Omicron pourrait provoquer un scénario du pire pour la croissance mondiale

PROJECTION La Banque mondiale a révisé en baisse de 0,2 point sa prévision de hausse de PIB mondial pour 2022. Mais la croissance mondiale pourrait être réduite encore sous l’effet du variant Omicron

20 Minutes avec AFP
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Le siège de la Banque mondiale, à Washington. (illustration)
Le siège de la Banque mondiale, à Washington. (illustration) — DANIEL SLIM / AFP

La croissance mondiale va ralentir cette année et un scénario du pire n’est pas exclu sous l’effet du  variant Omicron, qui se répand comme une traînée de poudre sur tous les continents accentuant pénurie de main-d’œuvre et problèmes logistiques, a prévenu mardi  la Banque mondiale.

L’institution a révisé en baisse de 0,2 point sa prévision de hausse de PIB mondial pour 2022, à 4,1 %, après 5,5 % en 2021, également en baisse de 0,2 point par rapport à l’estimation de juin dernier.

Le premier trimestre le plus à craindre ?

Mais, selon différentes hypothèses, « les perturbations économiques simultanées provoquées par Omicron pourraient réduire davantage la croissance mondiale cette année, de 0,2 à 0,7 point de pourcentage », indique l’institution, ce qui ferait tomber la croissance à 3,9 % voire 3,4 %.

Dans ce scénario du pire, « la grande partie du choc se ferait sentir au premier trimestre 2022, suivi d’un rebond notable au deuxième trimestre », précise la Banque mondiale. « Le variant Omicron nous montre encore une fois que la pandémie est toujours parmi nous et nous devons apprendre à vivre avec » elle, a souligné Ayhan Kose, responsable des prévisions de la Banque mondiale, lors d’un entretien avec l’AFP. Il souligne que cette quatrième vague entraîne pour le moment moins de restrictions que la vague initiale de 2020. « Et si la vague venait à s’atténuer bientôt, l’impact économique serait plutôt bénin », dit-il.

La crainte de pénuries de main-d’œuvre si Omicron venait à s’installer

Mais « si le variant venait à s’installer durablement, avec un nombre d’infections demeurant élevé et pressurant les systèmes de santé, alors la croissance serait plus faible », ajoute-t-il.

Car dans un tel scénario, les pénuries de main-d’œuvre seraient plus criantes, perturbant encore davantage les chaînes d’approvisionnement mondiales et alimentant l’inflation. Face à une inflation galopante, la banque centrale américaine (Fed) pourrait remonter brutalement les taux, ce qui renchérirait le coût de l’emprunt pour les pays émergents, déjà soumis à un endettement record.

Dans ce contexte, la confiance des entreprises et des ménages est susceptible de s’éroder. In fine, la consommation et les flux commerciaux, moteur de la croissance mondiale, risquent de ralentir davantage.

La vaccination comme élément-clé

Pour 2022, la Banque mondiale a déjà révisé en baisse la croissance du volume du commerce mondial, à 5,8 % (– 0,5 point) après un rebond de 9,5 % l’an passé. Ayhan Kose souligne que e la vaccination reste l’élément clé. Car la menace de nouveaux variants plus transmissibles ou virulents persistera tant qu’une part substantielle de la population mondiale ne sera pas vaccinée. « La part de la population vaccinée dans de nombreuses économies devrait dépasser 70 % d’ici la mi-2022, mais les perspectives de progrès de la vaccination restent incertaines dans un certain nombre de pays », notamment les pays pauvres, observe la Banque mondiale. Au rythme actuel de vaccination, « seulement environ un tiers de la population des pays à faibles revenus n’aura reçu ne serait-ce qu’une seule dose de vaccin, d’ici la fin de 2023 », déplore-t-elle dans son rapport.

Les deux premières puissances du monde, les Etats-Unis et la Chine, moteurs de la croissance mondiale, ne sont pas épargnées par le ralentissement et la menace d’Omicron, relève aussi la Banque mondiale.

La croissance américaine a ainsi été révisée en nette baisse pour 2022 à 3,7 % (– 0,5 point) après 5,6 % en 2021 (– 1,2 point). La Banque mondiale note que le plan décennal de dépenses pour les infrastructures de 1.200 milliards de dollars, signé en novembre, « ne devrait donner qu’un petit coup de pouce à l’activité économique à court terme, la plupart de ses effets devant se produire au-delà de cette année ». Et, « une inflation tenace et un resserrement encore plus rapide de la politique monétaire pourraient conduire à une croissance plus faible que prévu ».

La croissance chinoise est, elle, désormais estimée à 5,1 % (– 0,3 point) contre 8 % (– 0,5 point) en 2021. Elle décélère « plus que prévu », remarque l’institution. « La possibilité d’un ralentissement marqué et prolongé du secteur immobilier fortement endetté – et ses effets potentiels sur les prix des logements, les dépenses de consommation et le financement des collectivités locales – constitue un risque de baisse notable pour les perspectives » de l’économie chinoise, conclut la Banque.

Le Fonds monétaire international (FMI) doit publier ses propres prévisions le 25 janvier.