Pénuries : Les viticulteurs français confrontés au manque de bouteilles en verre

MISE EN BOUTEILLE Les viticulteurs peinent à s’approvisionner en bouteille en verre à cause de la mise à l’arrêt de nombreuses usines en Ukraine

Noémie Penot
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Le prix du verre a augmenté de 25 à 50% depuis le début d'année.
Le prix du verre a augmenté de 25 à 50% depuis le début d'année. — Canva
  • A cause de la guerre en Ukraine, plusieurs filières ukrainiennes des géants du verre Owens et Verallia ont temporairement mis à l’arrêt leur production. Un phénomène qui s’ajoute au retard accumulé pendant la pandémie de Covid-19.
  • En France, les viticulteurs font face à une augmentation du prix du verre et des retards de livraison, et peinent de plus en plus à s’approvisionner en bouteilles.
  • Et les solutions pour pallier cette pénurie restent insuffisantes.

Les cuves des viticulteurs français pourraient rester remplies plus longtemps que prévu. En raison d’une pénurie de bouteilles en verre, ces derniers peinent en effet à s’approvisionner pour la mise en bouteille de leur production, et donc de leur commercialisation. Comment sont-ils impactés ? 20 Minutes fait le point.

Des usines ukrainiennes à l’arrêt

Le verre (et il est loin d’être le seul) n’a pas été épargné par la pandémie de Covid-19. « Bon nombre de verriers ont réduit leur cadence de production » durant la crise, indique Jean-Marie Fabre, vigneron dans l’Aude et président de la Fédération des vignerons Indépendants. « Les usines ont toujours constitué un stock de bouteilles, dans lequel elles puisaient pendant la pandémie. Et lorsque la demande a repris, la difficulté a été de produire en quantité suffisante sachant que le stock qui avait diminué ». Malgré un flux tendu, les commandes passées par les viticulteurs ont pourtant été livrées à date, « 2 ou 3 mois avant la mise en bouteille », selon le président de la fédération.

Mais alors, pourquoi une telle pénurie actuellement ? Il y a, tout d’abord, la guerre en Ukraine, qui a provoqué l’arrêt de la production de sept usines ukrainiennes, filiales des deux géants du verre, Owens et Verallia. A eux deux, ces groupes produisent environ « 75 % des bouteilles en verre en circulation sur le marché européen », et « plus de la moitié de la production mondiale », d’après Jean-Marie Fabre. Autre difficulté : l’augmentation du coût du gaz et du pétrole, nécessaires pour faire tourner les fours. Un coût qui se répercute sur le prix d’achat des bouteilles vides. Contacté par 20 Minutes, le président de la Fédération des industries du verre n’a pas donné suite à notre demande d’interview.

Des prix qui flambent

Pour les viticulteurs, l’impact est fort. « Avant, il fallait compter 15 jours de délai de livraison, explique Thierry Mothe, vigneron à Chablis. Maintenant, il faut compter 8 semaines ». Le prix, lui, a augmenté de 25 à 50 % depuis le début de l’année. Des tensions qui seraient aussi liées, selon Jean-Marie Fabre, à des surcommandes passées par des négociants, « 10 à 15 % de plus que d’habitude », pour anticiper le manque. Un phénomène qui aggraverait la pénurie pour les TPE familiales, productrices de plus de la moitié du vin français.

Autre problème : la hausse du prix du carton, des étiquettes, des contre-étiquettes, du papier et des capsules, de l’ordre de 25 à 50 %. Pour toutes ces raisons, les viticulteurs vendent « entre 7 et 10 % plus cher aux distributeurs et importateurs », complète Jean-Marie Fabre. Mais ce n’est pas suffisant. Salariés, coût d’amortissement, fournisseurs… les coûts restent les mêmes. « Pour l’instant je m’en sors, mais en août-septembre, je commencerai à ressentir l’impact sur les trésoreries », témoigne Thierry Mothe.

De timides solutions

Et pour la suite ? « Tous les 15 jours, les prix du verre évoluent à la hausse », lance Jean-Marie Fabre. Difficile donc d’avoir de la visibilité. Y a-t-il alors des alternatives ? Quand on demande à ces viticulteurs ce qu’ils pensent des canettes , leur réaction est la même. « Vous imaginez que l’on vous apporte une canette lorsque vous commandez une bouteille de vin blanc au restaurant ? », questionne Thierry Mothe. « Et adopter les canettes reviendrait au même problème, puisqu’il faudrait en produire d’énormes quantités, tout en sachant la tension qui pèse sur les matières premières, notamment l’aluminium », remarque Jean-Marie Fabre.

Les solutions sont pour l’heure timides. « On essaye d’appeler un maximum de fournisseurs et leurs distributeurs, pour voir s’ils n’ont pas encore une palette en stock. Ou nos collègues vignerons pour voir s’ils ne leur restent pas 4 ou 5 rangs de bouteilles. Parfois, on achète même des bouteilles pas adaptées à notre packaging ». Il n’est, par contre, pas question de recyclage de bouteilles à leurs yeux.