Soins : Pourquoi obtenir un rendez-vous chez l’orthophoniste est si compliqué ?

VIE PRATIQUE Entre l’augmentation du nombre de demandes de prise en charge et un numerus clausus trop strict, les orthophonistes en poste sont débordés

J.P. pour 20 Minutes
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Les troubles du langage, de la parole et de la voix constituent un handicap qui peut être traité grâce à des séances de rééducation
Les troubles du langage, de la parole et de la voix constituent un handicap qui peut être traité grâce à des séances de rééducation — iStock / City Presse

Apparaissant dès l’enfance ou plus tard, à la suite d’une maladie ou d’un accident, les troubles du langage, de la parole et de la voix constituent un handicap qui peut être traité grâce à des séances de rééducation avec un orthophoniste. Mais encore faut-il en trouver un…

Vous rendre votre voix

Profession médicale relativement récente – le statut légal a été obtenu en 1964 –, l’orthophonie se concentre sur tout ce qui a trait à notre capacité à nous exprimer. Un champ d’intervention large qui peut englober les difficultés d’apprentissage et l’illettrisme, mais aussi les troubles de la parole, de la respiration et de la déglutition après une maladie, comme un cancer par exemple, ou encore les troubles du langage après un accident vasculaire cérébral (AVC).

De la petite enfance jusqu’à la fin de vie, une grande variété de patients est donc amenée à consulter un orthophoniste. Ce dernier va commencer par dresser un bilan pour déterminer la nature des troubles et proposer des séances de rééducation adaptées pour les traiter. Il peut s’agir de faciliter la communication, de lutter contre le mutisme, d’apprendre à gérer un bégaiement, de redonner confiance, d’axer le travail sur la perception auditive ou encore de réaliser des exercices répétés. Les méthodes sont nombreuses et dépendent de la pathologie et du patient.

Une offre insuffisante

Au 1er janvier 2019, on recensait 25.607 orthophonistes en France, d’après la Drees. Un métier quasi exclusivement féminin – 96,8 % de femmes – et majoritairement exercé à titre libéral (20.787 libéraux ou mixtes, 1.876 hospitaliers et 2.868 autres salariés). Mais avec une densité moyenne de 38,2 professionnels pour 100.000 habitants, les praticiens sont submergés et il faut parfois attendre de très longs mois pour obtenir un rendez-vous.

La pénurie est d’autant plus grande que la demande augmente. Envoyer son enfant consulter dès qu’il a des difficultés en classe est en effet devenu un réflexe pour la plupart des parents qui ne savent pas déterminer si le problème relève de l’orthophonie ou d’un besoin de soutien scolaire. De même, le vieillissement de la population entraîne une augmentation des soins afin de ralentir la progression de maladies dégénératives ou de se remettre d’un AVC.

Un métier sous-payé

Les orthophonistes dénoncent depuis plusieurs années leurs conditions de travail. La Fédération nationale de la profession a d’ailleurs lancé en 2020 une pétition visant, entre autres, à revaloriser les salaires en milieu hospitalier et à augmenter le nombre d’étudiants. Car si le numerus clausus est un frein à l’activité, la pénurie de certains territoires s’explique aussi par la maigre rémunération des professionnels exerçant en tant que salariés.

Avec une paie tournant autour de 1.400 euros net par mois en début de carrière dans les hôpitaux et les centres médico-sociaux – soit le salaire d’un diplôme bac + 2 au lieu de bac + 5 –, les orthophonistes préfèrent se tourner vers le secteur libéral. Conséquence : des postes laissés vacants dans les structures publiques et des patients prenant d’assaut les cabinets privés surchargés.

Cinq années d’études

Le métier vous tente ? Il faut en passer par cinq années d’études post-bac dans un centre de formation universitaire en orthophonie (CFUO) afin d’obtenir le certificat de capacité d’orthophoniste (un diplôme de grade master), sésame indispensable pour exercer cette profession. Le programme comprend des cours théoriques d’anatomie, de physique acoustique mais aussi de linguistique ou encore de psychologie, sans oublier la réalisation de stages et d’un mémoire.

Le concours d’admission est soumis à un numerus clausus qui limite le nombre de places disponibles. À la rentrée 2020, 960 étudiants ont ainsi pu intégrer la vingtaine de centres de formation du territoire.