Handicap : « On est considéré comme des sous-citoyens », plaide Julien Compan, l'un des sept élus sourds de France

Revendication Julien Compan est élu à l’urbanisme à la mairie de Massy. En France, ils ne sont que sept élus sourds. La faute à une politique peu inclusive, explique-t-il

Elodie Hervé
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Julien Compan, atteint de surdité, a célébré un mariage civil en juillet. Une victoire symbolique.
Julien Compan, atteint de surdité, a célébré un mariage civil en juillet. Une victoire symbolique. — B. Guigou
  • Alors que dans d'autres pays comme les Etats-Unis, les sourds occupent tous types de postes : médecins, avocats ou politiques, la France accuse un grand retard.
  • On ne compte que sept élus sourds dans notre pays. Julien Compan est l'un deux. Elu à l'urbanisme à la mairie de Massy, en région parisienne, ce Marseillais de 31 ans fait de l'inclusion des personnes sourdes son cheval de bataille.
  • Il s'est illustré en juillet dernier en devenant le premier élu sourd à célébrer un mariage civil.

Devant la mairie, trône le drapeau de la langue des signes. Julien Compan, 31 ans, élu à l’urbanisme le montre avec beaucoup de fierté. À ses côtés, Elodia Mottot interprète ce qu’il signe.

Julien Compan est l’un des sept élus sourds en France. Lui est à Massy, en région parisienne. « Quand le maire Nicolas Samsoen est venu me chercher pour que je sois sur sa liste, je ne voulais surtout pas être l’élu "handicapé" que l’on met en avant pour vendre un programme. Je ne voulais pas être un étendard. Ça n’a pas été le cas et aujourd’hui je m’occupe de ce qui correspond à mes études à savoir l’urbanisme. »

Ce Marseillais a fait ses études à Aix-en-Provence. Un BTS en bâtiment, puis une licence comme dessinateur projecteur avant de s’envoler pour Paris où la culture l’attirait plus que le soleil marseillais. « Il y a très peu d’interprètes en France et surtout des problèmes de budget dans les établissements publics. Résultat, pendant mes études c’était des AVS qui prenaient des notes pour moi pendant les cours. »

« On a un siècle de retard »

Si l’inclusivité des personnes sourdes est à la traîne en France c’est principalement à cause du congrès de Milan de 1880, qui a banni l’usage de la langue des signes pour les sourds au profil de l’oralité. « On a un siècle de retard, continue cet élu. Aux Etats-Unis, des sourds sont avocats, médecins ou autres. Il existe même une université pour les sourds. En France, on en est à se battre pour avoir un budget pour prendre un ou une interprète et disposer de ses droits de la même manière que n’importe quel citoyen. »

Pour les élus, Julien Compan explique que c’est à la municipalité de choisir de mettre en place ou non un budget accessibilité. « On est considéré comme des sous-citoyens, on dépend des municipalités et de leur budget pour savoir si l’on va pouvoir travailler sur nos dossiers en cours au même titre que les autres élus. » Alors avec le maire de Massy, ils ont écrit à trois ministères pour tenter de porter l’idée d’un budget neutre qui ne dépende pas des municipalités mais de l’Etat. « Il est temps d’inclure les sourds et les élus sourds dans la société ! »

Des exemples où il a été mis de côté, il ne les compte plus. Comme cette fois où une équipe en campagne le contacte peu avant les élections régionales. « Ils voulaient que l’on travaille ensemble sur plusieurs dossiers et je me suis dit pourquoi pas. » Sauf que le jour de la réunion, aucun interprète n’avait été prévu. Il leur a expliqué, à l’écrit, en avoir besoin pour participer et échanger. « Ils m’ont dit on vous recontacte. Cela fait bientôt un an et j’attends toujours qu’ils me recontactent. Je suis sûr la liste noire. », lâche-t-il dans un sourire.

A travers cet exemple personnel, Julien Compan tient à souligner à quel point être élu et sourd reste une exception en France. Non pas parce qu’il est moins compétent, mais parce qu’une fois encore, rien n’est fait pour inclure la différence. Qu’importe. En juillet dernier a célébré un mariage civil avec une interprète à ses côtés. Une victoire symbolique en attendant une égalité réelle.