Paca : Eau de mer transformée, transport, diesel plastique… L’innovation technologique maritime a le vent en poupe

INVENTION Quatre des quinze entreprises nominées pour les Trophées de l’innovation océan, parrainés par le ministère de la Mer, sont domiciliées en Paca, dont trois dans les Bouches-du-Rhône. Présentation

Alexandre Vella
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Ces navettes pourraient transporter des passagers à Marseille et Paris, partir des JO 2024 Paris
Ces navettes pourraient transporter des passagers à Marseille et Paris, partir des JO 2024 Paris — NepTech
  • L’innovation technologique maritime affiche son dynamisme dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
  • Quatre entreprises sur les 15 retenus pour les Trophées de l’innovation océan, parrainés par le ministère de la Mer, y sont implantées.
  • Tour d’horizon de cette sélection avec au menu des roches artificielles, une conversion des plastiques en gazole, la collecte des déchets et du transport maritime.

Précipiter de l’eau de mer en roche artificielle, des transports maritimes à propulsion électro-hydrogène, un filet connecté collecteur de déchets, un pyrolyseur à plastique qui produit du gazole… l’innovation technologique maritime se porte bien en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Un dynamisme matérialisé par la présence de quatre entreprises installées en Paca, dont trois dans les Bouches-du-Rhône, sur les 15 nominées de la quatrième édition des Trophées de l’innovation océan, parrainés par le ministère de la Mer. Présentation de ces entreprises.

Géocorail : du béton intégralement fabriqué à partir d’eau de mer

Cinq ans de recherche et développement entre 2012 et 2017 ont été nécessaires à Géocorail pour parvenir à précipiter de l’eau de mer en roche artificielle. Un courant électrique circule dans plaque de métal immergée qui, par électrolyse, va générer une précipitation du calcium et du magnésium naturellement présents dans l’eau de mer. « Ces deux éléments vont ensuite, en se déposant, se mêler au sable, cailloux et résidus de coquillages, qui forment les liants du béton, présents sur le fond marin pour créer une roche artificielle », explique Sébastien Bigaré, responsable de développement chez Géocorail.

« L’avantage de ce procédé est son moindre coût économique – tous les matériaux nécessaires sont déjà sur place – et son impact écologique très faible. L’inconvénient est la croissance lente de cette roche artificielle, de l’ordre de dix centimètres par an qui fait que notre technologie ne peut pas répondre aux situations d’urgences. Mais elle est parfaite pour lutter contre l’érosion », résume Sébastien Bigaré.

Installée à Marseille, l’entreprise connaît une croissance rapide, avec un chiffre d’affaires passé de 25.000 euros en 2017 à un peu plus d’un million en 2021. Parmi leurs clients, la base militaire navale de Toulon, les collectivités de Saint-Tropez et Cannes pour la réalisation de brises houle, des travaux sur les enrochements du Prado, à Marseille ou encore la conception d’un récif artificiel à Agde. A l’international, des contrats ont été conclus avec des groupes hôteliers des Maldives et du Brésil qui connaissent des problèmes d’érosion du littoral dont ils sont propriétaires.

Du transport urbain maritime de passagers et de marchandises à faible émission

Cap sur les Jeux olympiques de Paris pour NepTech, société basée à Aix-en-Provence créée en 2020 par un architecte naval, un ingénieur et un développeur commercial. Différents brevets ont été mis au point par cette équipe, notamment dans la réduction de la traînée hydrodynamique par injection de bulles d’air sous les coques de leurs catamarans. « Un dispositif qui permet de compenser le poids des systèmes de propulsion électro-hydrogène, sans émission carbone, mais qui sont trois à quatre fois plus lourds que les moteurs diesel », note Tanguy Goetz, responsable de la communication.

Leur prototype est actuellement en test sur le lac de Peyrolles, à côté d’Aix-en-Provence. Un choix d’implantation géographique « motivé par la possibilité de réaliser des tests en eaux calmes, à Peyrolles donc, mais aussi en eaux ouvertes, à Marseille, et en fluvial, sur le Rhône », explique Tanguy Goetz. Aussi, la présence des chantiers navals de La Ciotat et Martigues a été décisive dans ce choix.

Retenue dans l’appel à innovation émis par le comité des JO2024, cette société espère décrocher ses premiers contrats pour du transport de passagers à Paris et Marseille à cet horizon.

Earthwake, une machine autonome pour transformer les plastiques en carburant

« Tout est parti de la rencontre avec Christopher Costes, un inventeur installé dans les Alpes-Maritimes », débute François Danel, directeur général de Earthwake, ancien responsable d’Action contre la faim. L’histoire de cette société, lancée en 2021, est d’abord celle d’une association qui se donne pour objectif de valoriser les déchets plastiques des pays pauvres. « Chrisotpher Costes bricolait dans son garage du village situé à une cinquantaine de kilomètres de Nice, un prototype de pyrolyse qui, en chauffant les déchets plastiques à 450° sans oxygène, casse les molécules, et les fait revenir à leur état d’origine, le pétrole », poursuit François Danel. Quelques années de développement, ont permis d’ajuster la machine, aujourd’hui capable de convertir 40 kg de déchets plastiques en 40 l de gazole.

Mieux encore, une fois celle-ci amorcée, elle n’a pas besoin d’alimentation énergétique, chauffant en réutilisant les gaz dégagés par la combustion. Earthwake a déjà passé un contrat avec la communauté de communes de Puget-Théniers, dont nous avons parlé ici, qui fait rouler certains de ses camions avec ce carburant. Cette entreprise discute actuellement avec une collectivité du Lot-et-Garonne ainsi qu’avec les autorités de l’île de Kerkennah, en Tunisie, et d’autres en Afrique. En 2021, elle a lancé un nouveau site industriel dans le Vaucluse, afin de construire des machines avec de plus grande capacité. « Dépolluer et apporter de l’énergie étaient nos objectifs », résume François Denel. Il semble qu’il soit en passe d’y parvenir.

Greencity, des filets pour collecter les déchets avant qu’il ne se jette à la mer

On ne présente plus (ou presque) Greencity, dont 20 Minutes a déjà parlé ici. Cette société marseillaise a développé un filet connecté destiné à collecter les déchets plastiques charriés par les eaux pluviales avant qu’ils ne finissent à la mer. Son premier a été installé sur l’un des 70 exécutoires que compte le Vieux-Port le 14 décembre dernier.