Mobilité : Comment accélérer le déploiement des voitures électriques en France ?

TRANSPORTS En septembre 2021, les voitures électriques ont représenté près de 13 % des ventes de véhicules neufs en France

Nicolas Raffin
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Une borne de recharge pour véhicule électrique à Toulouse.
Une borne de recharge pour véhicule électrique à Toulouse. — FRED SCHEIBER/SIPA
  • Les véhicules électriques neufs séduisent de plus en plus d’acheteurs.
  • Certaines ONG appellent la France a en finir au plus vite avec les moteurs thermiques, sachant que leur vente sera pour l’instant interdite à compter de 2040.
  • Des solutions existent pour accélérer cette transition, mais le changement de la flotte ne réglera pas tous les problèmes liés à la mobilité.

Alors que la COP26 sur le climat a démarré la semaine dernière, 20 Minutes s’intéresse au secteur des transports. En France, il représente 31 % des émissions de gaz à effets de serre. Et la moitié de ces émissions sont le fait des véhicules conduits par des particuliers. Dans ce cadre, la transition vers les véhicules électriques apparaît comme un levier efficace pour décarboner ce secteur, à condition de repenser en même temps les usages de la voiture.

Les derniers chiffres disponibles montrent une forte progression des voitures électriques. En septembre 2021, elles représentaient 12,7 % des ventes de véhicules neufs, contre seulement 2,5 % en septembre 2019. Néanmoins, la France est loin de faire le poids face à la Norvège, où 71 % des véhicules neufs sont électriques. 20 Minutes explore donc quelques pistes qui pourraient accélérer cette transition.

Durcir la législation sur les moteurs thermiques

En Norvège toujours, la vente de véhicules thermiques neufs, lourdement taxés, sera interdite dès 2025. En France, cet objectif a été fixé à… 2040. Un délai beaucoup trop long aux yeux de certaines ONG, comme la Fondation Nicolas Hulot (FNH). Dans une analyse publiée en 2019, elle rappelait que « pour être cohérent avec la fin de l’usage des carburants fossiles en 2050, cette fin de vente doit intervenir dès 2030, les véhicules ayant une durée de vie allant de quinze à vingt ans ».

La France pourrait néanmoins se retrouver bientôt sous pression. En effet, la nouvelle politique de l’Union Européenne sur le climat (« Fit for 55 ») prévoit une interdiction des ventes de véhicules thermiques – y compris des hybrides rechargeables – en 2035, soit cinq ans avant l’objectif national. Un délai qui fait grincer des dents les constructeurs automobiles français, qui mettent en avant le risque pour l’emploi en cas de transition trop rapide. Emmanuel Macron n’est pas insensible à leurs arguments, puisqu’il a annoncé vouloir négocier une dérogation pour les ventes d’hybrides rechargeables après 2035.

Maintenir les aides à l’achat pour les électriques

Actuellement, le coût à l’achat d’un véhicule électrique est bien souvent supérieur à celui de son homologue thermique, même si le rapport s’inverse lorsqu’on regarde le coût d’usage sur plusieurs années. Ainsi, selon une enquête de l’UFC Que-Choisir, un véhicule électrique moyen (type Tesla Model 3, Peugeot e-208) permet d’économiser environ 7.000 euros sur quatre ans par rapport à un concurrent essence, en incluant toutes les dépenses (achat, carburant, entretien…).

Néanmoins, le prix affiché en concession peut souvent rebuter les acheteurs potentiels. Actuellement, l’État accorde un bonus de 6.000 euros pour l’achat d’un véhicule électrique neuf, qui sera ramené à 5.000 euros à l’été 2022, sans garantie de prolongation pour les années suivantes. Pour l’UFC Que-Choisir, il faut maintenir ce bonus au moins jusqu’en 2025. Selon l’association, ce sera en effet à partir de cette date que les petits véhicules électriques (type Renault Zoé) seront compétitifs en termes de coûts par rapport aux thermiques.

Poursuivre le déploiement des bornes de recharges

« (Le déploiement de bornes de recharge) est un sujet qui est lié à l’autonomie des véhicules, rappelle Clément Molizon, délégué général adjoint à l’Avere (Association nationale pour le développement de la mobilité électrique). Si vous avez un réseau de recharge bien développé, vous pouvez vous permettre d’avoir des véhicules avec moins d’autonomie, et donc de plus petites batteries, ce qui réduit le coût de la voiture ».

Actuellement, la France compte 49.586 points de recharges « ouverts au public », et l’exécutif a promis d’arriver à 100.000 d’ici à la fin de l’année. L’autre objectif sera d’équiper toutes les aires d’autoroutes en bornes de recharges rapides d’ici à la fin 2022. « Ce sera un point important, notamment au moment des départs en vacances », note Clément Molizon.

La voiture électrique : une fausse bonne solution pour le climat ?

Toutes ces solutions ne doivent pas faire oublier que l’électrification des véhicules ne représente qu’une partie de l’enjeu climatique sur la mobilité. En effet, la production des voitures électriques émet encore beaucoup de CO2 : la principale cause étant que les batteries sont fabriquées pour l’essentiel en Asie, et que les usines de ce continent utilisent de l’électricité souvent produite à partir du charbon. Par ailleurs, si le véhicule est utilisé dans un pays peu développé en énergies renouvelables, sa recharge consommera aussi – indirectement – du CO2. Enfin, l’extraction des minerais (nickel, cobalt) nécessaires aux batteries génère souvent une pollution des sols et de l’eau près des lieux de production.

Interrogé par La Croix en 2019, Guillaume Pitron, auteur du livre La guerre des métaux rares rappelait enfin que le simple remplacement des véhicules ne suffirait pas dans la lutte contre le réchauffement climatique. « Ce sont nos modes de déplacements qu’il faut revoir : privilégier les transports collectifs, mais aussi agir contre l’étalement urbain, favoriser le télétravail… Une grande partie de la réponse à la pollution viendra aussi et surtout de nos comportements individuels et collectifs ».