Bordeaux : Comerso branche les entreprises aux associations pour valoriser leurs invendus

CONSOMMATION A la faveur de la loi anti-gaspillage entrée en vigueur au 1er janvier, la start-up bordelaise Comerso, spécialisée dans la valorisation des invendus de grande surface, voit la part du secteur non-alimentaire prendre de plus en plus de place

Mickaël Bosredon
— 
Illustration d'une grande surface Carrefour à Chènevière sur Marne.
Illustration d'une grande surface Carrefour à Chènevière sur Marne. — VINCENT WARTNER / 20 Minutes
  • Créé en 2013, Comerso est historiquement spécialisée dans la valorisation des invendus alimentaires auprès d’associations.
  • La part du non-alimentaire, notamment le textile, prend de plus en plus d’importance ces dernières années.
  • Celle-ci devrait doubler en 2022 à la faveur de l’entrée en vigueur de la loi Agec au 1er janvier dernier et qui interdit désormais de détruire ou de jeter les invendus non-alimentaires.

Historiquement spécialisée dans la gestion des invendus alimentaires des grandes surfaces, la  start-up bordelaise  Comerso s’ouvre de plus en plus au secteur du non-alimentaire. « C’est une part qui ne cesse de croître depuis deux-trois ans, et qui pèse désormais 15 % de notre activité » explique François Vallée, directeur marketing de l’entreprise qui emploie désormais 40 personnes.

Cette part pourrait doubler en 2022 pour monter à 30 %, à la faveur de l’entrée en vigueur depuis le 1er janvier de la loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec). Celle-ci interdit désormais à la plupart des entreprises de détruire ou jeter leurs stocks d’invendus neufs non-alimentaires, comme le textile, les produits d'hygiène et de puériculture. « Elles doivent donc mettre en place des partenariats avec des associations pour valoriser ces invendus », poursuit François Vallée. Et c’est précisément là où intervient Comerso. Car, si certaines entreprises ont anticipé la loi, « beaucoup se réveillent aujourd'hui et essaient de trouver des solutions pour se mettre en conformité. »

Développeur numérique et logisticien

Entreprise à mission, statut octroyé aux entreprises à l’impact social et environnemental, Comerso met en relation les grandes enseignes et les  associations pour la valorisation des invendus. « Nous avons deux façons de fonctionner, détaille François Vallée. Soit nous récupérons les marchandises directement au magasin - c’est ce que l’on fait chez Decathlon via un boîtier numérique que chaque magasin utilise quand il veut déclencher une collecte -, soit nous collectons aux entrepôts, là, les volumes sont beaucoup plus importants avec parfois plusieurs centaines de palettes à gérer. »

Dans un deuxième temps, la start-up qui se présente à la fois comme développeur numérique et logisticien, identifie les associations intéressées. « Nous répartissons alors les volumes entre elles, en fonction de leurs besoins. Le non-sens serait de donner ces produits à une association qui ne serait pas en mesure de les redistribuer, ce qui équivaudrait à déplacer la problématique du gaspillage. »

La redistribution se fait au profit de l’Agence du don en nature (ADN) et de  Dons Solidaires, ainsi que d’une multitude d’associations locales comme des recycleries.  L'Ademe a chiffré à environ 300 millions d’euros, le montant des invendus non-alimentaires qui seraient détruits ou jetés chaque année.

« Encore d’énormes progrès à faire dans l’alimentaire »

Tous secteurs confondus (alimentaire compris), Comerso a collecté en 2021 l’équivalent de 45 millions d’euros de marchandises, un montant en progression de 25 % en un an. « Nous allons poursuivre cette croissance en 2022, notamment grâce au non-alimentaire, mais il reste encore d’énormes progrès à faire dans l’alimentaire » insiste François Vallée.

Comerso a été créée en 2013 par un ancien salarié de Danone, « qui s’est aperçu que si les magasins jetaient énormément de marchandises, c’est parce qu’ils n’avaient pas réellement de solutions pour éviter ce gaspillage », résume François Vallée. « Notre principal canal est le don aux associations, qui représente 80 % de notre activité, au sein d’un réseau d’environ 2.000 associations partenaires. Les 20 % restants sont revendus dans des zones anti-gaspi au sein même des magasins, avec des rabais de -30 % à -40 % sur les produits. »

Pour les entreprises, c'est aussi une question d’image de marque

La chasse au gaspi n’est pas que l’apanage de Comerso. Certaines enseignes ont développé leur propre circuit de collecte ou de revente, tandis que le phénomène des paniers-consommateurs a littéralement explosé depuis 2016 et la loi Garot sur l’interdiction de détruire les produits alimentaires, sur le modèle des applis type To Good To Go ou Phénix qui proposent des colis de produits invendus.

Bien que reposant sur un modèle vertueux, Comerso n’en a pas moins de contraintes économiques, et facture sa prestation à ses 1.400 clients, composés de grandes enseignes comme de PME. Les entreprises bénéficient, elles, d’une défiscalisation, à hauteur de 60 % du montant de leur don aux associations.

« Cet avantage est un véritable moteur pour les amener dans cette direction, peut-être encore plus que la loi elle-même, analyse François Vallée. On observe en tout cas un véritable changement des mentalités ces dernières années dans l’alimentaire, qui vient aussi de la pression de l’opinion publique, les consommateurs ne voulant plus entendre parler de gaspillage au sein des entreprises. Celles-ci se mettent au pas, c’est une question d’image de marque. »