Inflation : La BCE se réunit ce jeudi pour fixer sa nouvelle ligne contre la hausse des prix

TAUX DIRECTEUR L’inflation a atteint 8,1 % sur un an en mai, avec quatorze pays sur dix-neuf de la zone euro se situant au-dessus de cette moyenne, soit bien loin de l’objectif de la BCE fixé à 2 %

20 Minutes avec AFP
Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, à Francfort le 10 mars 2022.
Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, à Francfort le 10 mars 2022. — Action Press//SIPA

Sur le plan économique, le grand méchant loup ne s’appelle désormais plus récession mais inflation. Préoccupée par la hausse des prix, la Banque centrale européenne pourrait donc préparer ce jeudi la sortie de sa politique controversée de taux négatifs.

La réunion du Conseil des gouverneurs, délocalisée à Amsterdam, doit marquer un tournant historique après des années de politique d’argent pas cher et abondant. Il faut dire que depuis décembre, la BCE a été surprise par la dynamique de l’inflation, qui a encore accéléré avec la guerre en Ukraine.

Les « faucons » prennent le dessus sur les « colombes »

La hausse des prix a ainsi atteint 8,1 % sur un an en mai, avec quatorze pays sur dix-neuf de la zone euro​ se situant au-dessus de cette moyenne. Du jamais vu depuis l’instauration de la monnaie unique et un niveau quatre fois supérieur à l’objectif de la BCE fixé à 2 %.

Alors que le pouvoir d’achat est rogné par la flambée des prix, les « faucons » de la BCE ont eu raison des « colombes » plus prudentes : ne pas agir sur les taux risquait d’alimenter un peu plus les tendances inflationnistes, via les revalorisations salariales. D’autres Banques centrales confrontées à une forte inflation, la Fed américaine et la Banque d’Angleterre, ont déjà engagé un cycle de hausse des taux. La BCE s’est quant à elle enfermée dans un calendrier de resserrement monétaire très progressif et y déroger maintenant mettrait à mal sa crédibilité.

Ainsi, l’institution devrait d’abord confirmer ce jeudi l’arrêt des rachats nets de dette sur le marché à partir de début juillet. Par ce biais, environ 5.000 milliards d’euros d’obligations ont été rachetées par la BCE depuis 2015 permettant de maintenir des taux d’emprunt favorables pour ménages, entreprises et Etats, dans un contexte d’inflation atone. Ces rachats devraient encore s’élever à 20 milliards d’euros en juin avant de s’arrêter le mois suivant.

Vers la fin des taux négatifs

Dans la foulée, il s’agira de sortir de la politique des taux négatifs entamée en 2014 et qui a suscité des flots de critiques, en Allemagne surtout. Elle fait que les banques sont taxées de -0,5 % à ce jour sur leurs dépôts confiés aux Banques centrales faute de les distribuer via des crédits. La présidente de la BCE Christine Lagarde devrait annoncer ce jeudi le calendrier des hausses, un premier relèvement étant attendu pour la réunion du 21 juillet. Une hausse de 0,25 % en juillet, suivie d’une autre de 0,25 % en septembre, remettrait le taux de dépôt à zéro, prévoit Philip Lane, chef économiste de la BCE.

Mais pour faire face à l’inflation qui gronde, des « faucons » plaident pour qu’un saut de 50 points de base soit décidé dès juillet, un scénario que les marchés ont commencé à intégrer. Une première réponse donc ce jeudi dans un contexte où les nuages s’accumulent sur les perspectives de croissance.