Handicap : salariés-aidants, quels sont vos droits ?

Pratique Au quotidien ils bossent et épaulent leurs proches malades, vieillissants, handicapés, ou accidentés de la vie. Souvent dans l’ombre

Sylvie Laidet
Un salarié du privé sur cinq serait un proche aidant.
Un salarié du privé sur cinq serait un proche aidant. — S. van Erp de Pixabay
  • Ils ne se déclarent pas proches aidants, par peur d'être stigmatisés au travail. Pourtant, ils seraient 11 millions en France.
  • 45 % des aidants ont aménagé leurs horaires et 40 % sont à temps partiel afin de mieux accompagner leurs proches.
  • Le statut d'aidant familial ou de proche aidant donne des droits. Plusieurs dispositifs existent : le congé de proche aidant, le don de jours de congé ou RTT entre collègues, des plateformes de soutien psychologique voire des groupes de parole.

Faute de recensement officiel, les proches aidants seraient 11 millions, dont 62 % en activité. Un salarié du privé sur cinq serait donc dans cette situation d’épauler au quotidien un parent, un enfant, un conjoint… malade, en situation de handicap, vieillissant, victime d’un accident.

Pour être sur tous les fronts, 45 % ont aménagé leurs horaires et 40 % sont à temps partiel selon le baromètre « Aider et travailler 2020 » Tilia. 71 % ont peur d’être stigmatisés au travail et de passer pour les « boulets sur lesquels on ne peut pas compter ». Alors, ils se taisent et ne se déclarent pas proche aidant, alors que ce statut leur octroie des droits. Tout d’abord, un accès au congé de proche aidant. Des jours de congé indemnisés par la CAF (entre 43 et 52 euros par jour) leur permettent de s’absenter. A ce jour, sur 15.900 demandes la CAF n’en a accepté que 5.000.

« Il est peu mobilisé car très limité. Entre trois mois et un an maximum sur toute une carrière. Très peu au final. Et puis, la personne aidée doit avoir un certain de degré de dépendance pour que son aidant soit éligible. C’est un premier pas mais cela n’est pas suffisant », souligne Christine Lamidel, fondatrice et directrice générale de Tilia. Le don de jour de congés, de RTT, de récup’de collègues vers un autre collaborateur-parent d’un enfant gravement malade ou d’un proche aidant est également possible au sein d’une entreprise.

Pour encourager ce dispositif, des employeurs abondent même ce capital de jours supplémentaires. Chez BNP Paribas Personal Finance, les primes de scolarité et les bourses d’études supérieures destinées aux enfants des salariés aidants sont même majorées. Des groupes de parole avec d’anciens aidants ou des aidants salariés en poste sont également mis en place afin de favoriser les échanges de bonnes pratiques. Pour soulager la charge mentale de leurs salariés aidants, des employeurs leur donnent accès à des plateformes de soutien psychologique et/ou à des services facilitateurs.

Quand une maladie, un accident… survient dans un foyer, les proches aidants doivent rapidement trouver un kiné, un service de portage de repas, etc, pour s’occuper de la personne fragilisée. Le tout en bossant toujours la plupart du temps. Des prestataires de service mandatés par des employeurs, peuvent prendre en charge l’identification et la prise de rendez-vous avec des professionnels à la place du proche aidant.

« La moyenne d’âge d’un aidant est aujourd’hui de 49 ans et ne cesse de rajeunir. Les entreprises se saisissent du sujet car cela touche tous les niveaux hiérarchiques, y compris les talents à des postes clé », constate Christine Lamidel. Les Ministres Bourguignon et Cluzel ont à ce propos confié à la Plateforme RSE la réflexion d’un élargissement des critères RSE à ce sujet du salariat aidance.

Les jeunes aidants encore très invisibles

Ils aident leurs parents à se lever, se laver, assurent le suivi médical, administratif du foyer… Ils, ce sont les quelques 700.000 jeunes aidants, enfants, adolescents ou jeunes adultes, venant en aide, de manière régulière, à un proche malade, en situation de handicap ou de dépendance. Selon une étude Apicil*, ces jeunes sont invisibles car non repérés et non repérables.

Et pourtant, leur situation est à risque notamment dans leur scolarité et insertion professionnelle. « Ils doivent aussi faire face à des risques de rupture familiale, de crise d’identité et de troubles du développement psycho-affectif », soulignent les auteurs de l’étude. Dans le même temps, ce type de proche aidance revêt aussi des aspects positif. Ces jeunes développent un sens aigu de l’organisation, mais aussi une intelligence émotionnelle et une capacité à interagir avec des personnes aux besoins spécifiques. Voilà bien toute l’ambivalence de l’aidance.

*En partenariat avec l’Association Française des Aidants, Jeunes AiDants Ensemble et APF France handicap, réalisé par Handéo, sept. 2021.