Coronavirus : La France montre-t-elle déjà de premiers signes de paralysie économique ?

EPIDEMIE Janvier termine à peine sa première semaine que le pays semble déjà ralentir

Jean-Loup Delmas
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L'économie française tourne-t-elle déjà à l'arrêt avec Omicron ?
L'économie française tourne-t-elle déjà à l'arrêt avec Omicron ? — Philippe LOPEZ / AFP
  • La France a recensé près d’1,5 million de cas positifs en une semaine, ce qui impacte l’économie du pays.
  • Alors qu’une déstructuration de la société est redoutée pour janvier, le risque arrive-t-il dès maintenant ?
  • Grâce aux vagues et aux leçons précédentes, la France semble armée pour y faire face.

C’est un indicateur qui ne trompe pas sur la santé économique de la France : la SNCF a annoncé ce samedi qu’elle allait supprimer 10 % des TGV et 20 % des Intercités la semaine prochaine en raison d’une chute des réservations. Un indice de plus qui montre que « la désorganisation de la société », tant redoutée en janvier et février en raison du nombre de contagions par le variant Omicron, montre ses premiers effets. 9.000 classes sont fermées depuis la rentrée scolaire, les soignants sont à bout, et des manques d’effectifs se font sentir dans la majorité des métiers nécessitant du présentiel. Economiquement comme sanitairement, la France commence janvier mal en point.

Avec 200.000 cas de coronavirus par jour en moyenne, c’est au moins 1,5 million de personnes – et normalement dix fois plus avec les cas contacts – qui sont contraintes d’être mises à l’isolement pour plusieurs jours, rien que cette semaine. Mais Stéphanie Villers, économiste spécialiste en macroéconomie, préfère voir le bon côté des choses : « La France réussit pour le moment à limiter la casse, car cette désorganisation avait été un peu planifiée. » Depuis mi-décembre, suivant l’exemple anglais – qui compte une dizaine de jours d’avance sur notre situation –, l’exécutif avait prévenu qu’une vague Omicron pourrait désorganiser le pays.

Débrouille et résilience

Certes, cette vague est plus violente que prévu – les 250.000 cas par jour sont arrivés plus vite qu’annoncé –. Il n’empêche : elle a été un minimum préparée. « Le télétravail massif n’est pas une surprise, et à force de subir les vagues précédentes, les entreprises comme les consommateurs s’adaptent mieux à une vie aux interactions limitées », poursuit Stéphanie Villers. La société gagne en résilience et en adaptation, permettant à l’économie d’avoir moins de soubresauts que lors de la première ou la seconde vague.

Une débrouille qui ne sera possible qu’un temps. « Toute la question est de savoir combien de temps la France devra faire le dos rond. Si cela ne dure pas trop longtemps, l’impact global sur l’économie peut être très limité », estime Stéphanie Villers. Un impact d’autant plus limité, selon l’économiste Christian de Boissieu, que cela tombe pile au bon moment, en janvier, un mois pauvre pour la croissance : « Omicron ou pas, la fréquentation des restaurations, cinémas… et les dépenses baissent en janvier, en raison des dépenses de décembre. » Quitte à voir la moitié du pays bientôt s’isoler, autant que ce soit donc en janvier plutôt qu’en décembre ou en été, lors des dépenses folles et frivoles.

Pérenniser le travail pendant la crise

Reste que malgré ces « bonnes » nouvelles, des secteurs subissent Omicron de plein fouet. Inutile de les citer, à force on les connaît (mais faisons le quand même) : évènementiel, transport, restauration…. Pas de fermeture, mais moins de clientèle et moins de chiffres. Pour eux, le gouvernement a prévenu que les aides seraient maintenues et même étendues. Une réaction qui laisse les économistes plus ou moins sceptiques. « Entre le quoi qu’il en coûte prolongé, le mois de janvier historiquement faible et la résilience des Français, on ne devra pas voir trop d’impact sur l’emploi et l’économie, à condition que le pic arrive bientôt », espère Christian de Boissieu. Si Stéphanie Villers reconnaît que ces aides limiteront encore la casse, il est aussi temps selon elle d’apprendre à s’en passer : « Il est probable que cette vague ne soit pas la dernière, ou même que d’autres épidémies arrivent. L’Etat ne pourra pas jouer éternellement à l’assureur, il faut que les entreprises apprennent à s’en passer. C’est aussi la vie économique d’un pays : avec certains changements, certains commerces ne marchent plus. »

Pour Stéphanie Villers, il est donc temps d’entrer dans une logique de plus long terme : « A chaque vague, on apprend et on réagit mieux à la suivante. Les entreprises doivent définitivement faire le deuil du monde d’avant et pousser la réflexion d’un monde du travail toujours menacé par une pandémie. » Consolider encore le télétravail, les relocalisations, les réserves de stock, et les maintenir de manière pérenne. Après deux ans de galère et de surprise, le pays, fort de son expérience, devrait résister à une paralysie complète. Mais pas à une profonde mutation.