Nucléaire : L’EPR français Areva en Finlande démarre avec 12 ans de retards

ENERGIE Ce chantier lancé en 2005 dans le sud-ouest de la Finlande était devenu pour Areva un chemin de croix miné par les retards et les dérives financières

M.F avec AFP
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Le chantier de l'EPR d'Olkiluoto en Finlande en 2016.
Le chantier de l'EPR d'Olkiluoto en Finlande en 2016. — Martti Kainulainen / Lehtikuva / AFP

Mieux vaut (très très) tard que jamais. Seize ans après le début du chantier, le réacteur nucléaire EPR construit par  le français Areva en Finlande a démarré dans la nuit de lundi à mardi à 3h22 locales (1h22 GMT). C’est 12 ans en retard par rapport à la date initialement prévue. Pour l’instant, la production d’électricité doit commencer à environ 30 % de la puissance avec le raccordement au réseau en janvier. La mise en service normale est programmée à juin, indique l’énergéticien finlandais TVO, dans un communiqué.

« Le moment du démarrage a été historique. La dernière fois qu’un réacteur a été lancé en Finlande remonte à il y a plus de quarante ans, et même en Europe cet événement remonte à environ 15 ans », souligne l’exploitant de la centrale d’Olkiluoto, en référence au lancement d’un réacteur en Roumanie en 2007. L’EPR d’Olkiluoto va devenir le plus puissant réacteur en opération en Europe. Avec une capacité de production de 1.650 mégawatts, il doit fournir environ 15 % de la consommation du pays nordique. Marjo Mustonen, vice-président de TVO, a salué « la plus grande contribution de la Finlande pour le climat ».

Les déboires de l’EPR Olkiluoto-3

Conçu pour relancer l’énergie nucléaire après la catastrophe de Tchernobyl en 1986, notamment grâce à une considérable structure de béton et des améliorations de sûreté, l’EPR a rencontré d’importants problèmes de construction, notamment en Finlande mais aussi à Flamanville en France. A Olkiluoto, ces difficultés ont entraîné de longues et vives tensions entre TVO, Areva et l’autorité finlandaise du nucléaire, la Stuk. TVO avait signé en mars 2019 un accord pour mettre fin au contentieux, prévoyant qu’une indemnisation de 450 millions d’euros lui soit versée. Le Covid-19 avait à son tour provoqué de nouveaux retards sur le chantier finlandais, sur un site où deux anciens réacteurs sont déjà en opération.

Seuls deux réacteurs EPR étaient jusqu’à présent entrés en fonctionnement dans le monde, ceux de la centrale de Taishan en Chine. Leur construction avait débuté après celle d’Olkiluoto-3, premier réacteur nucléaire à avoir été commandé dans l’Union européenne depuis Tchernobyl. Le réacteur numéro 1 de cette centrale située près de Hong Kong est toutefois à l'arrêt depuis juillet après un incident, qualifié de « courant » par Pékin.

Pas de « renaissance » pour l’énergie nucléaire

Lancée en 1992, la technologie EPR a été co-développé par le français Areva et l’allemand Siemens au sein de leur filiale commune, dont Siemens s’est depuis retiré. Conçu pour fonctionner pendant soixante ans, l'« European Pressurized Water Reactor » se fonde sur la technologie des réacteurs à eau sous pression, la plus utilisée dans le monde. Si les problèmes de l’EPR, puis la catastrophe de Fukushima au Japon en 2011, ont freiné les espoirs d’une « renaissance », l’énergie nucléaire voit ses perspectives s’améliorer de nouveau face à la crise climatique. Utilisant l’uranium, l’électricité nucléaire n’émet pas de CO2 lors de sa production et est globalement une énergie très peu carbonée.

Signe d’une conjoncture plus favorable, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a relevé cette année ses projections pour la première fois depuis Fukushima, prévoyant désormais un doublement de la puissance nucléaire installée d’ici à 2050 dans le scénario le plus favorable.