Marseille : « On prolongera les lignes de tramway existantes avec l’argent du président », annonce Catherine Pila, présidente de la RTM

INTERVIEW La présidente de la RTM Catherine Pila détaille les pistes de développement des transports en commun qui seront présentées à Emmanuel Macron le 15 octobre prochain

Propos recueillis par Mathilde Ceilles
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Illustration du tramway à Marseille
Illustration du tramway à Marseille — Nicolas TUCAT / AFP

Cela faisait partie des annonces tonitruantes d'Emmanuel Macron. Lors de sa dernière visite à Marseille, le chef de l’Etat s’est engagé à dégager une enveloppe d’un milliard d’euros, dans le but de créer quatre lignes de tramway et cinq lignes de bus à haut niveau de service (BHNS). A quinze jours d’une nouvelle visite du chef de l’Etat, la présidente de la RTM (LR) Catherine Pila fait le point sur la feuille de route qu’elle s’apprête à rendre au président.

La présidente de la RTM Catherine Pila

D’où est sorti ce chiffre de quatre lignes de tramway citées par le président ?

Il y a un tronçon entre Castellane et la Gaye en 2025, un autre entre Rome et Place du 4 septembre pour 2026, un autre entre La Gaye et La Rouvière en 2028, et un dernier entre National, Arenc et la Belle de Mai en 2030.

Mais ce ne sont pas des nouvelles lignes ? Le président avait parlé de « création »…

C’est effectivement des prolongements, notamment de la ligne 3 du tramway. Il n’y a aucun intérêt, ni dans l’opérationnel, ni financièrement, à repartir sur de nouvelles lignes. On prolonge les lignes existantes. Mais, finalement, ce sont de nouveaux chantiers, et elles deviennent, de fait, de nouvelles lignes.

Le président a évoqué également des lignes de bus à haut niveau de service (BHNS). Quelles sont-elles ?

Il y a d’abord la création d’une ligne entre Gèze et la Fourragère en 2024. On a aussi la connexion de plusieurs BHNS. On a présenté tous ces projets lors du déjeuner avec le président de la République un projet de développement des transports (Elle déplie un schéma). Ça, c’est tout ce qu’on voudrait. Il y a des choses votées, et qui seront réalisées. Il y a aussi des vœux pieux.

Les projets de développement des transports présentés à Emmanuel Macron lors de sa dernière visite à Marseille
Les projets de développement des transports présentés à Emmanuel Macron lors de sa dernière visite à Marseille - RTM

Quels sont les « vœux pieux » comme vous le dites ?

Tout ce qui se fera beaucoup plus tard, après 2030. Le prolongement du tramway vers la Belle de Mai par exemple n’est pas voté. On nous parle de prolongement de métro. On n’y est pas encore. La présidente l’a dit au chef de l’Etat : on aurait besoin d’un milliard pour les transports…

C’est ce qu’il apporte, non ?

Il promet 250 millions offerts entre guillemets, une sorte de cadeau présidentiel à la métropole. On devrait avoir le milliard en 2025 à peu près. Ce n’est pas demain quoi. Et c’est une avance à rembourser. Est-ce qu’on arrivera à tout financer ? Il faut voir.

Qu’allez-vous pouvoir faire avec les 250 millions donnés par l’Elysée ?

Logiquement une partie de l’extension du tram et une partie des BHNS. Est-ce que le 15 octobre, quand le président revient, on propose tout ou on propose qu’une ligne de tram et deux BHNS ? On ne le sait pas encore, on est en train de travailler dessus, en réunion d’équipe, avec la directrice générale à la mobilité et la présidente de la métropole Martine Vassal. Nous allons utiliser aussi une partie, à définir, pour l’automatisation du métro à 600 millions, qui était déjà prévue et financée.

Donc le président ne financera pas de nouveaux projets ?

L’automatisation de notre côté, ça aurait été bon sans cet argent, mais sans l’aide du président, ça aurait été de l’endettement supplémentaire. Là, on s’endettera différemment. Ce qu’on ne mettra pas dans le métro, on le mettra dans le tram. L’essentiel est d’avoir 250 millions sur la table, sonnants et trébuchants. Et en termes d’image, le président nous aura aidés à automatiser le métro.

Quand ces 250 millions devraient-ils arriver dans les caisses de la métropole ?

On n’a pas de date. Le 15 octobre, on soumet au président. Le 5 février, le président revient. Et ensuite on aura les orientations.

Les élections présidentielles seront quelques semaines après. N’avez-vous pas peur de travailler dans le vide, ou d’être prisonnière d’échéances électorales ?

S’il s’engage et signe le 5 février, qu’il soit président ou pas le 24 avril, je doute que son successeur, si ce n’est pas lui, se dédise sur le sujet. Et moi, je ne suis prisonnière de rien. Ça peut être vu comme une séquence électorale. Ça serait dommage que Marseille soit au cœur d’un combat politique à quelques mois de la présidentielle. Moi, je le vois comme une aide à Marseille qui a manqué de soutien de l’Etat de la part des présidents précédents.

Qu’est-ce que la création d’un groupement d’intérêt public (Gip) va-t-elle changer ?

Le Gip va permettre d’encadrer à la fois la manne et les projets. J’espère aussi vraiment que cela va aboutir à un consensus qui fasse travailler main dans la main les différentes collectivités. Le Printemps marseillais a gagné la ville. Martine Vassal a gagné la métropole. Il y a des divergences de point de vue. On en est tous conscients. Le but du Gip est de travailler tous ensemble, en évitant les accrocs. On a bien compris que s’il n’y a pas de consensus, il n’y aura pas d’aide financière. S’il n’y a pas d’aide financière, c’est la ville qui va en souffrir.

Mais vous commencez à travailler sur des projets à soumettre au Président, sans en associer la ville. N’est-ce pas paradoxal de vouloir dans ces conditions le consensus ?

Pour l’instant, le Gip n’est pas encore constitué. Il est au point mort. On n’a ni les modalités ni le calendrier. Pour l’instant, c’est donc à la métropole de faire des propositions. Une fois les propositions acceptées, il y aura la création du Gip et alors on devra être dans une discussion de consensus.

Pourquoi ne pas avoir travaillé même de manière informelle avec la ville de Marseille ?

Alors, là, je vais vous dire. La ville de Marseille aurait pu, même de manière informelle, nous informer de la piétonnisation du Vieux-Port avant d’y travailler avec des services qui n’ont pas compétence sur la mobilité. Mais ça, c’est la petite guéguerre politique.

On retombe donc dans les « chicayas locaux » fustigés par Emmanuel Macron…

On y retombera forcément. Mme Gatian, l’adjointe au maire en charge de la mobilité, est certainement quelqu’un de bien sympathique, mais elle ne siège pas à la métropole. Ça fait partie des paradoxes. Actuellement, on travaille à un premier jet. On fait des propositions. Elles plairont ou non le 15 octobre. On travaille à une réécriture et le 5 février, logiquement, on a une feuille de route avec les millions alignés. Et quand le Gip sera créé, on tendra la main à la ville de Marseille.