Petits commerces : « On voit qu’une sortie de crise est en train de s’opérer », selon Dominique Métayer

ENTREPRISE Pour « 20 Minutes », Dominique Métayer, président de l'Union des entreprises de proximité (U2P), analyse la croissance retrouvée par ces dernières en 2021  

Paul-Guillaume Ipo
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Le chiffre d'affaires des commerces de proximité a bondi en 2021.
Le chiffre d'affaires des commerces de proximité a bondi en 2021. — Lucas Lemmel
  • Selon la dernière enquête réalisée par Xerfi pour l’U2P, la reprise s’amorce pour les entreprises de proximité.
  • Le chiffre d’affaires des entreprises de proximité a bondi de 51,5 % au deuxième trimestre.
  • La majorité des chefs d’entreprise anticipent une progression de leur activité au troisième trimestre.

Le ciel s’éclaircit pour les petits commerçants, restaurateurs, artisans ou libéraux du bâtiment. Selon une étude menée auprès de 6.200 entreprises de proximité, leur chiffre d’affaires enregistre une nette croissance en comparaison à 2020. +51,5 % par rapport à l’année dernière à la même période. 20 % des chefs d’entreprise déclarent une amélioration de leur trésorerie alors qu’ils sont 13 % à déclarer une dégradation. Un rapport de force jamais vu depuis 2019. Avec l’instauration de nouvelles mesures sanitaires, les chiffres de la saison estivale seront-ils aussi encourageants ? Explication avec Dominique Métayer, président de l’Union des entreprises de proximité (U2P).

Entre le pass sanitaire et une météo peu clémente, les petits commerçants ont dû faire face à de nouvelles contraintes ces derniers mois. Quel bilan peut-on tirer de la saison estivale ?

On a vu au cours de ces derniers mois un certain nombre de corps de métiers au bord de la crise de nerfs et du désespoir. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. L’espoir est bien présent et on voit qu’une sortie de crise est en train de s’opérer. Le pass sanitaire est pour l’instant notre seule solution pour s’extirper de la crise et reprendre une activité quasi normale. Pour beaucoup cette contrainte n’est que secondaire. Prenez par exemple le domaine de la restauration. Il y a quand même une forme d’engouement. Ce qui ressort, c’est que les professionnels sont ravis de pouvoir exercer. Ils peuvent enfin engranger du chiffre d’affaires, donc leur moral est regonflé. Les deux premiers trimestres de l’année ont montré une embellie et les premières remontées semblent indiquer que nous sommes sur la même lancée. Quant à la météo, c’est un problème supplémentaire auquel on doit déjà faire face en temps normal. Evidemment le niveau d’activité de 2019 n’est pas atteint mais le chiffre d’affaires des entreprises de proximité est bien meilleur qu’en 2020.

L’instauration du pass sanitaire pour certains secteurs n’a donc pas eu d’effet dévastateur sur l’activité des entreprises de proximité ?

Lors de la présentation de cette mesure il y a quand même eu une levée de boucliers. Chacun peut avoir son avis sur la contrainte du pass sanitaire. Mais j’estime personnellement que c’est préférable à un reconfinement. Toutes proportions gardées, on voit que cette mesure sécurise les consommateurs qui sont moins angoissés et plus enclins à consommer dans les lieux soumis au pass sanitaire. Evidemment il y a une baisse globale des fréquentations dans les cafés, bars, restaurants et discothèques mais difficile d’affirmer que le pass en est la cause. Les commerces passent de l’impossibilité de recevoir du public à retrouver la majeure partie de leur clientèle donc c’est un progrès.

Nous sommes en pleine période de rentrée et les fêtes de fin d’année arrivent à grands pas. Quelles sont les perspectives et que peut-on espérer de ces périodes cruciales ?

Nous espérons déjà sortir de cette crise à la fin de l’année et de fait, qu’un grand nombre d’entreprises n’auront pas cessé leur activité. Nous souhaitons pouvoir accompagner celles qui seront le plus en difficulté. Beaucoup de Français ont pu épargner depuis le début de la pandémie de Covid-19. Avec l’amélioration de la situation sanitaire, on est en capacité d’envisager une consommation débridée pour celles et ceux qui ont eu la chance de mettre de côté. Il faut mentionner un autre paramètre qui est devenu primordial pour les commerçants : le maintien de la paix sociale. Depuis fin 2018 et les Gilets jaunes, de nombreux mouvements sociaux se sont enchaînés et ont été particulièrement préjudiciables pour les petits commerces. Il serait dommage que l’on sorte du Covid-19 et que l’on soit confronté à des choses qui viendraient paralyser la faible reprise actuelle.

Les entreprises de proximité ont-elles dû adapter leur fonctionnement ? Si oui, comment ?

Les commerçants ont su être agiles et trouver des solutions dans ce marasme. En tant qu’entreprises de proximité, notre nature est d’être en contact avec le client. Mais cette crise a permis la généralisation du click & collect qui a été salvateur, financièrement et surtout moralement, pour beaucoup de commerce. Les clients semblent avoir pris goût à ce mode de consommation et les entrepreneurs ont dû et su répondre à ce phénomène. Tous n’ont pas les moyens d’effectuer une mutation de leur fonctionnement mais nous recommandons aux petits commerces de s’équiper au niveau digital. Le site Internet, le click & collect ou la livraison à domicile sont aujourd’hui des services nécessaires à leur visibilité. C’est pourquoi nous militons pour que les plus petites structures qui souhaitent évoluer puissent recevoir des aides de l’Etat en ce sens.