoir de prévu alors qu’on aurait pu s’éclater. ». Cette année, tout était planifié-booké-réservé en avril. L’étudiant philosophe : « Il vaut mieux avoir tort d’avoir tenté qu’avoir eu raison d’être précautionneux. »

Reste que la vague remonte et queles débats sur le port du masque fleurissent à nouveau, et les genoux du jeune homme commencent à jouer des castagnettes à force de trembler : « Ces vacances, ça doit passer. Il faut que ça passe ».

Souviens-toi l’été (de merde) dernier

Admettons donc que ça passe, ce sera pour bien en profiter. Toujours selon le sondage Europ Assistance, alors que l’inflation aurait pu avoir tendance à limiter les départs, 74 % des Français ont l’intention de partir cet été, soit 7 points de plus qu’en 2021, et même cinq de plus qu’en 2019, avant la crise sanitaire. Le budget moyen a augmenté de 11 % par rapport à l’année précédente, pour une durée de vacances similaire (2,1 semaines). Et 71 % des Français se déclarent « enthousiastes » à l’idée de cet été, loin, très loin des chiffres du coronavirus.

« Il ne faut pas sous-estimer la violence que furent les restrictions liées à la pandémie. Le vrai déni, ce sont les discours "On ne demandait aux gens que de rester chez eux, ce n’est pas si compliqué", alors qu’il y a eu une réelle souffrance de la part de la population », plaide Chloé Riva. Selon les chiffres de l’étude CoviPrev de mai 2022, 25,4 % des personnes interrogées montraient ainsi des signes d’un état anxieux (12 points de plus qu’en 2017), 15,1 % présentaient des signes d’un état dépressif et 11,3 % du panel indiquait avoir eu des pensées suicidaires, 3 points de plus qu’en 2021. Une France en souffrance qui expliquerait ce choix de passer outre le Covid-19 : « Les gens excluent toute possibilité de pandémie pendant leurs vacances car ils ont besoin de ces vacances. Vraiment besoin », appuie la psychologue.

Décompensation et plaisir non coupable

En des termes plus psychologiques, ce phénomène rappelle celui de « la décompensation : on encaisse, on encaisse, on encaisse, et puis à un moment, on lâche tout », dépeint l’experte. D’où le choix du Brésiiiiiil (on va se calmer, promis) pour Aurélie, pourtant contraire à ses valeurs : « En temps normal, je privilégie une destination française, ou accessible en train ou en voiture. Et j’évite les pays avec lesquels je suis en désaccord politiquement, ce qui est le cas avec la présidence de Bolsonaro. Mais là, j’ai vu Rio de Janeiro, Bahia, les chutes d’Iguazu, j’en avais trop envie. »

Simon est lui aussi bien déterminé à voir du pays après que la fontaine de jouvence s'est tarie durant deux ans : « Ce virus de merde nous a volé deux années censées être parmi les plus belles, avec le plus d’aventures, de fêtes et de voyages. On n’a rien fait. Il est temps de rattraper le temps perdu. »

* L’édition 2022 du Baromètre des vacances d’Europ Assistance et d’Ipsos a été réalisée dans 15 pays dont les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, l’Italie, la France, l’Espagne, la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche, le Portugal, la Belgique, la Pologne, la République tchèque, la Thaïlande et l’Australie. Dans chaque pays, 1.000 consommateurs âgés de 18 ans et plus ont participé à un questionnaire en ligne. L’enquête a été menée entre le 26 avril et le 16 mai et portait sur les projets de vacances et les préférences de voyage des consommateurs.