Prix de l’énergie : Le « bouclier tarifaire » de Jean Castex peine à convaincre

ENERGIE La hausse des factures sera décalée et lissée dans le temps

Nicolas Raffin
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La facture d'électricité s'annonce plus salée. (illustration)
La facture d'électricité s'annonce plus salée. (illustration) — XAVIER VILA/SIPA
  • Face à la hausse des prix de l’énergie, le gouvernement va mettre en place un « bouclier tarifaire », comme l’a annoncé jeudi soir Jean Castex.
  • Ce dispositif sera temporaire, et des hausses de tarifs sont à prévoir dès avril 2022.
  • L’opposition et plusieurs associations regrettent la faiblesse du dispositif.

Protéger les Français… et la popularité de l’exécutif. C’était la mission de Jean Castex jeudi soir, sur le plateau de TF1. Face à la flambée des prix de l’énergie, le Premier ministre a annoncé la mise en place d’un «  bouclier tarifaire ». « Il n’y aura plus d’augmentation du prix du gaz » à partir de novembre, a-t-il promis. Il a en effet bondi de 57 % depuis le début de l’année, et augmentera encore de 12,6 % ce mois-ci. Sans action du gouvernement, la facture aurait pu gonfler encore plus : « On nous prévoit 30 % d’augmentation d’ici à la fin de l’année » a assuré le Premier ministre.

Pour l’électricité, c’est la hausse prévue en février 2022 qui sera en partie enrayée. Alors que le gouvernement envisageait un bond de 12 %, Jean Castex a assuré que les factures n’augmenteraient que de 4 % l’année prochaine. « Pour un Français se chauffant à l’électricité, cette augmentation se matérialisera sur sa facture à hauteur de 5 euros par mois », précise Matignon.

Hausse décalée et lissée

Afin de déployer son fameux « bouclier », l’exécutif possède une arme de choix : les tarifs réglementés de l’électricité et du gaz. Pour les modifier, rien de plus simple, il lui suffit de publier un arrêté au Journal Officiel. Concernant le gaz, ce sont 5 millions de foyers qui verront ainsi leurs factures gelées… temporairement.

L’exécutif garde en effet en mémoire les précédentes tentatives de gels des tarifs sous François Hollande et Nicolas Sarkozy. A chaque fois, les blocages décidés avaient fait l’objet de recours en justice, et les consommateurs s’étaient retrouvés avec des factures de rattrapage. Cette fois-ci, il n’y aura pas de surprise. Jeudi soir, Jean Castex s’est empressé de dire que la hausse évitée en hiver serait compensée progressivement dès le printemps 2022 : « à partir d’avril (…), nous répercuterons la hausse d’aujourd’hui ». « Le lissage des tarifs du gaz [pourra] s’étaler jusqu’à 18 mois », précise Matignon à 20 Minutes.

Une menace pour les fournisseurs alternatifs ?

Si les consommateurs sont donc protégés temporairement contre les hausses, ce n’est pas le cas des fournisseurs alternatifs, dont certains tarifs sont indexés sur les prix réglementés. Avec le gel annoncé, ils devront donc, pendant quelques mois, payer leur électricité très cher sans pouvoir compenser le surcoût.

« La trésorerie des fournisseurs alternatifs ne sera pas en capacité d’absorber » ce creux de recettes, réagit auprès de l’AFP Naïma Idir, présidente de l’association Anode, qui regroupe notamment TotalEnergies, Vattenfall, Enercoop… « Les avances de trésorerie dont il est ici question sont d’un ordre de grandeur tout à fait gérable pour les distributeurs » rétorque Matignon, toujours auprès de 20 Minutes.

Les associations veulent une baisse de la TVA

Pour les clients, la hausse de la facture devrait donc intervenir… après l’élection présidentielle, dont le premier tour est prévu le 10 avril. Il n’en fallait pas plus à l’opposition pour y voir une manœuvre politique. « Macron bloque cette augmentation jusqu’à la présidentielle pour ne pas que ça se voit » s’indigne Luc Carvounas (PS), tandis que Marine Le Pen parle de « mesurettes électoralistes ».

Du côté des associations de consommateurs, la mesure choisie par le gouvernement ne soulève pas non plus un enthousiasme débordant. « Au global, les consommateurs ne tireront aucun bénéfice d’un gel des tarifs » remarque l’UFC Que-Choisir. Pour l’association CLCV, « une baisse de la TVA serait une mesure additionnelle simple et efficace ». Actuellement, la TVA sur la consommation de gaz est fixée à 20 %. En Espagne, le gouvernement a choisi cet été de baisser cette taxe, ce qui n’a pas suffi à enrayer l’explosion des factures.