« Plus belle la vie » : L’arrêt de la série, une claque économique pour Marseille ?

COUCOU LE MISTRAL Diffusée depuis dix-huit ans sur France Télévisions, la série pèse lourd dans la filière locale avec 580 jours de tournage par an, soit environ un tiers des tournages sur l’année

Caroline Delabroy
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Plus Belle la Vie
Plus Belle la Vie — GERARD JULIEN / AFP
  • Plus Belle la Vie emploie chaque année 600 intermittents, l’équivalent d’une entreprise de 120 personnes selon les techniciens de la série.
  • Avec 580 jours de tournage par an, en studio comme en extérieur, la série télévisée pèse lourd dans l’écosystème local.

Edit du jeudi 5 mai 2022 : La direction de France Télévisions a annoncé la fin de la diffusion de la série phare Plus belle la vie​ (effective en novembre) sur France 3, tout en invoquant l’évolution des « attentes des téléspectateurs » et de « la consommation des programmes » depuis dix-huit ans.

« L’ambiance sur le plateau est triste, morose ». Directeur de production régulier sur Plus Belle la Vie, Marc Barbault résume l’état d’esprit des équipes, laissées encore dans le flou sur l’avenir de la série. « On sait très bien, par le biais de l’écriture, qu’ils sont en train d’écrire les arches de fin », affirme-t-il, alors convaincu de l’ arrêt de la série, tout du moins sous sa forme actuelle, d’une diffusion quasi quotidienne sur la chaîne publique.

« La fin de la série serait d’abord une perte économique, et surtout un manque à gagner en matière d’emploi, réagit Jean-Luc Chauvin, président de la CCI métropolitaine Aix-Marseille-Provence. Plus Belle la Vie, c’est un poumon économique important pour la production télévisuelle et cinématographique marseillaise. » « Il nous faudra accompagner la croissance et l’implantation d’entreprises locales sur cette filière pour compenser ce manque à gagner », ajoute-t-il. Selon les chiffres fournis par la société de production Newen, la série fait en effet travailler à Marseille 600 intermittents par an.

« C’est l’équivalent d’une entreprise de 120 personnes », ont alerté l’ensemble des techniciens de Plus Belle la Vie et l’association régionale des techniciens du Sud-Est (ARTS) dans une lettre ouverte aux élus. « Il s’agit à 90 % d’intermittents, dont certains n’ont jamais travaillé que pour Plus Belle la Vie », relève Marc Barbault. Car la série représente 580 jours de tournage par an, que ce soit en extérieur ou dans les 3.700 m² de studios du pôle média de la Belle de Mai, qui a pour décor principal la fameuse place du Mistral.

L’Occitanie en challenger sérieux

« C’est énorme », poursuit le directeur de production au nom de l’ARTS. De fait, ce chiffre est à rapporter aux 1.715 journées de tournage par an sur le territoire et qui, selon la CCI, placent Aix-Marseille-Provence comme la deuxième terre de tournage en France. Ces tournages génèrent aussi « 88 millions d’euros de retombées annuelles ». « Accroître le nombre de jours de tournage et les retombées économiques qu’ils génèrent est un enjeu majeur pour la région », fait ainsi valoir Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, pour qui « dans cet écosystème, la série Plus Belle la Vie est essentielle. » Il rappelle qu’un euro engagé par la région dans le cinéma et l’audiovisuel génère 7,62 euros de retombées économiques totales (et 17 euros pour les séries).

« Il y a une vraie filière et énormément de tournages, depuis dix ans les choses ont changé et les productions n’arrivent plus comme avant avec une grande partie de l’équipe constituée, estime pour sa part Marc Barbault. On est à un moment de transition, où ce vivier de terrain est reconnu, un arrêt de Plus Belle la Vie n’arriverait pas au meilleur moment. » Reste à savoir si le nombre de tournages pourrait compenser la perte du feuilleton quotidien, alors que l’Occitanie, avec notamment Un si grand soleil, joue les challengers sérieux.

« Il y a toujours moyen… »

Avec 2,5 millions de téléspectateurs chaque soir, et 500.000 de plus en visionnage replay, Plus Belle la Vie offre aussi une vitrine de choix pour la destination Marseille. Difficile en effet d’imaginer meilleure promotion que ce générique quotidien avec vues emblématiques. « Cela a été un coup de projecteur inouï sur la ville, ses quartiers, sa diversité », abonde Marc Thépot, président de l’Office du tourisme, qui a dû annuler les visites de studio face aux rumeurs persistantes d’arrêt de la série. Pour lui, Plus Belle la Vie a été un tournant en matière d’attractivité de Marseille.

Il ne cède pas pour autant au pessimisme. : « Même si on ne partage pas ses idées, Macron, quand il est à Marseille, c’est aussi une belle carte postale faite sur la ville. Sans compter les belles occasions qui vont arriver, la coupe du monde de rugby, les JO. Les intermittents vont avoir d’autres opportunités, surtout si la filière cinéma se consolide. Le meilleur est devant. » Tout l’enjeu réside ainsi dans la structuration de cette filière, et dans l’avenir du pôle média de la Belle de Mai si les principales entreprises qui l’occupent devaient partir.

« Plus Belle la Vie, c’est une franchise qui représente quand même 2,5 millions d’aficionados, on espère bien qu’elle soit reprise, cela semble assez incroyable de laisser partir quelque chose comme ça », souhaite aussi Marc Barbault. Et même si les scénaristes travaillent sur des arches de fin, « il y a toujours moyen de déboucler la boucle finale », assure-t-il, en fin connaisseur des arcanes de Plus Belle la Vie.