Combien de temps la pénurie de vélos va-t-elle durer en France ? (Un indice : soyez patients)

RUPTURE Le retour à la normale pourrait prendre plus d’un an

Nicolas Raffin
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Face à la pénurie, Jean Castex essaie discrètement de voler une roue pour son vélo.
Face à la pénurie, Jean Castex essaie discrètement de voler une roue pour son vélo. — Stephane AUDRAS/POOL/SIPA
  • La forte demande pour le vélo conduit à des tensions mondiales d’approvisionnement.
  • Certaines pièces essentielles à l’assemblage ne sont pas produites en quantités suffisantes.
  • Et la fin de la pénurie n’est pas prévue avant 2023.

Mais où sont passés les vélos dans les magasins ? Alors que la demande mondiale pour ce mode de déplacement ne cesse de croître, les tensions sur l’approvisionnement provoquées par la crise du Covid-19 ont conduit à une raréfaction des cycles à vendre. Avant d’enfourcher un modèle tout neuf, il faut donc se montrer patient. « Pour certains vélos, le délai sera seulement d’un mois, mais pour d’autres, on n’a pas même pas de date précise de livraison » explique Florent Gibert, directeur du site Marchéduvélo.com, spécialisé dans le vélo électrique.

Pour comprendre ce phénomène de pénurie, il faut remonter la chaîne de production. Les engins sont souvent assemblés en Europe, mais les pièces restent majoritairement produites en Asie. Chaque pays ou fabricant est donc dépendant de cette région du monde, où les usines spécialisées tournent à plein régime… sans parvenir à produire assez pour répondre à la forte demande. Et sans dérailleur – dont le marché mondial est contrôlé par deux entreprises (Shimano et Sram) – ou sans freins, impossible de finir le montage et de vendre le cycle.

Des coûts qui explosent

« Un vélo est constitué d’une centaine de composants, venant des quatre coins du monde (…) Aujourd’hui, nous avons une très faible visibilité sur ce qui va être livré, et quand, à nos assembleurs » rappelait cet été Gauthier Buffat, responsable de la chaîne d’approvisionnement vélo de Décathlon.

A cette incertitude sur les délais de production s’ajoute la problématique du transport. Car le vélo n’est pas le seul secteur en forte croissance depuis quelques mois. D’autres industries dépendantes des usines asiatiques (jouets, ordinateurs…) sont aussi en phase de reprise et veulent être livrées au plus vite.

Le problème, comme l’explique le spécialiste de l’économie maritime Stavros Karamperidis dans un article de The Conversation, c’est que les ports chinois, où sont chargés les produits, « fonctionnent aujourd’hui à capacité réduite en raison des restrictions sanitaires. De Shanghai à Hongkong en passant par Xiamen, les navires se placent dans de longues files d’attente pour décharger ». Trouver un conteneur pour expédier sa marchandise devient donc de plus en plus difficile. « Le coût du transport d’un conteneur de 40 pieds (environ 12 m) de la Chine vers l’Europe s’élève actuellement à environ 14.000 dollars (environ 12.000 euros), soit dix fois plus qu’en temps normal », relève Stavros Karamperidis.

Pas de retour à la normale avant fin 2022… au mieux

Production trop faible, difficulté de livraison : il n’en fallait pas plus pour provoquer cette pénurie de vélos et de pièces détachées. Une situation qui pénalise fortement les commerces indépendants. « Forcément, quand vous avez besoin de quelques pièces, et qu’en face vous avez une grosse enseigne qui en commande 2.000, vous passez après » explique Khaled Boulegroun. Gérant d’un magasin à Dijon depuis treize ans, il a dû se résoudre à fermer définitivement il y a quelques jours. « Dès l’année dernière, on a constaté que les délais de livraison grandissaient. Sur certaines pièces, il fallait atteindre six à neuf mois avant d’être livré ». Impossible de continuer dans ces conditions.

Les magasins et autres réparateurs ont de quoi être inquiets, car le retour à la normale prendra du temps. « Avec un délai d’approvisionnement des composants de plus de 300 jours aujourd’hui, une sortie de crise est difficilement envisageable avant fin 2022, début 2023 » assurait Gauthier Buffat cet été. « Les fabricants de vélos électriques nous parlent d’un retour à la normale en 2023 voire 2024, ce qui est lié notamment aux capacités de production de batteries », indique pour sa part Florent Gibert. Au lieu d’un vélo tout neuf, beaucoup risquent donc de devoir se contenter de leur vieux VTT pendant un petit moment.