A Saint-Malo, la bataille fait rage pour encadrer « la spéculation immobilière » des locations Airbnb

TOURISME Plusieurs collectifs doivent prendre la parole ce samedi devant le siège parisien de la plate-forme de location en ligne

Camille Allain
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Une plage de Saint-Malo, photographiée depuis les remparts.
Une plage de Saint-Malo, photographiée depuis les remparts. — C. Allain / 20 Minutes
  • Un rassemblement devant la presse est prévu ce samedi à Paris devant le siège français d'Airbnb, à l'appel de plusieurs collectifs français.
  • Dans les lieux les plus touristiques, de nombreux logements sont désormais utilisés à 100% pour de la location courte durée.
  • Les habitants dénoncent la flambée des prix mais aussi les nuisances subies en raison du nombre croissant de touristes de passage.

Leur ville est sans doute l’une de celle qui a pris la décision la plus radicale en France. Mais leur combat ne s’arrête pas là. Ce samedi, plusieurs collectifs prendront la parole devant le siège français de l’entreprise Airbnb à Paris. Une idée portée par le collectif « Saint-Malo, j’y vis, j’y reste » mais qui réunira des associations de plusieurs spots touristiques du pays : l’île de Groix et Douarnenez pour la Bretagne, mais aussi le Pays basque et évidemment Paris, l’une des premières concernées.

Depuis des années, ces habitants tentent de faire réglementer les locations touristiques proposées par les plates-formes comme Airbnb ou Abritel. Leur argument principal ? « La spéculation immobilière ». L’équation est simple. En louant leur appartement à la semaine l’été au même prix qu’un mois de loyer d’un occupant longue durée, les propriétaires chassent les résidents à l’année et font flamber les prix. D’autant plus quand certains en ont fait un business, créant des sociétés civiles immobilières (SCI) et multipliant l’achat de logements.

« Cette activité est devenue un véritable business »

Souvent décriées par les municipalités, ces locations courte durée sont de plus en plus encadrées. A Marseille, la ville a limité à deux le nombre de résidences secondaires d’un propriétaire. « Cette activité est devenue un véritable business, piloté par un petit nombre de fortunés », dénonçait Patrick Amico, adjoint au maire de la cité phocéenne. En mai, Saint-Malo a fait beaucoup plus fort. D’abord en imposant un quota à ne pas dépasser par quartier : 12,5 % pour l’intra-muros mais pas plus de 1 % dans d’autres secteurs de la ville. Elle a aussi limité à une seule demande par propriétaire, écartant au passage les personnes morales comme les SCI. Précisons qu’un résident qui occupe son logement au moins huit mois dans l’année peut en faire ce qu’il veut et sans aucune autorisation nécessaire.

Il faut dire que la situation s’est nettement dégradée pour les habitants et commerçants de l’intra-muros ces dernières années, notamment depuis la livraison de la LGV en 2017, qui a mis Saint-Malo à un peu plus de deux de Paris en train. « J’ai l’impression de vivre dans un hôtel avec des allées et venues matin et soir », témoignait récemment une habitante des remparts. Ce nouveau règlement instauré par la municipalité a été applaudi par les habitants. Devant le siège de la plate-forme de location, les collectifs entendent encourager cette décision et dénoncer « le surtourisme ». Dans un communiqué, ils évoquent « les nuisances et incivilités » liées aux touristes de passage.

Dans la cité corsaire, tout le monde ne partage pas le même enthousiasme. A commencer par les propriétaires de logements locatifs. Ces derniers ont fait appel à deux avocats pour attaquer la décision de la ville en justice. Estimant que la municipalité a outrepassé ses compétences, agissant avec abus de pouvoir. Ces derniers jugent que la limite d’un logement par personne est contraire à la loi. La procédure devrait durer au moins un an.