Mesures du G20: et maintenant, on fait quoi?

ECONOMIE Les annonces des dirigeants de la planète ont satisfait la presse internationale. Reste à les appliquer...

20minutes.fr

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Les dirigeants du G20 à Londres le 2 avril 2009
Les dirigeants du G20 à Londres le 2 avril 2009 — Rex Features/REX/SIPA

Paroles, paroles, paroles. Comme à Washington en novembre dernier, les sommets internationaux (type G7/G8) sont souvent marqués par des déclarations d'intention et rarement par des mesures concrètes. Il faut remonter au G5 de New York, en 1985, pour retrouver un plan aussi détaillé. Reste maintenant à l’appliquer: deux ans de travail seront nécessaires pour les mettre en œuvre. Minimum.
 
Le secret bancaire éventé

Il fait tout simplement partie «d’un temps révolu», explique le communiqué final. Les paradis fiscaux vont devoir ouvrir leurs placards si des enquêtes de l’administration fiscale et de la justice étrangère veulent y chercher des squelettes. Sous peine, et c’est une première, de sanction. «Une palette de sanctions» devra être établie par les ministres du G20. Sans cela, le flou perdurera.

C’est l’OCDE qui observera les progrès (ou non) des Etats, qu’elle fichera et classera sur plusieurs listes. Mais les socialistes Vincent Peillon et Arnaud Montebourg mettent en garde: la liste a «déjà été établie il y a dix ans» par l'OCDE, ne donnant «strictement aucun résultat».
 
Enveloppe de 1.100 milliards de dollars contre la crise

Le G20 a décidé d'injecter 1.100 milliards de dollars dans l'économie mondiale, notamment via le FMI. Reste à concrétiser la promesse, ce qui ne sera pas facile. La Russie a d'ores et déjà annoncé qu'elle ne participerait pas à l'effort car elle fait déjà beaucoup au sein de la CEI (11 républiques de l'ex-URSS).

Régulation du secteur financier

Les pays du G20 se sont engagés à contrôler les «hedge funds», ces fonds spéculatifs souvent accusés de favoriser la volatilité des marchés. Le problème sera de savoir exactement quels fonds seront soumis à régulation et lesquels y échapperont. Il faudra aussi que les Etats tiennent leurs promesses. Aux Etats-Unis, il avait été prévu dès 2006 que les «hedge funds» s'enregistrent auprès de la SEC, le gendarme boursier. Mais l'obligation avait finalement été levée.

Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, ne s'embarrasse pas de ces précautions: «Des réformes, impensables il y a six mois, sont décidées et appliquées. Le système financier sera mieux surveillé, mieux encadré», estime-t-il dans «Le Monde».

Les banques devront jouer le jeu

René Ricol, le médiateur du crédit en France, a dû s’extasier devant les annonces du G20. Pour éviter toute contraction du crédit en période de crise, comme c’est le cas en ce moment (au grand dam dudit Ricol), les banques devront augmenter leurs fonds propres dès que les beaux jours reviendront. Elles ne pourront transformer tous leurs créances et actifs en produits financiers à risque. Cette titrisation bancaire, à l'origine d'une partie de la crise avec les «subprimes» (la titrisation des prêts immobiliers à risque américains), devra être limitée.

Les banques garderont une partie dans leur bilan. Dans quelles proportions? Aucun ratio n'a été fixé, la France parle d’un consensus au G20 à 5%. Mais les vertueux Paris et Berlin veulent aller au-delà. Enfin, transparence oblige, le «hors bilan» sera pris en compte par les autorités de contrôle, ce qui évitera des mauvaises surprises liées aux actifs toxiques habilement cachés.

Les normes comptables repensées

Décidées par des cabinets en dehors de tout contrôle politique, elles auraient aggravé la crise, car trop rigides, trop collées à la seule valeur du marché qui amplifie les effets des variations boursières et provoque donc des dégâts considérables en plein krach. Alors ces organismes privés, «américains» avait bien précisé Sarkozy mercredi matin sur «Europe 1», devront travailler avec les institutions de régulation et assouplir «de façon urgente» ces fameuses normes.

Les agences de notation seront étroitement contrôlées sous la forme d'un code de bonne conduite, tout comme les hedge funds d’ailleurs, qui devront être obligatoirement déclarés et immatriculés. Un standard unique de normes internationales est même souhaité par une bonne partie des membres du G20.