Arnaque : La police alerte sur des escroqueries aux faux billets de poker

TOUR DE PASSE-PASSE Plusieurs vendeurs d’objets de luxe se sont retrouvés avec des valises de billets factices

20 Minutes avec AFP
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Les escrocs achètent des biens de luxe avec des billets factices.
Les escrocs achètent des biens de luxe avec des billets factices. — Pexels / recognize productions
  • La police nationale a alerté ce lundi sur une escroquerie aux faux billets.
  • L’arnaque a lieu lors d’une transaction en liquide pour acquérir un bien immobilier, un bijou précieux ou d’importantes quantités de marchandises.
  • Les transactions « peuvent atteindre le million d’euros », souligne William Hippert, chef du service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée.

Ils pensaient récupérer une valise pleine de liquide et se retrouvent avec des billets « spécimen ». La  police nationale a alerté ce lundi sur  une escroquerie aux faux billets. Estampillés « poker », « spécimen », voire « Disneyland », des billets factices, dont la détention est légale et ne relève pas du faux monnayage, servent de plus en plus à des escroqueries pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros.

Ces « billets Monopoly », qui reprennent l’apparence d’un billet officiel mais comportent une mention spéciale, peuvent s’acheter librement sur Internet « en masse et pour pas grand-chose », notamment « des sites chinois comme Alibaba », explique le commissaire William Hippert, chef du service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco). En 2021, 2.000 fac-similés de billets ont été saisis par les forces de l’ordre ou remis à la Banque de France, un « chiffre forcément en dessous de la réalité », souligne le chef du Sirasco.

Lors de transactions en liquide impliquant de fortes sommes d’argent

Ces coupures spéciales ne sont pas tant utilisées pour tromper l’œil du commerçant que pour des escroqueries de type « rip deal » (« transaction pourrie ») : elles se font lors d’une transaction en liquide impliquant de fortes sommes d’argent pour acquérir un bien immobilier, un bijou précieux ou d’importantes quantités de marchandises.

En décembre, un particulier a vendu pour plus 60.000 euros de lingotins d’or et s’est retrouvé avec des liasses de 200 euros de billets avec l’inscription « poker », rapporte William Hippert. En novembre, les douaniers du poste-frontière de Modane ont découvert 1 million d’euros en fac-similés de 200 euros, et une enquête a été ouverte pour identifier une équipe spécialisée dans le « rip-deal ».

Rendez-vous dans des grands hôtels

Le mode opératoire des escrocs, souvent originaire des Balkans, est particulièrement bien rodé pour mettre en confiance les victimes. Tirés à quatre épingles, ils donnent rendez-vous aux vendeurs, contactés via des sites spécialisés ou par le bouche-à-oreille, dans des salons de grands hôtels parisiens, de la Côte d’Azur ou à l’étranger, comme la Suisse, Monaco, Hong-Kong ou Singapour.

Les transactions en liquide « peuvent atteindre le million d’euros », souligne William Hippert. Les acheteurs, qui viennent souvent à plusieurs, présentent alors de vrais billets dans une sacoche, qu’ils font circuler entre eux pour tromper la vigilance du vendeur et lui remettre finalement de fausses espèces.

« Tout est basé sur la ruse et quasiment la prestidigitation, relève le commissaire. Le temps que la victime s’aperçoive du tour de passe-passe en ouvrant la mallette dans la chambre d’hôtel, les escrocs ont déjà disparu. » Le dépôt de plainte n’est pas systématique, car « les biens n’ont pas tous été déclarés au fisc », ajoute-t-il.