Présidentielle 2022 : Smic, inflation, énergie… Quel est le programme des candidats pour le pouvoir d’achat ?

ELECTION Le pouvoir d’achat est la préoccupation majeure des Français dans cette élection présidentielle, et les candidats l’ont tous bien compris

Jean-Loup Delmas
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Un distributeur automatique de billets. Illustration.
Un distributeur automatique de billets. Illustration. — Mourad Allili - Sipa
  • Inflation, crise ukrainienne, turbulences post-Covid… le pouvoir d’achat est l’incontournable de cette campagne présidentielle.
  • Afin de préserver la consommation des Français, mise à mal en cette année 2022, les candidats rivalisent de propositions.
  • 20 Minutes fait le point sur les mesures les plus importantes.

Ecarté en début de campagne au profit des thématiques sur la sécurité et l’immigration, le pouvoir d'achat revient au cœur de la présidentielle 2022 depuis quelques semaines. Un sujet prioritaire pour 57 % des Français selon un sondage Elabe au 16 mars 2022 , entre guerre en Ukraine, hausse des prix de l’énergie, incertitude de la relance post-Covid et inflation globale. C’est deux fois plus que la santé (28 %) et la sécurité (24 %), qui complètent le podium, et devant la guerre en Ukraine (15 %).

Le gouvernement actuel a beaucoup investi sur le pouvoir d’achat ces derniers mois, en enchaînant les mesures : chèque énergie, bouclier tarifaire sur le gaz, plafonnement des tarifs de l’électricité… Dernier lancement en date ce vendredi, avec une remise de 15 centimes sur le prix du litre de carburant. Des actions qui n’empêchent bien sûr pas les autres candidats à la présidentielle de vouloir également s’imposer sur ce thème. Petite revue d’effectif des différentes propositions.

Le Smic

Mesure de gauche par excellence, l’augmentation du Smic est prévue par la plupart des candidats de ce bord politique. Une hausse de 10 % pour Jean-Luc Mélenchon (LFI), 15 % chez Anne Hidalgo (PS) et 18 % chez Yannick Jadot (EELV) et Fabien Roussel (PC). Le tout sachant que le Smic est le seul salaire du privé sur lequel l’Etat peut forcer une augmentation, puisqu’il ne peut intervenir dans les grilles salariales des entreprises.

Mais la hausse du SMIC peut s’avérer contre-productive, à en croire l’économiste Stéphanie Villers : « Augmenter le Smic entraîne souvent une stagnation des salaires, ce qui n’aide pas pour le pouvoir d’achat. Cela génère des emplois au Smic » Selon l’experte, un salaire minimum trop haut rendrait encore plus difficile pour les entreprises de payer des revenus supérieurs. En 1967, seulement 2 % des salariés touchaient le Smic, contre 12 % en 2021. L’économiste le rappelle, la France possède déjà l’un des revenus minimums les plus élevés en Europe. La Macronie s’est d’ailleurs gardée de trop y toucher durant le quinquennat.

Baisser les charges sociales

Ne souhaitant pas toucher au Smic, la droite, elle, veut augmenter le pouvoir d’achat par une baisse des charges sociales, ce qui devrait permettre aux entreprises d’augmenter les salaires. C’est notamment la mesure phare de Valérie Pécresse (Les Républicains). Elle vise, à la fin de son quinquennat, une augmentation des salaires les plus faibles (moins de 2.800 euros net mensuels) de 10 %, dont 3 % dès la première année de sa présidence. Pour cela, la candidate des Républicains souhaite réduire de 2,4 points les cotisations vieillesse payées par les travailleurs, une mesure qui serait entièrement prise en charge par l’Etat.

Eric Zemmour  (Reconquête) veut lui réduire la contribution sociale généralisée pour les travailleurs gagnant moins de 2.000 euros net par mois, quand Marine Le Pen ( RN) propose l’exonération de cotisations patronales pour toute revalorisation salariale de 10 % (pour les salaires jusqu’à trois fois le Smic). Emmanuel Macron souhaite la suppression de la redevance audiovisuelle et la suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises.

Des mesures qui ne sont pas sans poser question, soulignent Stéphanie Villers : « La réduction des charges sociales a évidemment un coût pour l’Etat, mais les programmes sont assez flous dessus ». Un Etat dont le déficit est d’ailleurs particulièrement élevé après le « Quoi qu’il en coûte ». Pour Valérie Pécresse, la compensation doit se faire par plusieurs réformes majeures comme les retraites, la dégressivité de l’assurance chômage, la suppression de 150.000 postes de fonctionnaires. Eric Zemmour veut lui limiter les prestations sociales pour les étrangers. Emmanuel Macron veut limiter le RSA en obligeant à une activité, et également réformer les retraites.

L’inflation

Pour Stéphanie Villers, c’est le gros manque chez les candidats. « Ils ont composé leur programme en novembre 2021, bien avant la crise ukrainienne et avec une inflation à moins de 2 % ». Loin, très loin de la situation actuelle, la Banque de France prévoyant une possible inflation à plus de 5 % sur l’année 2022. Un chiffre « jamais atteint depuis des décennies », précise l’économiste.

Conséquence : « les programmes tapent à côté de la situation actuelle et ne répondent plus aux inquiétudes des Français », insiste Stéphanie Villers. S’il est bien sûr normal que les candidats se penchent sur le long terme, « l’inflation est telle aujourd’hui qu’il aurait été important d’y répondre spécifiquement. » Par exemple, l’augmentation des salaires de 3 % souhaitée par Valérie Pécresse dès la première année « était en adéquation avec une inflation à 2 %, mais caduque avec une hausse des prix de 5 %. Sans passer nécessairement par la hausse du Smic, il aurait fallu des mesures spécifiques pour les bas salaires, les plus touchés par l’inflation ».

L’énergie

C’est le seul versant économique de la crise ukrainienne réellement pris en compte. Jean-Luc Mélenchon plaide pour un blocage des prix du gaz et de l’électricité. Anne Hidalgo, Valérie Pécresse et Marine Le Pen veulent une baisse de la TVA sur les prix énergétiques à 5,5 %. Une mesure jugée « démagogique » par Stéphanie Villers : « La France a déjà un déficit chronique à gérer, il faudrait expliquer où l’on va trouver l’argent pour une telle baisse de la TVA énergétique »

La méthode est plus conjoncturelle pour Yannick Jadot et Fabien Roussel, qui proposent d’augmenter le prix du chèque énergie.

Travailler plus pour gagner plus

Pour finir, le grand mantra de la droite : la possibilité de travailler plus pour augmenter son pouvoir d’achat. Emmanuel Macron veut mettre en place un compte épargne temps universel monétisable pour les RTT, quand Valérie Pécresse souhaite la défiscalisation des heures supplémentaires. Tout comme Eric Zemmour, qui y ajoute des primes zéros charge (jusqu’à trois mois de salaire net supplémentaires avec zéro Urssaf)