Carburants : Gabriel Attal envisage des « mesures de protection » face à la hausse des prix

ENERGIE Les marges de manœuvre du gouvernement restent cependant assez réduites pour gérer ce sujet socialement et politiquement explosif

M.F avec AFP
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Gabriel Attal a assuré que le gouvernement se disait prêt à des mesures de protection face à des prix à la pompe qui atteignent actuellement des records.
Gabriel Attal a assuré que le gouvernement se disait prêt à des mesures de protection face à des prix à la pompe qui atteignent actuellement des records. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

La hausse des prix à la pompe pourrait bien pousser le gouvernement français à intervenir pour limiter la casse. La semaine dernière, le litre de gazole valait en moyenne 1,5354 euro, son record historique, selon les chiffres officiels. Le Super SP 98 a pour sa part atteint 1,6332 euro, un niveau qui n’avait plus été vu depuis près de dix ans. « Dès lors que ces hausses se poursuivraient et que les estimations qui sont faites indiqueraient qu’elles devraient se poursuivre dans la durée, évidemment que nous considérerions des mesures de protection », a indiqué mercredi le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, sans donner plus de détail sur les travaux en cours.

La question est ultra sensible pour le gouvernement, alors que les prix du carburant ont déjà dépassé ceux de l’automne 2018, lors du déclenchement du mouvement des « gilets jaunes ». A six mois de la présidentielle, plusieurs candidats se sont aussi emparés de ce thème et ont avancé des propositions. Alors que la France est comme le reste de l'Europe et du monde confrontée à une augmentation des prix des énergies, sur fond de reprise économique mondiale, l’exécutif a déjà annoncé des mesures spécifiques pour le gaz et l’électricité. Mais aucune sur les carburants pour l’instant.

Les distributeurs invités à réduire leurs marges

La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a demandé mardi aux distributeurs « de faire un geste en cette période difficile en réduisant leurs marges ». « La marge nette des distributeurs est de l’ordre de 1 centime par litre donc nous estimons qu’à ces niveaux-là il n’est pas raisonnable de les réduire davantage », réagit Olivier Gantois, président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip).

« Les distributeurs de carburants ne sont pas des voleurs de marge », abonde Francis Pousse, du Conseil national des professions de l’automobile (CNPA). « Que le carburant soit à 1 ou à 2 euros, on a toujours la même marge », souligne-t-il également. Les professionnels mettent en avant la très forte concurrence existant sur le marché français, avec un poids important de la grande distribution, qui tire plutôt les prix vers le bas.

Le prix du baril de pétrole dopé par la reprise économique mondiale

La flambée actuelle pour les automobilistes fait mécaniquement suite à la remontée du baril de pétrole, dont les cours ont été dopés par la reprise économique mondiale. Pourtant les cours, au-dessus de 80 dollars le baril, sont loin de leurs records historiques. « Il y a eu une augmentation de la fiscalité du gazole de 16 centimes par litres depuis 7 ou 8 ans. Du coup si on compare avec les prix du brut d’avant cette période-là, la comparaison est biaisée », relève Olivier Gantois.

La taxation représente plus de la moitié du prix du carburant. D’abord avec la Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), qui représente la quatrième recette fiscale de l’Etat derrière la TVA, les impôts sur le revenu et sur les sociétés (33,2 milliards d’euros de recettes en 2019). Ensuite, la TVA s’applique à la fois sur le carburant et sur la TICPE.

L’arme de la fiscalité, la solution miracle ?

« Aujourd’hui, sur un litre de gazole vous avez 66 centimes de TICPE et à peu près 20 centimes de TVA collectée sur le prix de vente… S’il faut faire un effort, n’est-ce pas logique que ce soit celui qui empoche le plus qui fasse l’effort ? », demande Francis Pousse, pointant la responsabilité de l’Etat.

De nombreux candidats à la présidentielle souhaitent de fait utiliser l’arme de la fiscalité, quitte à peser sur les finances publiques. Marine Le Pen (RN), Anne Hidalgo (PS) ou Arnaud Montebourg (ex-PS) prônent ainsi une baisse de la TVA. L’écologiste Yannick Jadot a défendu une fiscalité « flottante » – qui s’adapte en fonction des cours du brut. Gabriel Attal a pour sa part évoqué « plusieurs pistes » : « il y a la question de la baisse des taxes – on n’en est pas là aujourd’hui - ; il peut y avoir une question d’une aide spécifique ».