Coronavirus : « Pour les compagnies aériennes, la cinquième vague risque de rendre la situation très compliquée »

INTERVIEW Alors que les compagnies aériennes reprenaient des couleurs, l’apparition du variant Omicron et les restrictions de liaisons mettent un coup d’arrêt à cette embellie, souligne Marc Ivaldi, président de l’Association internationale des économistes du transport.

Propos recueillis par Charles-Edouard Ama Koffi
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Illustration d'un avion d'Air France à Roissy.
Illustration d'un avion d'Air France à Roissy. — JP PARIENTE/SIPA
  • Depuis l’apparition du variant Omicron, de nombreux pays ont mis en place de nouvelles restrictions.
  • Une mauvaise nouvelle pour le secteur aérien, qui commençait à relever la tête.
  • Depuis le début de la crise, les compagnies ont semblé limiter la casse, estime Marc Ivaldi, président de l’Association internationale des économistes du transport. Mais quels seront les effets de la « cinquième vague » ?

Après la crise, c’est encore la crise. Les compagnies aériennes font de nouveau face à des restrictions liées aux craintes de voir le variant Omicron, détecté pour la première fois en Afrique du Sud, s’exporter partout dans le monde. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a certes prévenu le 30 novembre que les interdictions de voyage n’empêcheraient pas la propagation de ce nouveau variant du Covid-19. Pourtant, une cinquantaine de pays, dont la France, ont annoncé des restrictions aériennes.

Quelles conséquences cela peut-il avoir sur l’avenir du transport aérien mondial ? Marc Ivaldi, président de l’Association internationale des économistes du transport et professeur à la Toulouse School of Economics, répond aux questions de 20 Minutes.

Plusieurs syndicats de travailleurs du transport, y compris aérien, ont mis en garde ce vendredi les gouvernements du monde entier. Ils souhaitent que les liaisons aériennes restent ouvertes, afin de ne pas affecter « des chaînes d’approvisionnement déjà en difficulté ». Ont-ils raison de tirer la sonnette d’alarme ?

Ils voient bien qu’il y a un problème car le trafic mondial était en train de repartir et il y a de nouveau des restrictions. Ce n’était pas une bonne idée de fermer les liaisons avec l’Afrique du Sud. Le variant Omicron était déjà en Europe avant son apparition là-bas. Il est clair que des décisions ont été prises trop vite, mais il faut aussi comprendre les gouvernements, c’est compliqué.

Pour prendre l’avion depuis l’Espagne vers la France, actuellement, il faut simplement être vacciné et certifier sur l’honneur que vous n’avez pas été en contact avec quelqu’un qui a le virus. Simplement certifier sur l’honneur… Avec ce virus, il n’y a pas de meilleure méthode que le bricolage. Et pour le transport aérien, ce n’est pas une bonne nouvelle.

Des compagnies aériennes vont-elles pouvoir disparaître à cause de la crise et de cette 5e vague ?

Etonnamment, on n’a pas vu beaucoup de banqueroutes ni de catastrophes importantes. Les grandes compagnies, comme Lufthansa ou Air France, sont toujours là. Il y a cependant eu des regroupements, ou alors cette crise a eu un effet accélérateur. Par exemple, Alitalia a mis la clé sous la porte, mais la compagnie allait déjà très mal avant la crise.

Une compagnie comme Air France, qui n’était pas en très bonne situation, a commencé à rembourser les prêts accordés par l’Etat grâce à la reprise du trafic. Le fait que cela retombe va rendre la situation très compliquée.

Air France a justement pu obtenir deux années supplémentaires, soit jusqu’en 2025, pour rembourser son Prêt garanti par l’Etat (PGE). Cette cinquième vague tombe donc au mauvais moment. Pensez-vous que la compagnie pourra sortir de la crise dans un avenir proche ?

J’étais beaucoup plus pessimiste il y a six mois sur Air France, mais l’entreprise a fait des efforts considérables. La situation va dépendre de l’impact de cette cinquième vague. Si elle est très forte… Le marché européen reste ouvert et il n’y a pas de restrictions sur les marchés domestiques.

Face à ces nouvelles restrictions de vols commerciaux, le fret peut-il être une solution pour les compagnies ?

L’année dernière, elles n’ont eu de revenus que par le fret. Pour Air France, je crois que cela a concerné 90 % des revenus, car il n’y avait quasiment plus aucun passager. C’est par exemple grâce au fret qu’on a pu avoir des masques.

Cela fait un peu de monnaie pour les compagnies. Le problème, c’est que le fret aérien est beaucoup plus cher que le fret maritime, et vous ne pouvez pas tout transporter par les airs. Si on ne veut pas que les prix augmentent trop, ce n’est pas la solution. C’est le marché qui va décider, pas les compagnies aériennes.

Que représentent les fêtes de fin d’année en général pour les compagnies aériennes ? Est-ce la période la plus importante de leur année ?

Il doit y avoir un pic mais je ne crois pas que ça soit très significatif par rapport à d’autres périodes comparables de vacances. Je crois que cela est beaucoup plus important pour le train.