Consommation : Pourquoi ne trouve-t-on plus d’huile de tournesol dans certains supermarchés ?

ALIMENTATION Certains rayons d’huile sont très clairsemés dans les supermarchés, en raison de la peur de manquer des consommateurs

Delphine Bancaud
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Dans le rayon huiles d'un supermarché parisien, le 11 avril 2022.
Dans le rayon huiles d'un supermarché parisien, le 11 avril 2022. — D.Bancaud/20minutes
  • L’Ukraine et la Russie représentent 80 % des exportations mondiales d’huile de tournesol.
  • Les Français, anticipant des problèmes d’approvisionnement, ont eu tendance à faire des stocks ces dernières semaines.
  • Pourtant, les professionnels de la distribution assurent qu’il n’y a pas de pénurie actuellement. Même si l’approvisionnement pourrait se compliquer si la guerre en Ukraine s’installe dans la durée.

Des rayons vides dans certains supermarchés. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans la vraie vie, les témoignages de Français qui ne trouvent plus d’huile de tournesol ces dernières semaines affluent. « Dans nos magasins, on assiste à des ruptures de stocks ponctuelles », reconnaît Thierry Desouches, porte-parole de Système U. Même son de cloche chez Olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution : « Dans un magasin sur deux, on constate que le remplissage des rayons n’est pas au maximum et que les huiles d’entrée de gamme ne sont souvent plus disponibles. »

NielsenIQ, panéliste sur les ventes en grandes surfaces, avance même des chiffres : « Du 21 février au 27 mars, les problèmes de disponibilité au rayon des huiles ont augmenté de 37 % par rapport à la moyenne hebdomadaire sur les 5 semaines précédentes », nous indique l’analyste Laurent Beneditti. Contactés par 20 Minutes, Carrefour, Auchan et Leclerc n’ont pas souhaité répondre à nos questions.

Des achats de précaution qui posent problème

Force est de constater que l’huile de colza est aussi aux abonnées absentes dans bon nombre de rayons : « C’est un phénomène classique en consommation : quand un produit se raréfie, le phénomène se répercute sur ceux qui lui ressemblent », indique Olivier Andrault, chargé de mission alimentation à l’UFC-Que Choisir.

Le premier facteur expliquant cette situation est la guerre en Ukraine : « La Russie et l’Ukraine représentent 80 % des exportations mondiales d’huile de tournesol. Et la France importe deux tiers de ses approvisionnements d’Ukraine », nous explique Bercy. « Or, depuis deux ou trois semaines, les médias évoquent le risque de tensions sur les approvisionnements. Ce qui a entraîné des achats de précaution, alors qu’il y avait suffisamment de stocks si la consommation était normale. Il n’y a pas de pénurie d’huile de tournesol en France », indique l’entourage du ministre de l’Agriculture à 20 Minutes. « On assiste au même phénomène que lors du premier confinement, durant lequel les gens se ruaient sur le papier toilette », renchérit Thierry Desouches.

Une incertitude après l’été

Pas d’inquiétude en cuisine, donc, mais que se passera-t-il dans les prochains mois ? « Pour l’huile de tournesol, nos stocks vont jusqu’à juin », a assuré le président du comité stratégique E.Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, sur BFMTV. Le problème d’approvisionnement, s’il a lieu, pourrait se poser après l’été. « Les semis ont commencé en avril en Ukraine et les récoltes se font à la fin de l’été. Compte tenu de la situation actuelle, on ne se sait pas si les agriculteurs pourront produire autant qu’avant et s’ils ne rencontreront pas davantage de problèmes de raffinage et de stockage de l’huile », indique Thierry Desouches. Difficile aussi de prévoir s’il sera possible de sortir la marchandise d’un pays dont les routes commerciales sont aujourd’hui en grande partie coupées.

L’industrie agroalimentaire, qui utilise de l’huile de tournesol dans de nombreux produits transformés, est aussi sur le qui-vive. « Elle devra sans doute revoir certaines de ces recettes pour utiliser davantage l’huile de colza ou d’arachide. Et en informer les consommateurs pour éviter certaines allergies chez ceux qui en sont sujets », avance Olivier Andrault. Quant aux prix  de certaines huiles, « il est à craindre qu’ils augmentent si la demande est supérieure à l’offre », ajoute Olivier Dauvers. En attendant, un appel à la raison est lancé aux consommateurs français : « Il faut acheter de l’huile en quantité raisonnable et ne pas faire de stocks pour ne pas amplifier un phénomène qui n’a pas lieu d’être actuellement », recommande-t-on au ministère de l’Agriculture.