Une délégation de salariés de Continental reçue par les actionnaires

REPORTAGE Les Conti français sont arrivés à Hanovre pour manifester avec leurs collègues allemands...

Angeline Benoit, Maud Descamps
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 Les salariés de Continental à leur arrivée à Hanovre en Allemagne le 23 avril 2009.
 Les salariés de Continental à leur arrivée à Hanovre en Allemagne le 23 avril 2009. — Sebastien Ortola / 20 Minutes
De nos envoyées spéciales à Hanovre

Les mines des 1.200 ouvriers de Continental sont quelques peu défraîchies quand le train parti la veille de Compiègne arrive en Allemagne ce jeudi au petit matin, après de nombreux et interminables arrêts. Ceux qui ont dormi – serrés sur les couchettes – n’ont fait que somnoler, constamment réveillés par le froid et les farces des noceurs. Des dizaines d’entre eux ont passé la nuit à parcourir le train en ouvrant les compartiments pour faire retentir leurs cornemuses dans les oreilles des assoupis. Toute la nuit, les blagues ont résonné dans les couloirs et à travers les cloisons. Régulièrement, un Conti passe la tête par la fenêtre en criant, «il n’y a pas une sous-préfecture ici!?», provoquant l’hilarité générale. Le saccage de la sous-préfecture de Compiègne mercredi, après la validation par le tribunal de Sarguemines de la fermeture de l’usine de Clairvoix, restera dans les annales.
 
Les Conti motivés, motivés
 
A l’arrivée, un comité d’accueil de centaines d’Allemands, ouvriers de Continental et d’autres usines, syndicalistes de la branche de la chimie et de la métallurgie, attend dans le hall de la gare de Hanovre en scandant des messages de soutien aux Français. Le brouhaha est indescriptible tandis que le cortège se dirige vers le Palais des congrès.
 
Les Français crient «Continental, solidarité!» tandis que les Allemands leur répondent «Tous ensemble, tous ensemble, ya, ya!». Sifflets, cornemuse, musique, l’ambiance commence à se réchauffer, malgré un soleil qui se cache derrière les nuages. «Nous ne laisserons pas Continental briser nos vies», tonne un syndicaliste sous les applaudissements, tandis que d’une voiture s’échappe la mélodie classique des manifs françaises, «Motivés, motivés».
 
«Je suis ici pour mon fils»
 
Après une pause café, les délégués syndicaux français et allemands prennent la parole devant la foule compacte. «Les patrons doivent savoir que notre colère est immense et que nous ne nous résignerons pas», lance un des délégués au micro. Parmi les manifestants, des employés des différents sites de Continental, dont une délégation mexicaine. Mais aussi des ouvriers de chez Volkswagen et de chez Volvo ont également fait le déplacement.
 
«J’ai 55 ans et ça fait trente ans que je travaille à Clairoix», explique Philippe, la mine fatiguée par la nuit passée dans le train. «Si je suis là, ce n’est pas pour moi mais pour mon fils de trente ans qui va se retrouver sans emploi», ajoute-il.

Petits fours contre pétards
 
Alors que les interventions au micro se multiplient, dans une ambiance bruyante et entrecoupée d’explosions de pétards, à l’intérieur du palais des Congrès, les remous de la manifestation s’entendent à peine. Dans l’immense hémicycle, le directoire et les actionnaires écoutent religieusement les discours des leurs. Petits fours et service de sécurité au menu. Interdiction de prendre des photos ou de filmer pour les journalistes.
 
Sur le parvis, bloqués derrière des barrières, les Conti écoutent maintenant le représentant de la délégation mexicaine. «Il faut qu’à partir de demain nous ayons un syndicat international des travailleurs de Continental», clame-t-il sous les applaudissements de la foule. «Nous résisterons plus qu’une journée face aux actionnaires», prévient-il en montrant du doigt le Palais des Congrès derrière lui. Sur l’estrade, les délégués syndicaux enchaînent les discours pour motiver la foule. «Nous sommes rassemblés pour exiger qu’aucun salarié ne soit jeté à la rue. Il faut que les actionnaires sachent que la colère est immense et que nous ne nous lasseront pas», lance l'un d'entre eux.

Une délégation reçue par les actionnaires
 
Une délégation syndicale a finalement été autorisée à entrer dans le Palais des Congrès. Elle a remis une déclaration aux actionnaires. Celle-ci a été lue en présence de la délégation. Le texte, comme le martèlent les syndicats depuis l’annonce de la fermeture de l’usine, souligne que  les licenciements ne sont pas envisageables et demande aux actionnaires de sauver le site. «Nous avons vu en face à face les actionnaires, nous les avons regardé dans les yeux. Lorsqu’on a lu la déclaration, la moitié de la salle a applaudi», confie un des représentants syndicaux. La délégation a ensuite  quitté la salle le poing levé et a rejoint les salariés massés à l’extérieur du palais.

Dans quelques heures, les Conti français et allemands se sépareront. En espérant, sans grande conviction, avoir sauvé leur usine.