Méditerranée : Les pêcheurs ont bloqué plusieurs ports face aux menaces de restrictions de jours de pêche

SURPECHE Les marins-pêcheurs d’Occitanie ont bloqué les principaux ports de pêche de la région afin de faire pression sur Bruxelles qui envisage de diminuer leur nombre de jours de pêche

Jérôme Diesnis
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Les marins-pêcheurs ont partiellement bloqué le port de Sète.
Les marins-pêcheurs ont partiellement bloqué le port de Sète. — J. Diesnis / Agence Maxele Presse
  • Afin de lutter contre la surpêche, le Conseil des ministres européens s’est réuni depuis dimanche à Bruxelles afin de débattre d’une éventuelle restriction des jours de pêche pour les chalutiers en Méditerranée.
  • Les ports de Sète, Port-la-Nouvelle, Agde et Le Grau du Roi ont été symboliquement bloqués par les marins-pêcheurs qui ne veulent pas parler d’une nouvelle réduction de leurs quotas.
  • Les pêcheurs estiment le taux de rentabilité d’un chalutier à 209 jours de pêche. Bruxelles envisage de diminuer les jours de sorties en mer de 183 à 167

Les pêcheurs du Grau du Roi, d’Agde, de  Sète et de Port-la-Nouvelle se sont mobilisés samedi pour bloquer, de façon plus ou moins spectaculaire, leurs différents ports d’attache. Le blocage fut total pendant une heure au Grau du Roi dans le Gard, Il fut plus long mais plus partiel à Sète.

Au cœur de leur revendication, le plan de gestion envisagé par l’Union européenne et présenté en Conseil des ministres ce dimanche à Bruxelles. Il prévoit notamment une nouvelle diminution des quotas de pêche. Les chalutiers ne pourraient sortir que 167 jours par an en 2022, contre 183 actuellement. En 2020, il était de 201 jours. « Selon nos études, le taux de rentabilité d’un chalutier était de 177 jours en mer. Mais ces chiffres sont aujourd’hui caducs. Avec la hausse du gasoil, ce taux s’élève à 209 jours, évoque Bernard Pérez, président du comité régional des pêches d’Occitanie. Nous ne pouvons pas accepter une nouvelle baisse des jours de pêche. On réclame le statu quo. Nous avons le soutient des autres pays méditerranéens, l’Espagne et l’Italie »

« L’heure est grave »

« La flottille chalutière d’Occitanie fleurte dangereusement avec le seuil de rentabilité moyen des bateaux », évoque Carole Delga, président de la région Occitanie qui tente de faire infléchir la position des ministres. « L’heure est grave. Au-delà de tous les projets que nous pourrons mettre en œuvre pour accompagner la filière, c’est vraiment de leur survie dont il est question. (…) Il en va de la pérennité de plus de 2.000 emplois, dont 1.300 emplois directs sur notre littoral. Il s’agit également de sauvegarder la chaîne de production pour l’alimentation des habitants d’Occitanie. »

En réduisant les jours de pêche, l’Europe entend protéger deux espèces particulièrement menacées : le rouget et le merlu. Dans nos colonnes, en mars dernier, Stephan Beaucher, délégué de l’ONG MedReAct en France alertait sur le sort du merlu qui « détient le triste record d’être l’espèce la plus surpêchée de Méditerranée. Les captures sont quinze fois supérieures à ce qu’elles devraient être dans le cadre d’une exploitation durable dans le golfe du Lion. »

« Si nous ne sommes pas entendus, nous sommes prêts à durcir le mouvement »

Alors que dans le golfe du Lion, 6.000 km2 de zones restreintes ont été créées pour faire face à la surexploitation, la filière estime avoir fait suffisamment de concessions. « Nous avons déjà réduit de 55 % les captures juvéniles de ces espèces. Il faut maintenant refaire des études, mais ne pas abattre toute une filière par principe », explique à France Télévisions, Bertrand Wendling, directeur général de la coopérative SaThoAn (Sardine, Thon, anchois), à Sète.

Les pêcheurs, s’ils ne sont entendus, menacent de bloquer les principaux ports du Languedoc et du Roussillon à l’approche des fêtes et de durcir le mouvement en janvier 2022. « C’est un cri d’alerte de la part de toute la profession. La journée de samedi était une façon d’entendre notre voix. Mais si nous ne sommes pas entendus, nous sommes prêts à durcir le mouvement », prévient Bernard Pérez.