Conso : Tout comprendre au paiement fractionné

ARGENT Sociétés de crédit, banques et fintech ont démocratisé le paiement fractionné depuis la pandémie

Julie Polizzi pour 20 Minutes
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Le paiement fractionné s'est démocratisé ces dernières années
Le paiement fractionné s'est démocratisé ces dernières années — iStock / City Presse

Il n’est pas toujours évident de s’acquitter de plusieurs centaines d’euros cash pour remplacer sa  machine à laver ou s’offrir une nouvelle télévision. le paiement fractionné est là pour vous éviter de repousser votre achat. On fait le point sur ce mode de  consommation.

Large démocratisation

Si le slogan « Payez en 3 fois sans frais » s’affiche depuis longtemps dans les rayons d’électroménager et high-tech, la pratique était, jusqu’à récemment, limitée aux grandes enseignes. « L’essor de nombreuses fintech comme Alma, Pledg et Scalapay a permis de démocratiser le paiement fractionné depuis deux ans, en venant concurrencer des sociétés de crédit telles que Cetelem, Cofidis ou Oney », explique Kevin Ohana, le fondateur de Joe, application proposant des solutions d’étalement des paiements.

La Fédération du e-commerce et de la vente à distance a d’ailleurs estimé que le paiement fractionné représentait environ 15 % du chiffre d’affaires de la filière depuis le confinement de mars 2020, tandis que les spécialistes prévoient qu’il atteigne 28 % du marché en ligne au niveau mondial dans les cinq prochaines années.

Une facilité de paiement

Les acteurs du paiement fractionné interviennent généralement auprès des marchands physiques et du e-commerce pour intégrer cette solution à leurs offres de produits. Plutôt que d’acquitter 800 euros pour votre nouvel outil informatique, le site ou le magasin va vous proposer de payer une première partie immédiatement et d’échelonner ensuite le reste du règlement sur 2 ou 3 mensualités.

Cette facilité de paiement est souvent proposée « sans frais ». C’est le commerçant qui prend en charge le coût de ce service, en contrepartie d’une augmentation de ses ventes de 20 à 30 % selon les spécialistes. Néanmoins, il arrive que des frais soient tout de même facturés au consommateur, notamment pour des montants importants. Dans ce cas, le coût est souvent exprimé en pourcentage du montant total de l’achat.

Gare aux frais cachés

À première vue, le paiement fractionné ne présente que des avantages, mais il faut rester sur ses gardes. Comme nous le rappelle le fondateur de Joe : « Au sens de la loi, si toutes les échéances sont payées dans une période inférieure à 90 jours, c’est-à-dire 3 mois, il ne s’agit pas d’un crédit à la consommation mais simplement d’une facilité de paiement. » Cette nuance fait toute la différence, puisqu’elle implique une réglementation bien moins protectrice des acheteurs.

En effet, votre solvabilité n’est que très peu vérifiée au moment de l’engagement. Il faut donc plus que jamais se montrer responsable afin de pouvoir assumer les futurs remboursements. D’autant plus que même les offres « 3 fois sans frais » peuvent comporter de douloureuses pénalités en cas de retard de règlement et ainsi accroître des situations de fragilité financière. Avant d’accepter, prenez donc le temps de vérifier ces fameuses lignes des conditions générales de vente. Face au risque de surendettement​, les instances européennes envisagent d’ailleurs d’encadrer plus strictement le paiement fractionné, par exemple en le requalifiant en prêt de plus d’un jour.

La polémique des mini-prêts

Connaissez-vous le mini-prêt ou prêt instantané ? Il s’agit d’une avance non affectée à un achat (à l’inverse du paiement fractionné) et remboursable sous 3 mois, qui échappe donc, elle aussi, aux règles du crédit à la consommation. Tout récemment, UFC-Que Choisir a déposé des plaintes contre trois entreprises pour « pratiques commerciales trompeuses » en raison des frais imposés. Bling, l’une des start-up visées, propose par exemple de vous verser jusqu’à 100 euros en 3 à 5 jours sans frais, mais contre 7 euros pour un virement instantané. De même, l’option Express de Cashper permet de recevoir jusqu’à 1.000 euros en 24 heures… moyennant des frais s’élevant à 30 % du montant emprunté. Quant à Floa Bank, la troisième société ciblée, elle applique une commission de 2,35 % sur le montant qui peut atteindre 2.500 euros. Grâce à cette action en justice, l’association de consommateurs espère inciter le législateur à encadrer ces mini-crédits.