Hausse des prix du carburant : « Je ne sors presque plus le week-end »… Comment les automobilistes s’adaptent avec un budget serré

CONSOMMATION Les prix de l’essence et du diesel poussent certains automobilistes à changer leur comportement

Nicolas Raffin
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La hausse des prix des carburants obligent les automobilistes aux revenus limités à s'adapter.
La hausse des prix des carburants obligent les automobilistes aux revenus limités à s'adapter. — FRANCOIS GREUEZ/SIPA
  • Les prix des carburants ne cessent d’augmenter depuis plusieurs semaines.
  • Certains lecteurs de 20 Minutes ont donc décidé de moins utiliser leur véhicule.
  • D’autres assurent en revanche qu’ils n’ont pas le choix pour se rendre à leur travail.

Le gouvernement a fait un geste, mais cela suffira-t-il pour alléger durablement la facture des automobilistes ? Jeudi soir, sur TF1, le Premier ministre Jean Castex a annoncé la création d’une « indemnité inflation ». D’une valeur de 100 euros, elle sera versée automatiquement à chaque Français gagnant moins de 2.000 euros net par mois.

Cela se fera en décembre pour les salariés, en janvier pour les fonctionnaires, et ultérieurement pour les indépendants, les chômeurs et les retraités. Soit « 38 millions de personnes au total », selon le chef du gouvernement. Une mesure « qui se voit », a-t-il insisté, et qui vise notamment à faire face à la flambée des prix à la pompe : très récemment, le diesel a encore battu un record avec un prix moyen de 1,55 euro le litre. Le SP95 s’écoulait quant à lui à 1,65 euro/litre, un niveau proche du maximum atteint en 2012.

En attendant de voir arriver cette indemnité sur leur compte en banque, certains automobilistes interrogés par 20 Minutes assurent avoir modifié leurs habitudes de consommation. « Avec 1.000 kilomètres par mois et un plein qui coûte 90 euros, le calcul est vite fait, explique Alexandre, fonctionnaire territorial. Plus de sorties, je suis obligé de faire attention à mon budget, avec deux prêts à rembourser ».

« Mon budget carburant a explosé »

Pour certains, l’adaptation est encore plus radicale. « Avec l’augmentation du prix de l’essence, et l’obligation d’aller travailler sur site alors que mon entreprise est éligible au télétravail, je me vois forcée de chercher un nouvel emploi plus proche de mon domicile », regrette Emilie, qui travaille dans les assurances. « En attendant, poursuit-elle, je limite mes déplacements, et donc je ne sors presque plus le week-end pour équilibrer le budget ».

Même si le carburant ne représente, en moyenne, que 3,3 % des dépenses de consommation des ménages, il pèse beaucoup plus lourd chez certaines familles. « Mon budget carburant a explosé (350 euros par mois) », déplore Wesley, âgé de 30 ans. « Avec un seul salaire dans notre foyer et un enfant en bas âge, nous allons être obligés de déménager pour nous retrouver dans un 25 m2, afin de pouvoir vivre dignement et répondre aux besoins de la famille ».

D’autres lecteurs de 20 Minutes ont pris les devants depuis quelque temps. « Depuis le premier confinement, je fais de nombreux trajets en vélo, confie Magali. Pour aller au travail (à 7 km de mon domicile), pour emmener mes enfants ou pour faire les courses. Je dois économiser au moins 250 euros par mois et je regrette de ne pas m’y être mise plus tôt ! ».

« On subit mais cela ne pourra pas durer »

En revanche, toute une partie des témoignages souligne le caractère encore indispensable de la voiture dans certaines situations. « Vivant à la campagne, je prends mon véhicule pour amener mes enfants à l’école, mais aussi pour ma recherche d’emploi, nous explique Geoffroy. Je ne peux donc pas restreindre mes déplacements. »

« Etant boulanger, je ne peux pas me permettre de changer de moyen de transport, renchérit Damien. Donc je suis contraint de payer mon plein plus cher, surtout dans les Vosges, où les emplois sont en moyenne à 20 minutes de trajet. Donc on subit, mais cela ne pourra pas durer ». Selon l’Insee, 74 % des actifs utilisent leur voiture pour le trajet domicile-travail. Ce mode de transport reste majoritaire (56 %) même lorsque la distance est inférieure à 2 km.

Baisser les prix des carburants, une technique rentable pour la grande distribution ? 

 

Prix coûtant et réductions à gogo: la grande distribution rivalise de promotions sur le carburant face à la flambée des prix, sur un produit qui lui rapportait déjà peu de marge. Les centres E.Leclerc ont ainsi décidé que toutes leurs stations-services hors autoroute vendraient le carburant à prix coûtant jusqu'à la fin du mois. 

Casino, qui proposait déjà une offre similaire ponctuellement, a renchéri avec un système de bons d'achat censé faire passer le plein à un euro le litre, tandis que Carrefour a lancé une remise de cinq euros pour chaque plein d'au moins 25 litres.

 

Un produit d'appel 

Au-delà des belles intentions affichées, ces promotions sur le carburant restent dans la droite ligne des stratégies des distributeurs. Le carburant est pour eux un produit d'appel: moins il est cher, plus les automobilistes vont venir et peut-être en profiter pour faire leurs courses dans le magasin.

Les distributeurs ont aussi un intérêt à encourager les consommateurs à prendre leur voiture, analyse Yves Marin, expert de la distribution au sein du cabinet Bartle, «car les hypermarchés sont à 15 minutes de trajet en moyenne».

Leurs marges sur le carburant sont donc réduites: elles sont en moyenne de 0,3 et 1,5 centime par litre, contre 1 à 2 centimes pour les stations-services classiques, d'après le Conseil national des professions de l'automobile (CNPA). En outre, les hypermarchés peuvent se permettre des prix bas parce qu'ils dépendent aussi beaucoup moins de la vente de carburant que du reste de leurs activités.

 

 

 

 

(Avec AFP)