Montpellier : Plug in digital, star du jeu vidéo indépendant, passe au level supérieur

GAMING L'entreprise montpelliéraine, qui édite et distribue des jeux vidéo indépendants, a réalisé une levée de fonds de 70 millions d'euros

Nicolas Bonzom
— 
Dans les locaux de Plug in digital, à Montpellier
Dans les locaux de Plug in digital, à Montpellier — Evan Rastovac
  • Créée en 2012 en région parisienne avant de déménager à Montpellier, Plug in digital est l’une des stars de la distribution et de l’édition de jeux vidéo indépendants.
  • Ces cinq dernières années, l’entreprise montpelliéraine a enregistré une croissance annuelle de plus de 50 %, et a bouclé une levée de fonds de 70 millions d’euros.
  • Si sa croissance est si forte, c’est parce que son fondateur a parié, il y a dix ans, sur un phénomène qui n’était encore que peu répandu : la dématérialisation du jeu vidéo.

C’est en janvier 2012 que débute l’aventure Plug in digital. « Pas dans mon garage, mais dans la chambre que j’occupais, dans la région parisienne », sourit Francis Ingrand, son fondateur. A l’époque, l’entrepreneur, qui a œuvré à l’essor du e-commerce à la fin des années 1990 et au début des années 2000, est « tout seul ». Aujourd’hui, cette start-up, l’une des stars de la distribution et de l’édition de jeux vidéo indépendants, qui a déménagé à Montpellier (Hérault), emploie 45 personnes.

Ces cinq dernières années, Plug In Digital a enregistré une croissance annuelle de plus de 50 %. Elle a ouvert des bureaux en Chine. Et elle vient de boucler une levée de fonds de 70 millions d’euros, avec la société d’investissement britannique Bridgepoint Development Capital et le groupe français Eurazeo. Si l’envol de Plug in digital est si fulgurant, c’est parce Francis Ingrand a parié, il y a dix ans, sur la dématérialisation des jeux vidéo, tandis que ce marché n’en était qu’à ses balbutiements. A l’époque, la plate-forme Steam, qui permet de jouer en ligne, n’a pas la puissance de frappe qu’elle a aujourd’hui, et on continue à acheter en masse des jeux vidéo en boîte.

« On est arrivé au bon moment »

« Le marché allait vers le digital, reprend Francis Ingrand. C’était encore peu répandu, et relativement complexe. Il y avait besoin de sociétés, pour aider les éditeurs et les développeurs à mieux vendre dans ce secteur. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire. On est arrivé au moment. » En faisant, ces dernières années, « les bons choix », reprend l’entrepreneur : parier sur la Switch, de Nintendo, alors que peu y croyaient à son lancement, ou faire l’impasse sur la réalité augmentée et la réalité virtuelle.

Avec ses labels Dear Villagers et PID Games, Plug in digital a édité une soixantaine de jeux et distribué plus de 3.000 jeux sur PC, consoles ou smartphones, développés par de petits studios, mais aussi des pontes du secteur : The forgotten city, A normal lost phone, Edge of eternity, Splasher, Lost in harmony… Tous dématérialisés. Seule une infirme partie du chiffre d’affaires de l’entreprise est basée sur des boîtes de jeux. Car Francis Ingrand en est convaincu : le support physique va peu à peu disparaître, dans le jeu vidéo. « C’est le sens de l’histoire, confie-t-il. On le voit avec la nouvelle génération de consoles, le développement du cloud gaming… Il y aura toujours des versions collectors, mais le retail [la vente dans les magasins] est appelé à décroître. »

Le jeu Naheulbeuk, porté par Plug in digital
Le jeu Naheulbeuk, porté par Plug in digital - Naheulbeuk / Plug in digital

Si aujourd’hui Plug in digital ne fait qu’éditer et distribuer des jeux, il n’est pas exclu avec cette levée de fonds de 70 millions d’euros qu’elle se mette à en développer. « Il est probable que dans les acquisitions que l’on va faire, il y ait des studios de développement de jeux », confie Francis Ingrand, qui rappelle qu’à l’origine, Ubisoft, aujourd’hui l’un des développeurs les plus prolifiques, était distributeur de jeux vidéo.