Hauts-de-France : La pénurie de tuiles « aura des conséquences » en cas de tempête

LA TUILE La France fait face à une pénurie de tuiles tant pour les particuliers que pour les professionnels du bâtiment

Mikaël Libert
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La pénurie de tuiles touche toute la France (illustration).
La pénurie de tuiles touche toute la France (illustration). — M.Libert / 20 Minutes
  • Après les aliments, la pénurie guette certains matériaux de construction.
  • Un constat qui concerne particulièrement les briques et les tuiles en terre cuite.
  • Les arrêts d’usines liées à l’époque au Covid-19 et aujourd’hui au prix du gaz sont les causes principales de cette pénurie.

Il est désormais plus difficile de dégoter des tuiles pour son toit qu’un rendez-vous pour renouveler son passeport. Si, de manière générale, le coût des matériaux de construction a flambé ces dernières années, certains sont aussi quasiment introuvables. C’est le cas de tout ce qui est fabriqué avec de la terre cuite, comme les tuiles de toiture ou les briques. Une pénurie qui, à l’instar de l’huile de tournesol, est due en partie à la guerre en Ukraine. Mais ce n’est pas le seul facteur et, on ne va pas vous mentir, la situation ne va pas s’améliorer.

Les personnes qui fréquentent régulièrement les magasins de bricolage grand public auront peut-être remarqué que les rayons des tuiles étaient soit fortement dégarnis, soit désespérément vides. Même chose pour les enseignes fournissant les professionnels du bâtiment. En consultant les sites internets de ces entreprises, le constat est sans appel : rares sont les références disponibles en nombre suffisant pour refaire autre chose que le toit de la niche du chien.

« On n’a pas du tout de réapprovisionnement de prévu »

Afin de tirer cela au clair, 20 Minutes a tenté de contacter différents distributeurs parmi les plus connus, dont Leroy Merlin et Point P. En vain, aucun n’a donné suite. Mais par téléphone, en se faisant passer pour un client, nous avons eu quelques réponses. « On n’a pas du tout de réapprovisionnement prévu sur les tuiles, les faîtières, et on n’a aucune visibilité sur les délais. Dans les Hauts-de-France, c’est mort et c’est pareil ailleurs en France », se désole une employée d’un Leroy-Merlin dans le Nord.

Pour Freddy Guilbert, président de la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPEB) du Pas-de-Calais, la situation est dramatique : « Pour de la brique, le délai est de 6 mois, pour de la tuile il n’y a pas de délai et si on est enfin livrés, on ne sait pas à quel prix », explique-t-il. A ce jour, les artisans qui ont pu stocker des matériaux peuvent honorer les chantiers sur lesquels ils s’étaient engagés. « Pour de la couverture, ce n’est juste pas possible d’accepter de nouveaux chantiers. Non seulement parce qu’il n’y a pas de tuiles, mais aussi parce que tous les mois il y a une inflation à deux chiffres sur ces matériaux. Garantir le prix du devis au-delà de quelques semaines est inenvisageable », insiste le président de la CAPEB, artisan lui aussi.

Le Covid et ses restrictions, la guerre et le prix de l’énergie

La cause de cette pénurie est double. La première, ce sont les restrictions sanitaires mises en place contre le coronavirus, lesquelles ont engendré des arrêts de production chez les grands industriels du secteur. « Au redémarrage des usines, il y avait un retard de millions de tuiles impossible à rattraper sans augmenter les moyens de production », assure à 20 Minutes un responsable d’usine qui souhaite rester anonyme.

L’autre raison, c’est l’augmentation du prix du gaz liée à l’arrêt de l’approvisionnement en Russie suite à l’envahissement de l’Ukraine. Dans la très grande majorité des cas, les fours utilisés par les industriels pour la cuisson des tuiles fonctionnent au gaz. « Pour nous, le prix a presque été multiplié par 10, et comme l’énergie représente 80 % du coût de revient, le calcul est vite fait », dénonce le gérant d’une fabrique de tuiles dans le centre de la France qui préfère rester discret.

S’il poursuit sa production pour honorer ses commandes, il sait que tout le monde ne joue pas le jeu : « Certains grands industriels du secteur mettent à l’arrêt leurs usines parce qu’ils n’y trouvent plus leur compte en termes de rentabilité », affirme-t-il. Même soupçon du côté de la CAPEB : « A la pénurie du Covid va succéder la pénurie liée à l’arrêt de ces usines face au coût de l’énergie. C’est une problématique qui est partie pour durer et dont on verra les conséquences en cas de grosse tempête », déplore Freddy Guilbert.