Twitter : « Pilule empoisonnée », chevalier blanc... Tout comprendre à la bataille entre Elon Musk et le réseau social

WEB Le patron de Tesla veut s’offrir le réseau social, mais il est loin d’être accueilli en homme providentiel

P.B.
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Le patron de Tesla, Elon Musk, lors de l'inauguration de l'usine d'Austin, au Texas, le 6 avril 2022.
Le patron de Tesla, Elon Musk, lors de l'inauguration de l'usine d'Austin, au Texas, le 6 avril 2022. — AFP
  • Elon Musk a lancé une offre publique d’achat non sollicitée pour tenter d’acquérir Twitter.
  • Il assure qu’il ne cherche pas à gagner de l’argent mais veut défendre la liberté d’expression sur le réseau.
  • Le Conseil d’administration de Twitter tente de se protéger et pourrait se tourner vers un chevalier blanc.

C’est la grande bataille qui secoue la Silicon Valley. Après avoir acquis 9,2 % du capital de Twitter début avril, Elon Musk a lancé une offre publique d’achat non sollicitée pour tenter de s’emparer du réseau social, promettant de devenir le champion de la liberté d’expression. Alors que Twitter devrait sans doute officiellement rejeter sa proposition d’ici à la fin du mois, l’entreprise a adopté vendredi une « pilule empoisonnée » destinée à contrecarrer l’offensive du patron de Tesla. Elon Musk va-t-il relever son offre ? Twitter peut-il trouver un chevalier blanc ? L’issue reste incertaine et ne laisse personne indifférent.

Pourquoi Elon Musk veut racheter Twitter ?

« J’ai investi dans Twitter car je crois dans son potentiel pour être la plateforme planétaire de la liberté d’expression (…), qui est un impératif sociétal pour le fonctionnement d’une démocratie », écrit Elon Musk dans sa lettre aux autorités boursières. Selon lui, Twitter est prisonnier de Wall Street et des impératifs de court terme, et a besoin « d’être transformé en entreprise privée ». Lors d’une interview sur la scène de TED, à Vancouver, il a assuré la semaine dernière que son but n’était « pas de gagner de l’argent » mais de garantir que Twitter puisse jouer son rôle de « place publique dans laquelle on peut parler librement dans la limite de la loi ».

Pourquoi Twitter ne l’accueille pas à bras ouverts ?

Comme souvent avec Elon Musk, tout peut très vite changer. Twitter et son nouveau patron, Parag Agrawal, ont d’abord offert un siège au Conseil d’administration à celui qui est devenu son plus gros actionnaire individuel. Mais Elon Musk a finalement annoncé qu’il ne rejoindrait pas le board.

Il a ensuite offert de racheter toutes les actions de Twitter au cours de 54.20 dollars (le nombre 420, prononcé « four-twenty », est le symbole du cannabis aux Etats-Unis et une blague récurrente d’Elon Musk), valorisant le réseau à 43,4 milliards de dollars. Un premium de 18 % sur le cours de clôture de mercredi dernier loin d’être renversant, qu’a notamment rejeté le prince saoudien Al-Walid Ben Talal, qui possède environ 5 % de Twitter. Au-delà d’un marchandage de bonne guerre, il existe des « différences philosophiques » entre Twitter et Elon Musk, écrivent dans une note les analystes de Mizuho Securities.

Qu’est-ce que la « pilule empoisonnée » adoptée par Twitter ?

Twitter, qui doit présenter ses résultats trimestriels le 28 avril, n’a pas encore officiellement donné sa réponse. Mais vendredi, l’entreprise a adopté une « pilule empoisonnée » destinée à empêcher – ou au moins compliquer – un rachat hostile. Selon celle clause, si Elon Musk ou un autre investisseur franchit la barre des 15 % du capital, le reste des actionnaires pourra acheter des actions nouvellement émises à un prix réduit. Cela diluerait donc la part d’Elon Musk, l’empêchant ainsi d’obtenir une majorité des titres, à moins de casser sa tirelire.

Quelles sont les réactions au coup de force d’Elon Musk ?

Sans surprise, le Web est coupé en deux. Elon Musk peut compter sur son fan-club, notamment sur le podcaster Joe Rogan ou l’investisseur crypto Cameron Winklevoss – ennemi juré de Mark Zuckerberg à Harvard. Musk, qui se définit comme un « absolutiste » de la liberté d’expression, estime en effet que les plateformes sont allées trop loin en se posant en arbitres de la désinformation, avec une modération qui dérive, selon lui, vers une « censure » qui a culminé avec l’éviction de Donald Trump.

Mais pour beaucoup, l’idée de confier le réseau et ses 217 millions d’utilisateurs quotidiens à un patron qui utilise lui-même Twitter pour troller ou attaquer ses ennemis passe mal. « Espérons que l’offre d’Elon Musk ne triomphe pas », écrit la rédaction du Washington Post dans un édito. Pour éviter de revenir à une époque ou Twitter « (pouvait) être exploité pour manipuler des élections, propager la désinformation ou harceler des internautes en meute ». Et il y a ceux, comme l’experte-comptable Francine McKenna, qui accusent à demi-mot Elon Musk de chercher à manipuler le cours de Twitter. En 2018, il s’était déjà fait taper sur les doigts en assurant – à tort – avoir sécurisé les fonds privés nécessaires pour faire sortir Tesla de la Bourse.

Twitter peut-il trouver un chevalier blanc ?

Le réseau social, qui peine à gagner de l’argent, attise les convoitises depuis des années. Face à l’offensive d’Elon Musk, son salut pourrait venir d’un chevalier blanc faisant une offre plus avantageuse aux actionnaires. Un rachat par un géant de la tech semble peu probable par les temps qui courent, alors que les autorités de la concurrence veulent éviter les erreurs du passé – comme d’avoir laissé Facebook racheter WhatsApp et Instagram. Mais selon la chaîne financière CNBC, la société de capital-investissement Thoma Bravo songerait à faire une offre. En face, le géant Apollo Global Management pourrait soutenir un rachat – d’Elon Musk ou d’un autre parti – en fournissant des fonds propres ou de la dette, indiquent le New York Times et le Wall Street Journal. Les grandes manœuvres ne font que commencer.