Immobilier : « On recherche un cocon en province pour appréhender des crises comme celle du Covid-19 »

EXODE Pour « 20 Minutes », Jean-Marc Torrollion, président de la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim) décrypte le rapport de l’Insee sur les prix de l’immobilier

Paul-Guillaume Ipo
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Si le marché immobilier reste attractif à Lyon, les villes de la première couronne attirent de plus en plus d'acquéreurs.
Si le marché immobilier reste attractif à Lyon, les villes de la première couronne attirent de plus en plus d'acquéreurs. — M. Allili / Sipa
  • L'Insee a publié ce jeudi un rapport sur la hausse des prix de l'immobilier en France. 
  • Si les prix grimpent en région, ils ont baissé à Paris sur le dernier trimestre. 
  • Les prix des maisons connaissent une plus forte hausse que celui des appartements.

La crise ne semble pas toucher le marché de l’immobilier. Le rapport trimestriel de l’Insee est équivoque : partout en France les prix continuent de grimper avec +5,9 % sur les prix des logements anciens sur l’année 2021. Paris fait exception puisque la capitale n’enregistre qu’une baisse de 0,2 % sur le deuxième trimestre. La province enregistre une hausse de 7 %, tandis qu’en Ile-de-France les prix n’ont augmenté que de 3,1 % sur les douze derniers mois. Selon l’Insee, ces chiffres semblent indiquer une volonté des Français de retrouver les maisons en ville moyenne, voire en zone rurale. Pour preuve encore, la hausse annuelle des prix des maisons (6,9 %) est plus forte que celle des appartements (+4,6 %). Une première depuis 2016. Explications avec Jean-Marc Torrollion, président de la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim).

On constate une hausse des prix significative des logements en province. Comment expliquer cette évolution ?

Le marché immobilier français vit un phénomène de redistribution de la dynamique des prix. Les villes dites moyennes et les zones rurales sont de plus en plus plébiscitées par les acquéreurs. La demande est actuellement plus forte que l’offre, ce qui crée un effet de rareté qui avantage les vendeurs. Il y a un engouement clair autour des habitats et des villes à taille humaine. Les Français se sont retrouvés en tête à tête avec leur mobilier et expriment peut-être de nouvelles envies.

A l’inverse, l’Île-de-France enregistre une hausse des prix moins conséquente. A Paris les prix ont même baissé ces derniers mois…

Il faut déjà distinguer la métropole des petite et grande couronnes qui connaissent un effet migratoire. Les marchés ne sont pas les mêmes partout dans la région. Mais il est indéniable qu’on ne vit pas un confinement à Paris comme on le vit ailleurs. Il y a un phénomène anxiogène qu’on ne rencontre pas hors des grandes métropoles. Je pense que c’est lié aux distances, aux transports, mais surtout à la qualité de l’habitation. Les gens veulent pouvoir s’oxygéner et accéder à d’importantes superficies. La recherche semble se porter aujourd’hui sur le pavillon individuel, l’appartement avec une grande surface pour intégrer le télétravail, avoir un meilleur confort familial en toute sécurité et à un prix accessible. On peut alors comprendre que Paris connaisse un trou d’air. Il faut aussi souligner la présence moins accrue de l’importante clientèle étrangère du fait de la pandémie. Ainsi que l’échec des investisseurs qui avaient misé sur le tourisme et Airbnb. Leurs biens se retrouvent aujourd’hui à la vente.

Depuis 2016, on n’avait jamais vu une hausse annuelle des prix des maisons plus marquée que celle des appartements. Comment expliquer cette tendance qui est la même sur tout le territoire ?

Avant le premier confinement, il y avait sur nos sites internet quasiment autant de requêtes concernant les maisons que les appartements. Depuis cette période et jusqu’à maintenant, il y a un différentiel de 30 % entre ces requêtes. La tendance s’est complètement inversée entre 2019 et 2021. On voit que les Français recherchent la maison individuelle et on le ressent au niveau des prix. On recherche dorénavant un cocon dans lequel on pourra appréhender des crises comme celle du Covid-19.

La recherche semble se porter aujourd’hui sur le pavillon individuel, l’appartement avec une grande surface pour intégrer le télétravail (…). On peut alors comprendre que Paris connaisse un trou d’air. »

Cela fait trois trimestres consécutifs que le nombre de transactions immobilières augmente. Comment expliquer une telle croissance du marché ?

Il faut tout d’abord prendre en compte un effet « rattrapage » pour ne pas s’emballer trop vite. A la sortie du premier confinement en mai 2020, aucune transaction n’avait été réalisée. Il y a donc eu le flux naturel couplé aux échanges qui auraient dû se faire durant les mois de fermeture. Tout ceci est donc comptabilisé dans les statistiques que nous évoquons. Les signaux sont quand même au vert puisque l’investissement fonctionne, les primo-accédants achètent et les secondo-accédants revendent et rachètent. Enfin, le patrimoine immobilier reste une valeur refuge, tangible et affective qui attire toujours.

Et ces hausses de prix perpétuelles ne retiennent pas les Français ?

Au contraire, cela rassure. Acheter son pavillon et se rendre compte six mois plus tard que l’on peut la revendre au même prix si ce n’est plus cher rassure. Il y a un effet de richesse relatif qui crée une spirale d’investissement.

Qu’est-ce qui pourrait venir freiner cette tendance ?

Premièrement, la hausse des taux d’intérêt, même si elle n’est pas d’actualité. Ensuite, les obligations de rénovation énergétique. Aujourd’hui, ce que l’on appelle la valeur verte n’est pas pris en compte. Les investisseurs doivent faire extrêmement attention au fait que certains biens seront interdits à la location en 2025, en 2028 ou en 2034 en fonction de leur classement énergétique. Nous sommes donc dans un champ inconnu. Il faudra voir ce que fera le marché au regard des exigences de la loi climat.