Hérault : Les distributeurs automatiques de fruits et légumes donnent la patate aux agriculteurs

AGRICULTURE Dans l'Hérault, de plus en plus de producteurs craquent pour ces machines, qui permettent d'acheter des fruits et des légumes à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit

Nicolas Bonzom
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Loïc Bruté de Remur, à Saint-Jean-de-Védas, a ouvert un cabanon avec 110 casiers réfrigérés, aux Vergers de Saint-Jean
Loïc Bruté de Remur, à Saint-Jean-de-Védas, a ouvert un cabanon avec 110 casiers réfrigérés, aux Vergers de Saint-Jean — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Plusieurs agriculteurs de l’Hérault ont installé sur leurs exploitations des distributeurs automatiques de fruits et de légumes, accessibles à n’importe quelle heure.
  • Pour Sébastien Delmas, agriculteur à Teyran, ces casiers connectés ont « permis d’attirer une clientèle que nous n’avions pas, notamment les jeunes ».
  • Loïc Bruté de Rémur, gérant des Vergers de Saint-Jean, souhaite, lui, convaincre des promoteurs immobiliers de céder une place à ce concept au bas de leurs immeubles.

Dans ces distributeurs automatiques, pas de sodas ou de barres chocolatées, mais des fruits et des légumes frais. Dans l'Hérault, plusieurs agriculteurs, soucieux de mettre leurs produits à la disposition des clients à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, ont craqué pour ces machines, en plein essor.

Comme avec n’importe quel autre distributeur, on sélectionne le produit qui nous intéresse grâce à un numéro, on paie (avec une carte bancaire, la plupart du temps), le casier s’ouvre et on récupère le cageot de victuailles. Denis Dorques, à la tête d’une ferme bio, à Villeveyrac, fut l’un des premiers dans le département à installer ce dispositif sur son exploitation, en 2013. Il dispose aujourd’hui d’une trentaine de casiers. « Nous cherchions à diversifier nos points de vente, et à pouvoir vendre nos produits sans être là, explique l’agriculteur héraultais. Parfois, quand vous ouvrez un magasin, on fait un chiffre d’affaires qui ne paie pas le temps qu’on y a passé. »

Ce n’est qu’un « revenu annexe »

Si, avec ce type de machine, le lien entre le consommateur et le producteur est un peu rompu, ceux qui le souhaitent peuvent, toujours, acheter leurs produits de façon plus traditionnelle : l’exploitation de Denis Dorques est une Association pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap), qui repose sur un partenariat entre les clients et le producteur. « Le distributeur, c’est plutôt pour ceux qui n’ont pas nécessairement envie de ce lien-là, et qui ont besoin d’une salade et d’une tomate, pour le dîner », poursuit l’agriculteur. Toutefois, Denis Dorques note que ce n’est qu’un « revenu annexe ». On ne vit pas uniquement, en tant que producteur, via les ventes du distributeur.

Sébastien Delmas, de l’exploitation Croquez du frais, à Teyran, a installé un tel robot en 2019. Et ça marche. « Particulièrement quand la boutique est fermée, le samedi après-midi, le dimanche ou les jours fériés, confie le producteur. C’est un bon investissement. Mais cela prend du temps, pour réaliser les paniers, et approvisionner le distributeur. » Ce qui est intéressant, poursuit l’agriculteur héraultais, c’est que cette machine « nous a permis d’attirer une clientèle que nous n’avions pas, notamment les jeunes, qui ne faisaient pas forcément la démarche d’entrer dans la boutique ».

Le distributeur de Croquez du frais est ouvert tous les jours de 7h à 22h.
Le distributeur de Croquez du frais est ouvert tous les jours de 7h à 22h. - N. Bonzom / Maxele Presse

Bientôt en ville, en bas des immeubles ?

Loïc Bruté de Rémur, le gérant des Vergers de Saint-Jean, à Saint-Jean-de-Védas, mise, lui aussi, sur ces casiers connectés. On entre dans un cabanon, de jour comme de nuit, et on achète les produits de l’exploitation, mais aussi les pâtés, les saucisses, les huîtres ou les jus de fruits des paysans du coin. Voilà une quinzaine d’années que cet ancien manager dans l’agroalimentaire songeait à craquer pour ces distributeurs. Mais ils étaient encore assez mal foutus, à l’époque. « Les solutions n’étaient pas adaptées au climat, explique l’Héraultais, qui travaille avec de grands chefs du coin. Dans un mur de casiers non réfrigérés, une fraise, un abricot… Je vous laisse imaginer. »

La technologie a, depuis, évolué. Et Loïc Bruté de Rémur, confronté aux bouleversements de la crise sanitaire, a décidé d’installer, en partenariat avec l’entreprise spécialisée Natur’O Frais, 110 casiers en libre-service climatisés selon les besoins des produits. « C’est, pour nous, une vraie expérience », confie-t-il. Mais il n’a pas prévu de s’arrêter là. Il souhaite installer ce type de distributeurs en ville, en séduisant, notamment, des promoteurs immobiliers, qui accepteraient de céder une petite place à ce concept au bas de leurs immeubles. « J’ai bon espoir que certains s’y intéressent, confie Loïc Bruté de Rémur. Cela ne s’est fait encore nulle part. »