Les salariés n'ont que les miettes du gâteau

Angeline Benoit

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La répartition des profits des entreprises

est au coeur du rapport Cotis,

remis hier par le directeur de l'Insee au président de la République. Quelques explications.

Parce que le président de la République l'a commandé à l'Insee en février dernier. Face aux revendications sur le pouvoir d'achat, Nicolas Sarkozy avait voulu lancer une réflexion sur le partage de la richesse créée par l'activité économique (la « valeur ajoutée » des entreprises) selon une règle des « trois tiers » - un tiers pour l'entreprise, un tiers pour les actionnaires et un tiers pour les salariés.

Mal, pour la majorité. Selon l'Insee, la part des salaires dans la valeur ajoutée est « stable » sur les vingt dernières années. Mais cela masque de grandes inégalités. Pour la majorité des travailleurs, « la croissance des salaires nets, pendant cette même période, est extrêmement faible ».

Déjà, les cotisations sociales ont presque triplé. En 2007, le salaire net avait augmenté de moins de 1 % par an depuis 1983, en tenant compte de l'inflation. D'autre part, 85 % des salariés, voire plus, ont vu leurs revenus stagner alors que les 5 % les plus aisés raflaient la mise. Les plus modestes, eux, bénéficiaient des hausses du smic. Avec un bémol : ces derniers ont été sévèrement touchés par le boom de l'emploi précaire.

Plutôt bien : « La part des dividendes dans la valeur ajoutée a pratiquement doublé depuis une dizaine d'années. » Toutefois, l'Insee insiste sur « la très grande diversité en fonction des entreprises ». Seule une PME sur six distribue des dividendes et ce sont les « très grandes entreprises » qui en versent le plus. En 2007, 36 % des profits ont été attribués aux actionnaires et 7 % à l'épargne salariale (participation, intéressement et plans d'épargne entreprise).

Les avis divergent. L'Insee estime que la croissance et la productivité sont insuffisantes pour « générer de fortes hausses de salaire ». Mais les syndicats dénoncent la montée des inégalités. Outre une revalorisation des salaires et une gestion différente des entreprises, ils proposent de taxer davantage les hauts revenus. Hostile à une négociation nationale sur le partage des profits, le Medef suggère de fusionner l'intéressement et la participation dans les entreprises de moins de 250 salariés.

Pour l'instant, le président de la République a donné jusqu'au 15 juillet aux partenaires sociaux pour débattre. Faute d'accord, le gouvernement pourrait légiférer. W