Coronavirus : Quel impact le variant Omicron peut-il avoir sur l’économie française ?

CROISSANCE Le variant Omicron pourrait bien mettre un coup d’arrêt à la croissance française

Jean-Loup Delmas
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L'économie française va-t-elle subir elle aussi l'impact du variant Omicron ?
L'économie française va-t-elle subir elle aussi l'impact du variant Omicron ? — Thibaud MORITZ / AFP
  • La France a enregistré un taux de croissance de 3 % au troisième trimestre 2021, un quasi-record sur les cinquante dernières années.
  • Cette bonne nouvelle économique pourrait être de courte durée en raison du variant Omicron et de la cinquième vague de coronavirus.
  • Comment les différents secteurs risquent-ils d’être affectés ?

Le bonheur a ceci de dérangeant qu’il est parfois bien éphémère. Et l’économie française s’apprête sans doute à en tirer la dure leçon. Ce mardi, l’Insee confirmait l’excellent troisième trimestre 2021, avec un taux de croissance parmi les plus hauts sur un demi-siècle : + 3 %. Mais pas le temps de déboucher le champagne que les premiers signes d’effritements apparaissent déjà. En octobre, la confiance des ménages a baissé en dessous de sa moyenne de long terme, en raison de l’inflation galopante, toujours selon l’Insee. Et depuis ce premier ralentissement, la cinquième vague déferle sur la France et le variant Omicron, considéré comme « extrêmement préoccupant » par l’Organisation mondiale de la Santé, toque désormais à la porte.

A l’annonce d’Omicron, les bourses mondiales ont totalement dévissé le 26 novembre - dont Paris, de 4,75 % – , des frontières se sont refermées, tandis que certains pays ont remis en place des restrictions sanitaires. De quoi mettre un coup de frein à l’économie française ?

Côté consommation des ménages

Pour Pascale Hébel, directrice du pôle Consommation et Entreprises au Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc), ces deux mauvaises nouvelles sur le front du coronavirus (la cinquième et Omicron) devraient a minima changer notre comportement pendant les semaines à venir : « Il y aura probablement moins de restaurants, moins de bars, moins de déplacements. Et surtout moins de voyages ».

Si les Français gardent suffisamment confiance en l’avenir, se persuadant que ce n’est qu’une mauvaise période passagère, il est possible que cet argent épargné soit dépensé ailleurs. « C’est notamment ce qu’on a vu lors du Noël 2020, note la directrice. Les Français ne pouvant aller au restaurant ou se déplacer, ils ont acheté des produits alimentaires très chers et se sont fait plaisir niveau cadeaux. »

Autre comportement à venir en cas de forte vague épidémique, les ménages préféreront passer leur commande sur Internet plutôt qu’en magasin parmi une foule d’autres personnes. Là non plus, ce n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle : « Depuis le début de la crise sanitaire, il y a une prise de conscience des problèmes de notre dépendance à d’autres pays, et la population essaie de consommer davantage Made in France, même sur Internet », appuie Sonia Bellit, économiste, spécialiste des conséquences du coronavirus sur l’économie et cheffe de projet à la Fabrique de l’Industrie.

Côté international

La cinquième vague et le variant Omicron pourraient impacter la France indirectement, via l’étranger. Plusieurs pays ont remis en place, on l’a dit, des mesures sanitaires. Surtout, la Chine s’est déjà lancée dans une politique « zéro Covid » sur son territoire. Chaque fois que des cas sont détectés dans une région, la zone alentour est totalement confinée, quitte à fermer des usines durant des semaines. Une telle politique devrait s’accentuer avec les craintes autour du nouveau variant. « Cela pourrait conduire l’industrie française à des problèmes d’approvisionnement », prévient Sonia Bellit.

Mais après cinq vagues, les entreprises françaises commencent à être rompues à ce genre de problèmes, et certaines se sont adaptées. Un quart des industries françaises disent avoir commencé à relocaliser leur production, selon Sonia Bellit, quand d’autres ont fait des réserves. De quoi diminuer l’impact négatif.

Les exportations pourraient également être affectées par une baisse du commerce international. Un problème qui pourrait, là aussi, être en partie compensé par la « solidarité française » via le Made in France.

Enfin, la crise pourrait contribuer à l’augmentation des prix et de l’inflation, en raison de difficultés d’approvisionnement en matières premières, une source d’inquiétude pour les ménages français dès octobre.

Coté secteurs déjà éprouvés par le coronavirus

Cruauté du coronavirus, ce sont toujours les mêmes secteurs qui trinquent. Mêmes causes, mêmes victimes. Pour la restauration, l’hôtellerie, le secteur aéronautique, l’événementiel, de difficiles semaines sont probablement à prévoir, préviennent les expertes, a fortiori si des mesures de restrictions commencent à être mises en place dans une France à presque 50.000 cas par jour ce mardi.

Contrairement aux précédents points, difficile d’imaginer comment ces secteurs pourraient compenser leurs pertes. Seule une intervention de l’Etat, à travers des aides massives, devrait permettre une nouvelle fois de les faire tenir. En espérant que le malheur, lui aussi, se montre éphémère.