Pouvoir d’achat : Est-ce une bonne idée d’épargner en période d’inflation ?

LIVRET A De nombreux Français continuent d'épargner et ce, malgré l'inflation

Jean-Loup Delmas
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L'inflation, une bonne période pour épargner ?
L'inflation, une bonne période pour épargner ? — Pixabay
  • A quoi cela peut-il bien servir de placer de l’argent sur son livret A à 1 % d’intérêt lorsque l’inflation est à 4,8 % ?
  • Malgré ces calculs pas fameux, l’épargne des Français ne baisse pas et reste à un niveau extrêmement élevé.
  • Un choix stupide ou un réel intérêt économique pour les ménages ?

Cela n’aura échappé à aucun consommateur, en cette année 2022, les prixmontent. La France subit une inflation record depuis des décennies, à 4,8 % en rythme annuel à la fin du mois d’avril. Une hausse des prix aux multiples conséquences : pouvoir d’achat en berne, baisse de la consommation des ménages et conditions d'  épargne défavorables.

« Les périodes d’inflation sont toujours négatives pour l’épargne », renseigne François Geerolf, professeur d’économie et spécialiste des questions de placement. La logique est simple à comprendre : prenons par exemple le livret A, de loin le plus répandu avec 55 millions de personnes. Présentement, le fameux livret offre 1 % de gain annuel. Pas besoin d’avoir fait maths sup pour comprendre que placer de l’argent là-dessus fait baisser votre pouvoir d’achat face à une inflation de 4,8 points. « La plupart des taux d’intérêt sont actuellement négatifs », confirme le professeur, car vous le savez aussi bien que nous, on trouve peu de livrets bancaires à 5 % d’intérêt – hélas.

Epargner envers et contre tout

Top signal pour que chacun et chacune vident ses comptes bancaires et dépensent sans compter, foutu pour foutu ? « Même si cela peut sembler contre-intuitif, voire contre-productif, les Français épargnent beaucoup en période d’inflation », contredit Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne. En pleine période d’incertitude économique sur l’avenir, comme c’est le cas actuellement, « on délaisse les calculs d’apothicaire et de rentabilité et on met de l’argent de côté – au cas où », poursuit l’expert. Les Français épargnent encore plus de 20 % de leurs revenus bruts disponibles selon l'Insee, un sommet atteint lors de la crise du coronavirus mais qui ne descend pas depuis, malgré les invitations du gouvernement à la consommation et l’inflation. Au premier trimestre 2022, 12,2 milliards supplémentaires ont été placés sur le livret A, tandis que 40 % des Français ont une assurance-vie.

Ce phénomène peut néanmoins avoir une certaine logique, au-delà de la crainte. Olivier Rull, cofondateur de Caravel, plateforme de plan d’épargne éthique et solidaire indique : « En période d’inflation, ne pas investir, c’est perdre du pouvoir d’achat. Il est donc sain que les Français placent leur argent, la question est plutôt de savoir où ».

Attention aux mauvais placements

Car en de telles situations, les bons placements sont rares. Et attention aux fausses bonnes idées : « Concrètement, les actions des entreprises – et notamment du CAC40 – sont en mauvaise forme et en chute, elles ne représentent pas des investissements forcément judicieux », appuie François Geerolf. Petit conseil par Philippe Crevel : « Si on veut vraiment investir, il faut chercher des actions à dividendes pour maximiser ses chances d’avoir des retombées positives. »

Outre les actions, l’autre fausse bonne idée serait de miser sur des valeurs matérielles et réelles, comme l’or, par exemple. Il faut se méfier « Beaucoup de ménages ont adopté cette stratégie lors du choc pétrolier des années 1980, remémore Philippe Crevel. Mais sans résultat : il leur a fallu attendre plus de 20 ans pour que l’or retrouve son niveau. » Pas vraiment le placement le plus pertinent.

Reste l’immobilier. La logique est simple : le prix des loyers va augmenter comme l’inflation et suit donc la hausse des prix. Un bon placement à faire ? Pas si vite. « Il est possible, voire probable, que l’Etat décide de geler le prix des loyers, ou au moins de ralentir leur hausse », prévient François Geerolf. Méfiance donc.

De l’utilité de l’épargne

Des solutions pas vraiment fiables qui expliquent en partie pourquoi les Français continuent d’épargner, malgré des livrets déficitaires en termes de pouvoir d’achat : une épargne négative, mais quelquefois choisie faute de mieux. « Même si cela augmente moins vite que l’inflation, l’épargne permet au moins de fructifier un peu ces revenus. Cela peut-être nécessaire pour de futurs achats », concède Philippe Crevel. Autre option : garder son argent de côté un temps, avec l’espoir que les prix redescendent. Mais là encore, le pari est risqué.  « Si les salaires augmentent pour compenser l’inflation, ils ne redescendront pas et les prix resteront hauts également », prévient François Geerolf. Autrement dit : une partie des prix au minimum ne baissera pas.

Sans compter que rien ne dit que l’inflation s’arrêtera à court terme : « Les différents marchés financiers s’attendent plutôt à une hausse des prix pendant quelques années », enfonce le professeur en économie. En conséquence : épargner oui, mais n’hésitez pas à claquer votre argent aussi. Olivier Rull conseille de répartir ses revenus ainsi : 50 % de dépenses obligatoires (loyer, nourriture, facture), 30 % de dépenses « accessoires » (restaurant, cinéma…) et 20 % d’épargne et d’investissement. Soit quatre cinquième de notre argent que l’on claque direct.