Eileen Fahey: «Le niveau d'endettement des ménages continue d'être problématique aux Etats-Unis»

INTERVIEW Alors que certains voient arriver la sortie de la crise, la directrice chargée des institutions financières à l'agence de notation Fitch Ratings a répondu à «20 Minutes»...

Recueilli par A. B.

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Le surendettement des ménages américains a déclenché la crise financière internationale, lorsque le marché immobilier s'est retourné. Ce risque est-il désormais maîtrisé?
Non. Le niveau d'endettement est encore problématique aux Etats-Unis, même s'il s'est réduit. A chaque hausse du chômage, le nombre de personnes qui ne remboursent plus leurs crédits, notamment immobiliers, progresse.
Cette situation est inquiétante, car de nombreux titres financiers détenus par les banques sont constitués de ces dettes et deviennent «toxiques» au fur et à mesure que les défauts de paiement augmentent. Du coup, les établissements accordent de moins en moins de crédits aux ménages ainsi qu'aux petites et moyennes entreprises, qui sont acculées à la faillite et licencient. C'est la première crise qui affecte tous les Américains depuis trente ans.

N'y a-t-il pas d'allocations chômage et d'aides aux ménages?
Les indemnités sont variables selon les régions. Mais elles ne durent que six mois et il existe souvent une énorme perte de revenus qui empêche de faire face aux emprunts. De plus, certains Etats américains, comme l'Indiana, commencent à être à court de fonds. Le gouvernement veut encourager les créanciers à renégocier les prêts plutôt qu'à saisir les logements. Cela reste toutefois compliqué, car la transformation des crédits en titres financiers multiplie les interlocuteurs.

Les autorités agissent-elles de manière coordonnée, comme l'a préconisé le G20?
Pas vraiment. A l'automne, les Etats-Unis avaient prévu de racheter aux banques leurs actifs les plus «toxiques». Mais comme le Royaume-Uni a décidé de renforcer le capital des siennes, ils l'ont imité, craignant que leurs établissements ne soient désavantagés. Maintenant, nous revenons à la stratégie initiale. En même temps, on complique le rachat des actifs en changeant les normes comptables, qui permettent dorénavant aux banques de réévaluer le prix de leurs titres. Cela manque de cohérence.

Le plan présenté fin mars par le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, peut-il marcher?
Ce n'est pas sûr. Le plan Geithner prévoit de subventionner les fonds privés qui rachèteront des actifs «toxiques». Outre l'interrogation sur les normes comptables, les investisseurs ne s'y risqueront pas, à moins d'être sûrs que l'Etat ne tentera pas d'intervenir sur leurs salaires, leur gestion, etc. Si ce plan échoue, le gouvernement devra sans doute nationaliser quelques établissements.
En tout cas, au vu de la tendance actuelle de l'emploi, nous n'attendons pas d'amélioration de la situation avant la mi-2010. Au premier trimestre 2009, les banques devraient être redevenues rentables, mais leurs bénéfices seront entièrement consacrés à des provisions pour d'éventuelles pertes.