Rénovation énergétique : Le plan « France Relance » a-t-il privilégié la rapidité plutôt que l’efficacité ?

EVALUATION Le comité d’évaluation du plan de relance annoncé en juillet 2020 adresse notamment quelques critiques au dispositif « Ma prime Renov’ »

Nicolas Raffin
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Un immeuble de logements dans le Val-de-Marne.
Un immeuble de logements dans le Val-de-Marne. — ISA HARSIN/SIPA
  • La première évaluation du plan « France Relance » a été publiée ce mardi.
  • Le comité en charge de cette évaluation s’est notamment penché sur les plans de rénovation énergétique.
  • La rapidité et la quantité ont été priorisées, au détriment des gains attendus.

Pour le gouvernement, c’est l’heure des bilans. Après sa réforme sur la fiscalité du capital examinée il y a quelques semaines, c’était au tour du plan «  France Relance » d’être passé au crible ce mardi par un comité d’évaluation indépendant. Composé d’élus, de représentants du patronat et des syndicats, mais aussi de hauts fonctionnaires, il a eu la lourde tâche d’estimer les effets de cette enveloppe de 100 milliards d’euros annoncée par Emmanuel Macron en juillet 2020.

Un timing très resserré qui fait dire au comité qu’ « à ce stade, l’évaluation ne peut être que partielle et provisoire. La phase de mise en œuvre du plan n’est pas encore clôturée. Un délai sera nécessaire pour apprécier l’impact des mesures, particulièrement celles donnant lieu à des investissements ou des travaux ». C’est notamment le cas pour tout ce qui concerne la rénovation énergétique, qu’il s’agisse de logements privés ou de bâtiments publics.

Des objectifs incomplets

Malgré cette limite méthodologique, le comité est parvenu à dresser un premier bilan de cet axe du plan « France Relance ». Deux objectifs étaient prévus : réduire la consommation d’énergie des bâtiments (et donc l’émission de gaz à effets de serre) et améliorer le confort des ménages résidents.

Problème : « Ces différents objectifs n’ont pas été précisés par des cibles quantitatives. Aussi est-il difficile d’apprécier leur atteinte », regrette le comité. Selon lui, « l’impératif de rapidité (…) n’a pas nécessairement conduit à soutenir les projets les plus efficients du point de vue des économies d’énergie à long terme ».

Des gains énergétiques très modestes

Illustration avec les travaux dans les logements privés, facilités par le dispositif « Ma prime Rénov’ ». Ce dernier existe depuis début 2020 et a bénéficié de financements supplémentaires avec « France Relance ». A première vue, c’est un vrai succès. Plus de 550.000 demandes de subventions pour rénover un logement ont déjà été validées. La plupart concernent par ailleurs des foyers avec des revenus modestes. « MaPrimeRénov serait ainsi en passe d’atteindre, dès 2021, 700.000 dossiers validés, objectif initialement fixé à 2022 », note le comité.

Pas mal donc. Pourtant, cette prime « n’est pour l’essentiel pas conditionnée à l’atteinte d’objectifs de gain énergétique ». Ceux-ci seraient pour l’instant très modestes : « le gain énergétique relatif aux travaux validés est estimé (…) à 1,7 TWh/an », ce qui représente « 0,4 % de la consommation énergétique des résidences principales en France en 2019 ». Une réduction très minime, qui s’explique par le fait que les travaux financés sont souvent des « mono-gestes » (isolation des combles, changement de fenêtres…) et non des rénovations globales, beaucoup plus efficaces.

Relancer le bâtiment

Le comité fait la même lecture pour la rénovation des bâtiments publics. Dans le cadre du plan de relance, 4.214 projets ont été sélectionnés, pour un montant total de 2,8 milliards d’euros. « Le dispositif a financé une large palette de travaux sans nécessairement prioriser les gestes les plus efficients, dès lors que les projets ont été sélectionnés sur la base d’un ensemble de critères dont la performance énergétique annoncée ne représentait qu’une partie ».

En effet, l’exécutif souhaitait que les travaux de rénovation se terminent au plus tard fin 2023. L’objectif étant de soutenir au plus vite le secteur du bâtiment et lui permettre d’avoir une activité immédiate, quitte à mettre au second plan les gains énergétiques. L’évaluation du plan « France Relance » n’est pas terminée : le comité publiera une mise à jour l’année prochaine, avec de nouveaux objectifs analysés, comme le soutien à l’achat de véhicules propres.