Les salaires, un sujet encore tabou en entreprise

ARGENT Les actifs n’aiment pas trop parler chiffres, surtout lorsqu’il s’agit du montant de leur rémunération

J.P. pour 20 Minutes
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La moitié des salariés seraient d’accord pour qu’on communique le montant de leur paie au sein de l’entreprise
La moitié des salariés seraient d’accord pour qu’on communique le montant de leur paie au sein de l’entreprise — iStock / City Presse

Parler argent a toujours été considéré comme mal élevé en France. Lorsqu’on en manque, on préfère le cacher, tandis que lorsqu’on en gagne beaucoup, on conserve un flou artistique sur le montant pour ne pas afficher sa réussite. Une fausse modestie qui a toutefois des inconvénients. En effet, en raison de cette omerta traditionnelle, un travailleur aura bien du mal à évaluer quel  niveau de salaire il est en droit de demander lors d’un entretien d’embauche, ou encore à quelle évolution annuelle il peut prétendre par rapport à ses collègues.

La raison ? L’argument du cas par cas en fonction du niveau de diplômes, des années d’expérience ou du travail accompli par l’employé est le plus souvent avancé pour justifier ce tabou. Comme si chaque salaire était unique, y compris dans la même équipe et aux mêmes postes, et que les divulguer ne ferait qu’attiser les jalousies.

Une envie de transparence

Néanmoins, les mentalités tendent à changer. Ainsi, 78 % des 4.000 actifs interrogés récemment par le site de recherche d’emploi Talent.com se disent favorables à une transparence des salaires. De même, ils sont 95 % à juger essentiel ou important de connaître le salaire d’un emploi avant de postuler.

Pourtant, moins d’un sur deux avoue être à l’aise pour discuter de sa rémunération avec ses collègues, et 55 % seraient d’accord pour qu’on communique le montant de leur paie au sein de l’entreprise. Les avis sont notamment favorables à un accès en interne aux barèmes salariaux appliqués par leur société, tandis que d’autres sont prêts à accepter de rendre publiques des grilles salariales. En revanche, hors de question de permettre à tout le personnel de consulter le détail de salaire de chaque employé pour la grande majorité des sondés. On constate donc une réelle volonté de transparence au niveau global, tout en conservant le détail des données privées.

Comparer les écarts

Alors que certains pays comme la Suède, la Finlande ou la Norvège ont fait le choix d’une transparence totale (les salaires sont consultables par le public auprès du fisc), la France a plutôt suivi l’exemple du Royaume-Uni et de l’Allemagne en matière d’informations sur les rémunérations.

En vertu de la loi Pacte du 22 mai 2019, les sociétés cotées en Bourse (et seulement celles-là) doivent publier chaque année un relevé des écarts entre la rémunération de leurs dirigeants et les salaires moyens des employés en équivalent temps plein, mais aussi avec le salaire médian de ces derniers. De même, l’index de l’égalité femmes-hommes impose un comparatif, cette fois selon le sexe, en termes de salaires, d’augmentations annuelles et d’écarts dans les promotions.