Les marins français veulent garder la pêche

Angeline Benoit et Adrien Vaillant

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Bruxelles défend les poissons, les pêcheurs veulent sauver leur peau. Ils exigent le droit de pêcher plus de cabillaud et de sole dans l'Atlantique, contestant les quotas imposés par l'Union européenne. Le tour du dossier en trois questions.

« Il s'agit de volumes de capture fixés pour chaque zone et chaque espèce, en décembre, par les ministres européens de l'Agriculture et de la Pêche. Répartis entre les pays en fonction de leurs traditions de pêche, ils sont fondés sur des avis scientifiques et des discussions avec les Etats », explique Nathalie Charbonneau, porte-parole du commissaire européen à la Pêche. Les marins accusent régulièrement les quotas d'être catastrophistes. Mais pour Jean-Paul Delpech, de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, « la répartition géographique n'est pas homogène. S'il y en a beaucoup à un endroit, cela ne veut pas dire que le stock va mieux. »

Poisson fin et cher, la sole est une espèce naturellement fragile, selon le Conseil international pour l'exploration de la mer (Ciem), l'organisme qui donne des avis scientifiques à la Commission européenne. Quant au cabillaud, jadis très répandu dans l'Atlantique Nord, les stocks ont été divisés par trois depuis les années 1960, notamment à cause de la surpêche de poissons trop jeunes. Toutefois, les restrictions imposées ces dernières années ont permis d'augmenter les quotas de 30 % cette année.

La France, qui totalise 11 % des captures européennes de poisson, derrière le Danemark, l'Espagne et le Royaume-Uni, pêche surtout du thon albacore, le listao, la sardine, le hareng de l'Atlantique et la coquille Saint-Jacques. Le cabillaud et la sole représentent des volumes beaucoup plus petits. Hier, le ministère de la Pêche, Michel Barnier, a assuré que si les pêcheurs du Nord avaient dépassé avant l'heure leurs quotas, c'est parce qu'il y avait « trop de bateaux » sur la zone. Mais le ministre a beau promettre des aides, les professionnels hurlent à l'assassinat de la pêche artisanale. Pour Bruxelles, la priorité est clairement à la « ressource ». A Paris de gérer son stock de pêcheurs, 6e flotte européennes en termes de bateaux, et 2e en terme de puissance de motorisation. ■