Star de la finance, Daniel Bouton s'éjecte

Angeline Benoit et Dominique Albertini

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Exit Daniel Bouton. Face à l'accumulation des affaires mettant en cause sa gestion de la Société générale, le PDG du groupe a choisi hier d'annoncer sa démission. « Je suis devenu la cible d'attaques incessantes qui finissent par nuire à [la Société générale] », a-t-il expliqué dans un entretien au Figaro, reconnaissant avoir « certainement fait des erreurs ». Après dix-huit ans de maison et onze ans à la tête de la troisième banque française, Daniel Bouton la quitte à reculons. Mais s'il a contribué à en faire l'un des fleurons de la finance mondiale, il laisse derrière lui un bilan entaché par une série de scandales retentissants.

Craint et respecté il y a encore un an, Daniel Bouton a vu sa carrière basculer en quelques mois. Tout a commencé en janvier 2008, avec l'affaire Kerviel, qui a attiré l'opprobre du monde entier sur le joyau de l'établissement financier : l'activité de banque d'affaires. Sous le règne Bouton, devenu star de l'univers de la finance triomphante, la Générale s'était transformée en repaire des cracks de la finance. Tandis que le cours de la Bourse flambait, les spéculations engrangeaient des hyperprofits. Jusqu'à la gigantesque fraude à 4,9 milliards d'euros du désormais célèbre courtier Jérôme Kerviel, qui a contraint Bouton à présenter ses excuses et sa démission.

Pour autant, le conseil d'administration n'a pas souhaité laisser partir celui qui avait déjà réussi à déjouer une offre hostile de la BNP et pouvait bien devoir jouer ce rôle à nouveau. Puis est survenue l'affaire des stock-options généreusement attribuée à Bouton et son directeur général en pleine crise, ainsi que la révélation d'une retraite de 730 000 euros par an pour Bouton.

Dernière affaire en date, ce lundi, les révélations de Libération sur les 5 à 10 milliards de perte d'une filiale du groupe. Le groupe a eu beau nier, ce fut la polémique de trop. Daniel Bouton s'en va, assurant qu'il ne touchera aucune indemnité de départ. Le conseil d'administration se réunira le 6 mai pour élire un nouveau président. L'actuel directeur général Frédéric Oudéa, promu par Daniel Bouton lui-même, figure parmi ses possibles successeurs. W