Musique : Pourquoi le marché du disque vinyle est-il en plein embouteillage ?

CONSO La hausse du prix des matières premières ralentit le marché du vinyle

Noémie Penot
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Un homme chez un disquaire à Toulouse
Un homme chez un disquaire à Toulouse — Fred Scheiber
  • Le disque vinyle connaît un retour en force, à l’image des 500.000 copies tirées pour 30, le nouvel album d’Adèle qui sort ce vendredi.
  • Mais avec la pandémie de Covid-19, le coût des matières premières a augmenté, rallongeant les délais de fabrication.
  • Les manufactures de vinyles, déjà prises d’assaut par les « gros » artistes, sont confrontées à des embouteillages supplémentaires, ce qui désavantage les plus petits artistes.

Vous êtes plutôt pop, avec Adèle ? AfroPop, avec Tayc ? Ou rap, avec Orelsan ? Peu importe. Si vous êtes fan de vinyles, plusieurs sorties d’album sont attendues ce vendredi. Des tonnes de galettes noires ont été fabriquées, notamment pour 30, l’album d’Adèle. On parle de plus de 500.000 exemplaires rien que pour cet opus.

Un débarquement dans les bacs qui intervient sur un marché du vinyle sous tension depuis plusieurs années, et particulièrement depuis 2020. La pandémie est partiellement responsable, mais d’autres facteurs viennent entrent en jeu. 20 Minutes vous explique tout.

« Le vinyle fait un retour en force »

Le vinyle, c’est avant tout une histoire de renouveau. « On écoute un album en entier et on profite de toute l’expérience que l’artiste a imaginée. Ça change des plateformes streaming où l’on écoute différentes musiques », introduit Théo, 22 ans. Il n’y a donc pas que les Beatles ou  Pink Floyd, mais aussi du RnB, de la pop, du rap. Illustration avec l’album d’Orelsan. Presque naturellement, la jeune génération s’en est donc emparée : en juin 2020, le Syndicat national de l’édition phonographique (Snep) indiquait qu’en France, 42 % des acheteurs avaient moins de 30 ans.

Et qui dit nouveau public dit demande en hausse. Côté américain cette fois, sur les six premiers mois de l’année, les ventes de vinyles ont généré 467 millions de dollars. C’était 224 millions de dollars à la même période en 2019. « Il y a vingt-cinq ans, le vinyle ne marchait plus, confirme affirme Mathieu Dassieu, président de la Fédération Nationale des Labels Indépendants (FELin). Mais depuis quelques années, il fait un retour en force. Ce qui fait qu’aujourd’hui, la demande est largement supérieure à l’offre ». Il représente aujourd’hui en France, chez les disquaires et généralistes, 40 à 50 % du chiffre d’affaires pour les ventes physiques de musique.

Le polymère flambe

Mais cette demande accrue doit faire face à plusieurs obstacles. En cause notamment, la pandémie de Covid-19, ses restrictions sanitaires et ses confinements. Le schéma est désormais connu : les pays s’arrêtent puis redémarrent, créant un déséquilibre entre offre et demande. C’est le cas du pétrole et du polymère qui en découle. Une molécule servant à la fabrication des emballages alimentaires, des bouteilles en plastique, des pièces de voiture… et des disques vinyles.

Conséquence : des délais de fabrication rallongée et une hausse du prix de l’approvisionnement. « Le tarif des matières premières a augmenté de 30 à 40 % », rapporte Christian Rogerg, directeur commercial chez Starter Les Nouveaux Disquaires, réseau de disquaires indépendants.

Embouteillages dans les usines de pressage

Une demande en hausse, des difficultés à produire… C’est l’embouteillage dans les usines de pressage. D’autant qu’il y en a peu. Les quelques sites français, comme la manufacture de Vinyles d’Annecy, ou M Com’Music, à Rennes, ne peuvent concurrencer le géant tchèque GZ, sur lequel repose 80 % de la production mondiale. Sans compter que l’usine californienne Apollo Masters, l’un des deux seuls fournisseurs de laque – la matière servant à la gravure des disques – a brûlé en février 2020. Et les machines ? Aucune n’aurait été fabriquée depuis 1970. « Celles qui tournent actuellement, sont des machines qui n’ont pas été mises à la casse, selon Christian Rogerg. Parce qu’elles coûtent affreusement cher ».

Dans la bataille, ce sont donc comme souvent les « gros » (les majors et les importantes PME, à l’origine de 80 % des ventes, selon Mathieu Dassieu) qui mangent les « petits » (les labels indépendants). Et ce sont les artistes les plus bankables qui prennent d’assaut les usines de pressage.

Six mois pour une sortie

La pandémie a aussi chamboulé les agendas. Soprano, Florent Pagny, Tryo côté français ; Drake, Kendrick Lamar, Lil Nas X, Imagine Dragons à l’international… « En septembre, beaucoup d’artistes ont sorti leur nouvel opus », poursuit Mathieu Dassieu. Rajoutant de la congestion à la congestion. Actuellement, l’attente d’un artiste pour voir son album pressé en vinyle serait d’environ 6 mois. « Et chaque mois qui passe, on rajoute une semaine », complète le président de la Fédération Nationale des Labels Indépendants (FELIN). Pire encore chez les disquaires : certaines références connaissent des ruptures de stock. « Quand les fonds de catalogue – les albums qui ont entre 2 et 50 ans - sont écoulés, on sait qu’on n’en recevra pas d’autres », constate Christian Rogerg.

L’allongement du délai entre la sortie d’un album en digital – sur les plateformes de streaming – et sa sortie en vinyle représenterait un « manque à gagner de 30 à 50 % », selon Mathieu Dassieu.

« La Fnac épargne ses clients de la hausse des tarifs »

Pour ne pas perdre trop de marge, les « gros » labels ont augmenté leur grille tarifaire. « Nos disquaires ont commencé à ressentir la hausse des prix en avril 2021, d’abord avec Warner, puis avec Universal en juin », rapporte Christian Rogerg. Et Mathieu Dassieu d’ajouter : « la hausse des prix des matières premières est une aubaine les "majors", qui en profitent pour revendre 30 à 40 % plus cher aux magasins ».

Ce n’est pas le cas de tout le monde. Les grandes enseignes comme la Fnac épargnent leurs clients de la hausse des tarifs, puisqu’elles ont « un taux de commission fixe de 1,6 – 1,7 % environ », détaille le président de la FELIN. Fans de platines, faites tout de même attention à votre budget.