Quinquennat Macron : L’assurance chômage universelle, un rendez-vous raté ?

EMPLOI La mesure de l’assurance chômage universel ne vous évoque rien ? On vous explique pourquoi

Jean-Loup Delmas
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La réforme du chômage universel a promis bien plus qu'elle n'a apporté
La réforme du chômage universel a promis bien plus qu'elle n'a apporté — Philippe LOPEZ / AFP
  • En 2017, le candidat Emmanuel Macron promettait de rendre l’assurance chômage universelle, donc notamment pour les indépendants comme pour les démissionnaires.
  • Une mesure au slogan marquant mais qui n’a pas franchement marqué les esprits.
  • Entre réécriture, restrictions et mauvais timing, l’assurance chômage universelle a manqué sa cible.

« Elle devait être l’une des mesures iconiques du quinquennat Macron, mais elle n’a jamais su trouver sa place », attaque d’emblée Stéphanie Villers, économiste spécialiste en macro. On ne parle même pas de la fameuse réforme des retraites, éparpillée aux quatre vents du coronavirus, mais du chômage universel. Cela ne vous dit rien ? C’est normal, et c’est bien tout le problème. « C’est une mesure qui est passée sous les radars, car elle a eu finalement bien peu d’impact et n’a pas tenu les promesses du slogan », enfonce Claire Vivès, sociologue au Centre d’études de l’emploi et du travail. N’en jetez plus, l’oubli est consommé. Comment l’expliquer ? Un retour en arrière s’impose.

En 2017, le candidat Emmanuel Macron propose une assurance chômage universelle, une idée déclinée en deux parties. D’une part, indemniser également les indépendants, commerçants, artisans, autoentrepreneurs, intermittents… qui ne cotisent pas. D’autre part, permettre aux personnes démissionnaires de toucher le chômage. Le site de campagne du candidat déclare : « Nous mettrons en place une assurance-chômage pour tous, parce que dans un monde qui se transforme, le chômage ne peut plus être un risque contre lequel certains se couvrent à titre individuel, et d’autres par des garanties collectives. » Mais ça, c’était en théorie.

Une mesure charcutée de sa valeur

Concernant ce second volet, dans la pratique, « les partenaires sociaux se sont saisis du dispositif et l’ont énormément restreint, si bien que le projet a perdu de son potentiel », note Stéphanie Villers. La réforme finale, fixée mi-2018 dans la loi Avenir professionnel et entrée en vigueur le 1er novembre 2019, se montre effectivement moins généreuse. S’ils ont travaillé au moins cinq ans d’affilée, les salariés qui démissionnent avec un « projet de reconversion professionnelle » peuvent bénéficier pendant deux ans (trois ans pour les plus de 50 ans) de la même indemnisation chômage que les autres demandeurs d’emploi.

Ce projet de reconversion professionnelle doit notamment être évalué par l’Unédic et obtenir le feu vert de l’association. Une aberration pour l’économiste : « Quelle est la crédibilité de l’Unédic pour valider un projet professionnel ? Cela nuit à la réforme. L’idée de base était d’encourager la création d’initiatives en responsabilisant les personnes, pas en les infantilisant à leur demander des comptes. »

Le coronavirus comme ultime trouble-fête

Autre facteur du désintérêt massif pour cette mesure, une certaine épidémie apparue en 2020 : « Avec le coronavirus, et désormais l’incertitude économique liée à la guerre en Ukraine, la période n’est pas propice aux abandons de poste et aux initiatives professionnelles », indique Stéphanie Villers, la majorité des salariés préférant rester bien au chaud en CDI.

Claire Vivès rajoute que même avec un projet professionnel bien en tête, la plupart des personnes souhaitant quitter leur poste cherchent d’abord une rupture conventionnelle. Et quand bien même celle-ci ne marche pas, « il existait déjà 17 raisons jugées légitimes de démissionner tout en accédant au chômage avant le quinquennat Macron. Au final, cette réforme de l’assurance chômage universelle ne fait qu’en rajouter une de plus, et très compliquée d’accès. » Conséquence, en novembre 2021, seules 14.000 personnes – sur 2,2 millions de demandeurs d’emploi – touchaient le chômage grâce à ce dispositif, indique Claire Vivès. Pas vraiment de quoi marquer les esprits.

10.000 concernés pour 2,2 millions de chômeurs

Constat quasi similaire pour le premier volet de l’universalité, l’extension aux indépendants. A nouveau, une sévère réécriture a affecté la mesure, puisque le dispositif ne s’applique dans les faits qu’aux indépendants « en cas de liquidation judiciaire ». L’indemnisation est plafonnée à un montant de 800 euros mensuels et pour une durée de six mois maximum, nécessitant en plus un revenu d’au moins 10.000 euros sur l’année. Et encore une fois, le coronavirus a enfoncé le clou. « Avec la crise sanitaire, les indépendants, particulièrement touchés par les conséquences de l'épidémie, ont été bien plus concernés par le fonds de solidarité que par le chômage universel », note Stéphanie Villers. Bilan chiffré toujours du côté de Claire Vivès : en juillet, seulement 1.000 personnes bénéficiaient de ce chômage.

La réforme, annoncée en grande pompe, concerne donc environ 15.000 personnes au total dans le pays. « Quand on promet le chômage universel, les Français avaient droit d’espérer un peu plus ! », remarque la sociologue. Qui rappelle qu’en France, une personne non active sur deux ne touche pas le chômage. « Difficile de parler d’universalité dans ce cas-là », note-t-elle.

Dernier point, et non des moindres : lorsqu’on parle de chômage et de réforme à propos d’Emmanuel Macron, ce n’est pas à cette mesure-là que l’on pense en premier, selon la sociologue : « La réforme de l’assurance-chômage, entrée en vigueur en novembre 2021, est bien plus marquante et concernante. Et elle ne va pas dans le sens d’un chômage pour tous, au contraire. » Selon une estimation rendue publique en avril 2021 par l’Unédic, jusqu’à 1,15 million de demandeurs d’emploi ont vu leur allocation diminuer, de 17 % en moyenne.